agnès b. : Une histoire contemporaine

Dans leur ouvrage commun, Les années agnès b., Myriam Chopin et Olivier Faron, tous deux historiens, se penchent sur le parcours d’Agnès Troublé, devenue Agnès b., une femme d’influence.

Quand on évoque vos fonctions et spécialités, on ne peut s’empêcher d’être surpris. On a envie de vous interroger d’emblée : pourquoi Agnès b. ? Comment vous est venue l’idée ? Et surtout en quoi son parcours entre-t-il en résonance avec vos propres centres d’intérêts ? Nous avons cru comprendre qu’elle avait tendance à vous appeler les « Universitaires »…

Myriam Chopin : Nous n’aimions pas trop cela, mais quand nous lui avons demandé d’arrêter de nous appeler ainsi, elle nous a répondu : « Mais c’est ce que vous êtes et c’est très bien comme ça ! »
Nous nous sommes penchés sur sa vie parce que c’est un formidable objet d’histoire, elle commence avec la Guerre d’Algérie, son premier mari [l’éditeur Christian Bourgois, ndlr] édite le premier ouvrage sur ce sujet, ce qui la place au cœur de tout ça, c’est un sujet tellement vivant avec 50 ans d’histoire française derrière elle. Quand on m’interroge, je réponds que c’est une femme française formidable, qui a toujours travaillé, a élevé ses enfants seule et s’est engagée.
Olivier Faron : Pour compléter, c’est un peu un défi à l’envers : quand on est un universitaire, l’histoire est souvent faite, particulièrement dans ces pays où les gens s’autoproclament historiens – en France, on dénombre 60 millions d’historiens : tout le monde écrit de l’histoire, tout le monde fait de l’histoire. Nous avons souhaité nous attacher a un objet du présent, un objet qui a une vraie qualité et des réalités qui font partie de ce que l’on vit : les vêtements, la musique, la mode.

En effet, vous effectuez un travail d’historienne et d’historien plus que de journaliste. Vous sourcez de manière méthodique les documents, articles de journaux, interviews, etc. Et surtout, vous êtes précis dans les faits. Ce qui ne semble pas simple, vu le niveau de relation qu’elle entretient avec bon nombre de créateurs et d’artistes. Quelle a été votre méthode ? Et comment avez-vous collaboré ensemble ?

O.F. : Nous avons commencé par lire et répertorier des faits. Nous sommes allés partout où l’on parlait d’Agnès. Ensuite, comme nous relatons une histoire contemporaine, nous avons pu interroger des personnes vivantes pour construire un récit de vie. Cela consiste à prendre des éléments d’une vie et les confronter à la réalité du temps. Nous avons comparé les témoignages et considéré les éléments qui nous ont permis de raconter la complexité d’une existence, même si certains témoignages ont pu nous sembler totalement contradictoires.
M.C. : C’était le cas avec Agnès qui nous dit « J’ai vécu une vie absolument atroce avec Christian Bourgois, c’était insupportable, j’avais 19 ans, 2 jumeaux, il fallait que j’attende de vivre autre chose et la famille était terrible. » Alors que du côté de la famille Bourgois on se souvient d’Agnès comme d’un « soleil dans notre existence, elle était formidable ! » C’était très amusant de recouper les différents types de rapports qu’elle a pu avoir.

Quand vous lui avez soumis le projet, comment a-t-elle réagi ? On la soupçonne d’être modeste.

M.C. : Elle est très modeste. On l’a rencontré la première fois au musée LaM à Lille où elle présentait une exposition d’une partie de sa collection. On arrive au LaM et son assistante va la chercher en lui disant qu’il faut vraiment qu’elle nous rencontre parce que nous sommes en train d’écrire sur elle. Elle nous a regardés, absolument effarée : « Mais qu’est-ce que vous avez à dire sur moi ? Il n’y a rien à dire sur moi ! » Nous lui avons expliqué que nous étions historiens, mais l’histoire ça l’embête, les historiens travaillent sur le passé, tout devenait négatif. Et puis elle nous a appelés un jour en disant : « Je veux vous voir ! » Cet appel a donné suite à une série d’entretiens.
O.F. : Il faut d’abord gagner sa confiance, ce qui ça nous a pris un an, il a ensuite fallu trouver la bonne distance par rapport à elle. Ce n’est pas une biographie, nous reprenons ce qui nous semble la vérité. De plus, c’est une personnalité qui a construit une sorte de récit sur elle même, qu’elle raconte dans les émissions de télé et de radio. Il y a aussi fallu faire la distinction entre ce qu’elle attend de voir sur elle et ce que nous attendons pour notre livre.

