Toujours plus

Amala Dianor © Olivier Roller

Danseur et chorégraphe, Amala Dianor devient Strasbourgeois. Ou presque. Il est venu plusieurs fois présenter son travail à Pole-Sud, dont il est désormais artiste associé. Il présente Quelque part au milieu de l’infini ce mois-ci, dans le cadre du festival Extradanse.
Rencontre avec un être à part, lumineux, hyperactif et à la croisée des routes entre hip-hop et contemporain.

En termes de danse, sur votre site Internet, il est écrit que vous travaillez aussi bien le néo classique, le hip-hop, le contemporain et l’afro-contemporain. Qu’entend-on pas « afro-contemporain »?
C’est un terme que j’ai découvert avec [le chorégraphe ivoirien, ndlr] George Momboye. Lui définit sa discipline comme de « l’afro-contemporain », c’est à dire qu’il utilise la danse traditionnelle ivoirienne et la détourne en la mettant dans un contexte scénique avec des mouvements de danse contemporaine.

Qu’est-ce que ça apporte de mentionner cette distinction ?
Comment dire… Ceux qui font de la danse hip-hop et qui la mettent sur une scène, disent souvent que c’est aussi de la danse contemporaine. C’est un terme un peu générique qui a été créé par les chorégraphes pour dire : « À partir du moment où on fait une proposition chorégraphique qui est diffusée dans les théâtres, qui utilise des techniques propres, plus marquées que la danse traditionnelle ou la pure street dance, on fait de la danse contemporaine. »

Amada Dianor © Olivier Roller

Pendant longtemps, il y a eu une vraie méfiance des danseurs hip-hop envers la danse contemporaine…
Oui, mais ça c’est un peu fini. Je suis le premier danseur hip-hop à avoir intégré l’école de danse contemporaine à Angers [le Centre National de Danse Contemporaine, ndlr]. À l’époque, ça a été vu comme une trahison énorme. Les danseurs hip-hop me disaient que j’étais fou, que les danseurs contemporains ne dansaient pas sur la musique, que parfois même ils dansaient sans musique du tout ! Ils trouvaient que c’était ringard. C’était juste de l’ignorance, en fait. La culture hip-hop, j’en suis issu, profondément imprégné. Cela n’empêche pas qu’on puisse questionner certains propos. En ce sens, les deux années que j’ai passées au CNDC ont été les plus belles de ma vie. J’ai enfin pu être moi-même, et apprendre de nouvelles techniques, rencontrer des gens passionnants…

Les danseurs en pleine action, Quelque part au milieu de l’infini par ©Valérie Fross

Y a-t-il encore aujourd’hui un esprit propre au hip-hop, en lien avec la question de la rue ?
C’est une bonne question ! [Rires] Mon parcours chorégraphique est né du hip-hop, mais je m’en suis écarté pour aller vers la danse contemporaine. Suite à ça, j’ai voulu y revenir pour retrouver mes compères, mes aînés et rencontrer la nouvelle génération. Le monde des battles a été pas mal récupéré par les grandes marques, du coup on est dans une compétition qui met en valeur les individualités. Moi, ce que je retiens des valeurs de la culture hip-hop, c’est « peace, unity, love and having fun ». Une envie de se retrouver ensemble, de partager du plaisir : passer par le défi pour se rendre meilleurs.

Y a-t-il des chorégraphes qui vous inspirent particulièrement ?
J’aime bien citer Emanuel Gat [chorégraphe israélien, ndlr], mais aussi Hafiz Dhaou et Aïcha M’Bareck, des chorégraphes tunisiens avec qui j’aime beaucoup travailler. Il y a tous ceux qui m’ont nourri et inspiré, je fais référence à Régis Obadia, Farid Berki, Françoise et Dominique Dupuy
Les Dupuy avaient monté un projet pour nous, étudiants du CNDC d’Angers, pour utiliser différemment les muscles de notre corps. Ils travaillent sur les muscles phasiques. Pour nous, les danseurs hip-hop, c’était compliqué : ils nous demandaient un travail tellement intense dans la recherche du mouvement, sur des muscles dont nous n’avions même pas conscience!
En fait, chaque chorégraphe avec qui j’ai travaillé m’a apporté une technique, un savoir, un regard sur les métiers ET de danseur ET de chorégraphe.

Amala Dianor © Olivier Roller

Votre nouvelle création, Quelque part au milieu de l’infini, a-t-elle déjà été présentée au public ?
Nous avons présenté une première au Burkina Faso en novembre, puis on l’a joué à Tremblay-en-France et à Marseille. Mon travail est un carrefour entre différentes énergies de danse, du hip-hop au contemporain. Ici, j’ai invité un danseur chorégraphe du Sénégal, un danseur burkinabé et un chorégraphe d’origine algérienne qui vient de la danse hip-hop. Nous essayons de nous rencontrer autour de là où nous en sommes aujourd’hui. 

D’où vient le titre, Quelque part au milieu de l’infini ?
Il vient de cette quête du « toujours plus ». J’aurais pu me contenter de faire vivre De(s)génération [présenté à Pole-Sud en octobre, ndlr] mais la même année j’ai sorti un trio, et puis j’ai fait cette création. Ça fait beaucoup de choses, mais j’en veux toujours plus plus plus ! Avec ce projet, je voulais aussi créer un pont avec l’Afrique de l’Ouest… J’en veux toujours plus, et au bout d’un moment, ça m’interpelle. J’ai invité ce danseur burkinabé, qui a une très grande reconnaissance au Burkina Faso, mais qui veut aussi réussir en Europe. Il fait des projets en Allemagne, en Suisse, en France… Lui aussi est dans cette quête du « toujours plus ». En fait, nous sommes tous là-dedans et nous ne nous arrêtons jamais. J’ai voulu avec ce projet qu’on prenne le temps de se rencontrer à un endroit, quelque part au milieu de ces quêtes infinies. 

Quelque part au milieu de l’infini
16.05 + 17.05
Dans le cadre du festival Extradanse, du 3 au 17 mai
Pole-Sud

Battle TSC (tous styles confondus)
Sélection 10.06 + Battle 11.06
Dans le cadre du festival Extrapole, du 7 au 11 juin

Inscriptions et renseignements, présélections jusqu’au 18.05 : c.garrec@pole-sud.fr
www.pole-sud.fr

Par Marie Bohner

Le by Zut alors dans la catégorie CULTURE, Danse, spectacle, STRASBOURG

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