Anna Calvi : la musique en couleurs

Anna Calvi se fait sombre, elle n’a pourtant jamais été aussi rayonnante.

Avec Hunter, Anna Calvi se met en quête de ce qu’il y a de plus beau au monde. Pour cela, elle s’attaque à tout ce qui fait obstacle.

La maturité aidant, la petite Anna a gagné en mordant : elle nous revient avec un album qui regroupe la somme de ses combats. En nous griffant là où ça fait mal, elle nous libère du patriarcat dominant. Dans le bien nommé Hunter, elle devient chasseresse de tout ce qui empêche, enferme ou soumet. Les femmes, bien sûr, dans un vaste mouvement qui émancipe leur sexualité aussi fortement que leurs nobles idéaux.

La transformation est musicale, dans ce que beaucoup considèrent comme son disque le plus achevé, mais aussi physique, tant notre jeune artiste semble écarter tout glamour inutile : Anna se fait sombre, elle n’a pourtant jamais été aussi rayonnante. À chaque riff cinglant, une gifle à destination des tenants d’un système archaïque, un peu longs à la détente. Et tant mieux. Anna, on l’aime comme ça : vive, libre et affirmée dans ses désirs les plus profonds.

Vous avez révélé que la scène était la plus belle des choses et que vous vous y sentiez intègre. Pouvez-vous nous parler de ce sentiment ?
C’est une expérience magnifique que de pouvoir s’exprimer de cette façon. Ce que je ressens quand je suis sur scène est vraiment très fort.

Vous comparez votre présence sur scène à un sacrifice, c’est un peu effrayant pour votre public…
Je ne sais pas si c’est effrayant pour eux, mais en tout cas, j’aime ça !

Le fait de chanter sur scène semble être une démarche très introspective…
Je chante pour moi et pour le public, je suis consciente de sa présence. J’essaye de regarder les spectateurs.

Ce rouge que vous portez, est-ce une manière de chercher à créer un autre personnage ?
Non, c’est juste la tenue qui reflète le mieux ma musique, le caractère direct de celle-ci.

Vous jouez de la guitare depuis très longtemps, mais vous chantez seulement depuis vos 23 ans, comment peut-on l’expliquer ?
Je pensais que je n’avais pas la personnalité nécessaire pour chanter, parce qu’il faut avoir une voix qui porte et vous montrer extravertie. Mais je n’avais jamais chanté, je ne savais pas que j’avais de la voix. Et à vrai dire, je n’avais pas de voix, j’ai dû m’exercer, travailler énormément pour chanter comme je le fais aujourd’hui.

Vous parlez de votre voix comme d’un animal sauvage, comment la domestiquez-vous ?
C’est un peu l’opposé en fait : je chante pour faire sortir cet animal. Pour être chanteur, je crois qu’il faut être capable de se laisser aller, d’être libre, d’extérioriser.

Est-ce que vous vous considérez plutôt comme une petite fille ou une femme fatale ?
Comme tout le monde, je crois que j’ai ces deux côtés en moi. Dans différentes situations, certains aspects de ma personnalité sortent.

À quoi votre univers ressemble-t-il ?
Mon univers est très coloré. Pour moi, la musique est très visuelle, je la vois comme un tas de couleurs et de formes.

Vous êtes à moitié italienne. Ce n’est pas un hasard si on entend l’influence d’Ennio Morricone et de cette culture italienne dans votre musique…
J’aime beaucoup Morricone, il a une très grande influence sur moi. Mon père avait l’habitude de passer des classiques italiens à la maison, ça a forcément affecté ma musique.

Quelle relation entretenez-vous avec Jeff Buckley ? Il a joué en 1995 dans cette même salle [à la Laiterie, ndlr]…
[visiblement surprise] Ah oui ? Le concert était-il bien ?

Oui, vraiment. Il vous a influencé dans votre façon de jouer de la guitare…
Je pense que sa capacité à lier sa voix avec sa guitare a pu l’emmener où il cherchait à aller. Il n’y a pas de fossé entre son âme et sa musique, c’est ce que je trouve inspirant. Je ne dis pas que je suis comme lui, j’essaye juste d’apprendre de cette relation intime très particulière qu’il entretenait à son instrument et à sa musique.

Et vous-même, votre relation avec votre guitare ?
C’est une partie de moi, une extension de ma voix, et de moi-même. C’est rassurant de l’avoir avec moi.

L’emportez-vous toujours avec vous ?
Oui. J’aime l’avoir avec moi, n’importe où, à n’importe quel moment, toujours à disposition.

Par Cécile Becker et Emmanuel Abela

Anna Calvi en concert
le 23 octobre à La Laiterie
le 25 janvier à L’Autre Canal

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie Concert, CULTURE, Musique

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