Agnès b., une maman rock’n’roll selon son fils Étienne / collection personnelle d’Étienne Bourgois

Dès les premières années, se dessinent les éléments qui vont déterminer son existence et son action. On découvre notamment qu’elle a été mariée, dès l’âge de 17 ans, avec le futur éditeur Christian Bourgois. Un mariage précoce qui l’émancipe de ses racines bourgeoises versaillaises, mais qui paradoxalement, la replonge dans un milieu hautement bourgeois. Cette relation va pourtant forger son éducation, son amour du cinéma et situer les premiers éléments d’un engagement très à gauche, à l’époque de la Guerre d’Algérie, notamment. Dans ces années, de l’âge de 17 à 20 ans, qu’est-ce qui se joue pour elle ?

M.C. : Le temps de son premier mariage correspond à la rencontre avec le milieu intellectuel. Tous les soirs, elle allait au Café de Flore retrouver Christian Bourgois et ses amis. Elle nous dit : « À cette époque là je ne parlais pas, j’écoutais, j’avais 19 ans, donc j’écoutais». Mais effectivement, beaucoup de choses se sont jouées à ce moment là. Influencée par Christian Bourgois, elle a développé son amour pour le cinéma, fait d’importantes rencontres et un choix inconscient pour les hommes de gauche.
O.F. : Ce qui est intéressant, c’est que tout pourrait se construire sur le rapport entre Versailles et Paris. Elle reste fondamentalement versaillaise, elle est totalement fascinée par l’architecture du château, elle habite à Louveciennes [dans le département des Yvelines, ndlr] dans une maison ayant appartenu à un médecin de Louis XIV, et puis elle a réalisé son rêve en ouvrant sa boutique à Versailles l’année dernière, à 76 ans.
Elle garde vraiment cet attachement pour Versailles, mais sa liberté et sa vérité seront à Paris. C’est là qu’elle va se construire une conscience politique et vivre avec Christian Bourgois. On pourrait même aller plus loin dans ce rapport Paris/Versailles, puisque que c’est à 12 ans, que dans les toilettes de la gare pour aller de Versailles à Paris, elle voit pour la première fois des graffs obscènes, elle y découvre une autre façon de s’exprimer et se lie a cet imaginaire qui passe déjà par le street art.

Elle a l’amour de l’écriture manuscrite, du street art new yorkais, du graphisme en général.

O.F. : C’est quelqu’un qui aime plus voir que lire. Elle possède une culture visuelle et musicale, plus d’ailleurs qu’une culture de la littérature. Sa vraie force est dans son œil, sa façon de regarder et dans le geste d’écrire. Par exemple, juste avant la publication du livre, elle nous a envoyés un message, écrit à la main, puis scanné, il était suivi d’un sms de smiley bisous. Elle entrelace ses discours écrits de cœurs, tout est toujours écrit à la main, avec son geste.

Agnès b. avec sa fille Ariane en 1976 / Collection Dominique Issermann

Elle entre dans l’univers de la mode, par l’intermédiaire du magazine Elle. On a envie de dire qu’elle y entre de manière presque surprenante, alors qu’elle a fait des études d’art et qu’elle a plutôt débuté comme stagiaire dans des galeries d’art.

M.C. : En fait Agnès a été repérée par une journaliste parce qu’elle avait une curieuse façon de s’habiller, elle portait des bottes de cow boy et une jupe à volants. Comme elle dit : « Je n’avais pas de sous donc j’essayais d’avoir un style. » Elle aimait dessiner les vêtements et nous le dit toujours : « J’aime le vêtement, je n’aime pas la mode. » Elle reprend Sonia Rykiel : « La mode, la démode, ça je m’en fous. Ce que j’aime c’est le vêtement. »
O.F. : Dans les années 70-80, les journaux racontent la création et vont dénicher des expériences différentes et les changements qui touchent la femme. Aujourd’hui, vous n’aurez plus aucun article sur agnès b., pour des raisons purement financières, les journaux féminins publient beaucoup en fonction des annonceurs. Elle ne veut pas et tient bon : « Tant que je serai vivante, il n’y aura pas de publicité parce que j’ai lu Guy Debord, la pub ça rend con ! » Alors que son fils, qui est de la génération suivante, post-68, voudrait bien qu’il y ait de la pub pour « vendre mieux ». Donc, évidemment les magazines font des articles sur les grandes marques et en oublient un peu agnès b.

Mai 68 représente une autre période déterminante pour elle qui fait suite à une période ou elle s’est forgée une conscience. Elle a vécu seule avec ses jumeaux, elle a pratiqué ce qu’elle appelle elle-même « la démerde » et elle a dû se confronter seule à la réalité.

M.C. : Surtout venant d’une famille bourgeoise où on ne divorce pas ! Elle n’avait pas le choix, elle devait travailler. Les jumeaux ont accompagné sa jeunesse elle les emmenait partout avec elle. Étienne est aujourd’hui Directeur de l’entreprise.
O.F. : Dans le groupe on retrouve cet esprit 68, on se tutoie, il n’y a pas vraiment de hiérarchie.

Elle évoque un joyeux chaos. Elle confirme ses impulsions premières, sa vision du monde et elle adapte cet esprit à la réalisation de ses vêtements. Le vêtement se veut une façon de vivre, une façon d’être dans le monde. Elle l’associe au sens de la fête de la liberté, on retrouve cet esprit libertaire de cette époque.

M.C. : La cinéaste Carmen Castillo  avec qui nous avons eu des entretiens, nous dit : « Je suis arrivée, j’ai été embauchée chez agnès b. J’ai appris que le vêtement c’est politique. J’ai été entourée de personnes formidables et j’ai pu renaître à la vie, le vêtement a été pour moi extrêmement important à ce moment-là. En voyant ces gens sortir et être heureux, on se disait: “Voilà on a bien travaillé aujourd’hui.” »
O.F. : Ce qui reste aussi de 68, c’est qu’il y a une sorte d’indifférenciation sexuelle, hommes, femmes et enfants ont vocation à s’habiller de la même façon, elle refuse l’hypersexualisation à la Jean-Paul Gaultier. Elle reste attachée à ces idées et crée des vêtements durables et recyclables. On retrouve beaucoup cette idéologie maintenant, mais c’est typiquement 68.

De manière générale, elle met sa culture artistique au profit du vêtement : la récupération, la recomposition, la combinaison, le fait main. Son succès, le doit-elle à cette approche artisanale ?

M.C. : Oui, le vêtement est un formidable vecteur notamment avec les t-shirts d’artiste. Elle adore quand quelqu’un vient lui dire qu’elle a acheté un vêtement il y a 30 ans et qu’elle le porte toujours, elle dit : « Un vêtement n’est pas un caprice qu’on achète, c’est quelque chose qui vas vous suivre toute votre vie. »
O.F. : Et puis on retrouve cette idée du recyclage quand elle reprend les vêtements de travail, la veste chinoise, des vêtements qui existent ou qui ont eu d’autres utilisations et elle les détourne. Par exemple, le cardigan à pression, la veste qu’elle porte sur le livre, c’est un sweat qu’elle a modifié parce que « c’est tellement embêtant le sweat qu’on va l’ouvrir et qu’on va mettre des boutons de nacre versaillais. »
M.C. : On va essayer de rendre cette matière plutôt utilisée pour les vêtements sport un tout petit peu plus élégante mais l’idée de départ c’est qu’il y en a marre de mettre le sweat par la tête. Ce cardigan est par ailleurs repris par Vanessa Paradis dans le film Noces blanches.

Elle impose son style, et on constate combien elle a façonné la manière de s’habiller au cours des années 70 et 80.

M.C. : Oui, c’est tout l’imaginaire de la révolution culturelle, Godard comme elle le rappelle passait tous les jours à la boutique, c’était toute cette génération.
O.F. : C’est amusant car à l’époque Giscard, où les femmes étaient plutôt de pouvoir, on s’habillait plutôt chez Chanel, là c’est drôle puisqu’avec Mitterrand les femmes portaient du agnès b. la journée, du Yves Saint Laurent le soir. Les conditions étaient réunies pour que la marque connaisse un succès foudroyant jusqu’aux années 2000. À partir de 2000, la vie est beaucoup moins rose parce qu’il y a plus de concurrence. Agnès continue à fabriquer en France, en essayant d’avoir des prix raisonnables et sans publicité, une équation plutôt compliquée qui va freiner le succès de la marque.

Agnès et sa sœur Françoise Pontecaille en 1967 / Collection personnelle Françoise Pontecaille

Alors son esprit libertaire n’empêche quand même pas d’agir en entrepreneuse…

O.F. : C’est aussi un capital totalement familial, une maison 100% française et la seule qui soit restée comme ça dans le monde du prêt-à-porter. En fait, ce qui a sauvé le groupe c’est l’Asie : une rencontre formidable est née entre le style agnès b. et les femmes asiatiques qui se sont identifiées à la marque. Agnès est une pop star quand elle arrive là-bas, les Japonais veulent toucher ses cheveux. Son fils nous a raconté qu’un jour il a été obligé d’annoncer qu’Agnès ne chanterait pas le soir. [rires]

Ce succès commercial, auquel elle ne se refuse pas, elle le met au service d’autres démarches : enrichir sa collection d’art, soutenir les initiatives vers les autres, aider les artistes, financer et produire.

M.C. : Oui, ça elle y tient énormément : « Il faut partager ! » Elle ne conçoit pas de ne pas partager ; bien sûr, elle a de l’argent, elle le dit « je suis riche, moi ! », mais elle donne aussi beaucoup de sa personne et de son temps. Elle s’engage également à soutenir les jeunes artistes avec une référence justement strasbourgeoise avec Rodolphe Burger, un grand ami d’Agnès qui a immédiatement adoré la musique de Kat Onoma et qui a proposé de les habiller, c’était sa manière à elle de les soutenir.

On découvre la relation qu’elle entretient aux artistes, Andy Warhol qu’elle rencontre, Jean-Michel Basquiat à qui elle achète une toile, Keith Harring, Gregory Corso – elle exprime une affection particulière pour les poètes de la Beat Generation – David Bowie, Patti Smith, Brian Molko de Placebo qui privilégie sa ligne femme, Tom Waits, Dominique A. Une femme de goût, assurément, qui se laisse inspirer et inspire en retour.

M.C. : Agnès a entretenu une relation particulière avec Jean-Michel Basquiat. Il est vrai qu’elle inspire, on entend souvent dire : « Agnès est très importante dans notre vie. » Elle a fait plusieurs collections avec des rappeurs, elle essaye de réintroduire le rap dans la culture de ses vêtements.

Dans les années 70-80, c’est l’avènement de la culture hip hop, du rap, du graff et de la danse dans la rue.

O.F. : Oui, et là encore elle soutient les jeunes artistes, Nekfeu est habillé par Agnès, Oxmo Puccino, qui écrit des mots tout à fait magiques, dit d’elle : « C’est ma grande sœur, j’ai une proximité avec elle, elle me raconte, ses yeux pétillent. » Par ailleurs, Jain qui, à 20 ans connaît un succès extraordinaire, ne peut être habillée que par Agnès. 

Qu’est-ce qui fait que bon nombre d’artistes la considèrent comme une grande sœur, comme une mère, comme quelqu’un de l’environnement immédiat, de la famille ?

O.F. : Il y a une place particulière pour la boutique dans l’image de la marque, elle doit évoquer un univers particulier, notamment avec des images de film. La musique joue aussi un rôle très important. Agnès b. aime produire et elle soutient un certain nombre de productions musicales. C’est quelqu’un dont la vie personnelle est rythmée par un entourage d’artistes, à l’exception de Jean-Charles de Castelbajac, elle a en horreur les couturiers et les gens de la mode. Elle vit comme une femme de 20 ans, à Louveciennes, elle fait des soirées, surtout autour des artistes, car c’est avec eux qu’elle se sent vivre. Je pense que les artistes sentent la proximité très forte qu’elle installe avec eux.

En rapport avec le cinéma, elle a réalisé des costumes pour le premier Harry Potter, elle habille Harvey Keitel, David Lynch et travaille, on le sait moins, pour le cinéma, avant même de réaliser elle-même. Elle a travaillé pour Tarantino, Pulp Fiction, en habillant Uma Thurman et John Travolta.

M.C. : Elle est effectivement très présente dans le cinéma. Ce qui nous amène à une autre anecdote, John Travolta lui a redemandé la veste qu’il portait dans Pulp Fiction, parce qu’il l’adore.
O.F. : Une histoire surprenante aussi ; elle envoie une veste à De Niro en lui disant : « Bon, vous ne vous habillez pas très bien, mettez mes vestes ça ira mieux. » Maintenant, il ne porte que des vestes d’Agnès.

Au fil de l’ouvrage, on apprend à connaître d’autres aspects de sa personnalité : elle s’attache à « la vitalité de la jeunesse, la vitalité des êtres en devenir. » À ce titre, on découvre qu’elle aime les hommes plutôt jeunes, jamais au-delà de 39 ans – une raison particulière à cela que vous dévoilez en fin d’ouvrage. Cet amour de la jeunesse explique-t-elle sa vitalité à elle ?

M.C. : Oui, on explique pourquoi dans le livre, mais effectivement Agnès dit : « Je n’ai jamais supporté un homme de plus de 39 ans. » Elle dit aussi : « Je n’aime pas les adultes, je n’aime pas l’âge adulte. J’aime les enfants, j’aime les êtres en devenir, j’aime les adolescents, j’aime la jeunesse, mais parce que j’ai appris étant enfant à me méfier des adultes. »

À la fin du livre, vous rompez avec l’approche chronologique pour revenir sur ses parents, sa mère notamment. Sa jeunesse nous renseigne-t-elle sur la femme qu’elle est encore aujourd’hui ?

O.F. : Nous avons eu la chance de travailler avec un vrai éditeur qui nous a accompagnés sur la construction du livre. Mais au départ nous n’avions pas fait ce choix-là, nous voulions des parties très thématiques. Notre éditeur a vraiment travaillé le texte avec nous, mais nous ne voulions pas céder sur cette partie de sa jeunesse. Cela ne fait que 10 ans qu’elle raconte, elle a attendu d’avoir dépassé les 60 ans pour raconter. Elle a choisi de raconter cette vérité-là comme une vérité forte parce qu’elle pensait qu’elle devait le faire à ce moment-là.
M.C : C’est lié à cette limite qu’elle s’est fixée elle-même de rester jeune. On explique pourquoi elle aime tant la jeunesse, et c’est vrai qu’elle a vécu un drame qui explique bien de choses. Le philosophe-psychanalyste Félix Guattari lui avait dit : « Agnès, tu t’en es sortie, alors fais de cela une force ! » Ça l’a beaucoup aidée…
O.F. : Après ce malheur, elle est devenue une mère très aimante, pour qui la seule chose qui compte quand on est mère c’est de protéger ses enfants. C’est une des rares familles françaises où « tout le monde se fout de l’éducation. » Au contraire, la protection, c’est-à-dire donner aux enfants la capacité de construire leur vie dans un monde, en partie impitoyable, c’est ça sa forme d’éducation.

On a le sentiment à la lecture, d’un condensé monde : comme si une femme pouvait tout contenir à elle seule, c’est assez vertigineux. Mais surtout, vous nous révélez une chose assez incroyable, c’est que notre génération a vécu avec agnès b., en agnès b., qu’on l’ait voulu ou non. On la croise à tous les endroits, et sans chercher à nous conditionner, elle nous a indiqué bien des voies, dans le domaine vestimentaire bien sûr, mais aussi artistique et surtout politique.

M.C. : agnès b., je suis tombée dedans toute petite. J’ai découvert la boutique, rue du Jour, à Paris avec des oiseaux qui volaient en liberté et toutes les affiches sur les murs. Quand je lui ai dit : « J’ai grandi avec vous, Agnès ! » Ça l’a beaucoup fait rire, mais c’était la vérité.

Par Emmanuel Abela (avec le concours de Caroline Wintz)
Portraits : Patrick Swirc + Kazou Ohishi

Une rencontre le 28 avril 2018 à la Librairie Kléber, à Strasbourg

Myriam Chopin et Olivier Faron, Les années agnès b., Préface : Isabelle Adjani, Les Éditions de L’Observatoire

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie MODE, Prêt-à-porter, Shopping, TENDANCES

Ajouter un commentaire