Souvenirs à manger

« On est ici, donc nous sommes alsaciens. »

L’application Raconte-moi une recette, bientôt dans vos téléphones !

L’Alsace n’a pas fini de nous en faire voir. Et pour preuve, les EBD (Éditions du Bout des Doigts) et l’OLCA (Office pour la Langue et la Culture d’Alsace) s’associent et lancent ensemble une toute nouvelle application haute en saveurs !

Raconte-moi une recette, c’est quoi ? Une application dans laquelle dix alsaciens cuisinent pour vous et racontent une histoire. L’histoire de leur vie, de leur enfance, un souvenir oublié mais retrouvé au travers d’un met. Il est donc aussi question de recevoir et apprécier des anecdotes propres à chacun des cuisiniers. Tout cela en cuisine et sous forme de vidéos. Les plats sont concoctés par des Alsaciens mais ne sont pas tous alsaciens (miam le tajine d’agneau !) : ici, tout est permis ! En plus, Raconte-moi une recette a été lauréate du Tango et Scan de la Ville de Strasbourg en 2014 et d’un prix du Shadok, autant dire qu’elle va envoyer le bois, cette application. Notez bien : il reste encore deux jours pour participer au financement Ulule, viiiiiiiittttee.
Zut ! est donc parti à la rencontre de l’équipe des Éditions du Bout des Doigts pour en savoir davantage sur cette mystérieuse application qui pointera le bout de son nez le 22 avril prochain ! Rencontre avec Camille François et Fouzi Louahem [l’un de nos précieux collaborateurs, ndlr], respectivement chef de projet et président des Éditions du Bout des Doigts…

Plus qu’une application, Raconte-moi une recette est là avec un devoir de transmission. Comment l’idée vous est-elle venue et qu’est-ce qui rend le concept si attrayant et unique ?
Fouzi : Au départ, nous sommes allés voir l’OLCA avec un projet de livre de recettes, un projet presque abouti. L’idée était de rencontrer les Alsaciens, ou en tout cas de faire un livre de recettes en alsacien. Il se trouve que l’OLCA voulait faire un livre de recettes. Nous leur avons proposé le numérique parce que cela apporte des interactions, et surtout on pouvait y insérer de la vidéo. En deux minutes, l’idée nous a à tous paru géniale !
Camille : Elle est unique parce que c’est une application gratuite, à la frontière entre le livre de recettes et le documentaire vidéo. Nous avons choisi dix personnes, des cuisiniers amateurs, dont nous avons fait le portrait en lien avec une recette particulière. L’idée est venue du fait que nous nous sommes aperçus que le plus important n’est pas le plat en lui-même, mais bien la personne derrière les fourneaux avec son ses souvenirs d’enfance, un voyage ou un moment.

Quelle est la particularité des vidéos ?
Fouzi :
Les vidéos durent environ quatre minutes. Il y en a deux par recette. Sur le premier portrait, la personne, assise, se présente, raconte son rapport à la cuisine, au plat qu’elle a choisi, avec parfois une anecdote. En deuxième partie, tablier enfilé, ils y vont ! On est en cuisine, on montre les plats. L’application propose chaque recette à refaire soi-même, pas à pas. Tout est extrêmement interactif ! Le plus ? Chaque vidéo peut-être lue en alsacien ! C’est là l’apport de l’OLCA qui s’est chargée de faire la lecture. Leurs traductions, leurs contacts, leur approche du concept nous sont très précieux.

L’esthétique aussi est particulièrement recherchée, ce n’est pas de la photographie culinaire typique, quel a été votre secret  ?
Fouzi :
Nous voulions faire appel à Pascal [Bastien, l’un de nos précieux collaborateurs aussi, décidément, ndlr]. Il ne faisait pas forcément de la photo culinaire, plutôt des portraits. Mais quoi de mieux que d’avoir un photographe capable d’aller chercher l’intimité de la personne ? Il a réussi non seulement à capter le sourire de chaque cuisinier, mais aussi le plat qui finalement est disposé par la personne qui l’a fait, dans son assiette de famille. Il a su capter l’instant. Nous ne souhaitions pas faire appel à un designer culinaire qui est certes capable de beaux rendus, mais s’attarde trop sur le côté esthétique et superficiel du plat. Et nous ne regrettons rien : cela a donné de splendides clichés ! L’idée était vraiment de supprimer toute distance. Le plat reste tel quel, comme la personne l’a disposé. C’est authentique.

Les gâteaux de Noël de Micheline Wagner.

Les gâteaux de Noël de Micheline Wagner.

À qui s’adresse l’application plus particulièrement ?
Fouzi :
Aux gens qui cuisinent et qui ont le temps. Les personnes qui achètent de beaux livres de cuisine, qui s’attardent facilement sur les photos… Raconte-moi une recette est là pour faire découvrir un univers. Si l’on est emballés par la recette de famille ou l’histoire de la personne, on a encore plus envie de reproduire le plat ! C’est vraiment un concept d’immersion dans l’univers intime et personnel d’une personne, et tout cela au travers d’un plat.

Quels plats par exemple propose l’application ?
Camille :
Haut-rhinois et bas-rhinois ! Il y a un peu des deux : des lewerknepfles, les fleischschnacke d’Alain Fuchs… Mais aussi d’autres plats comme les Empanadas de queso, qui sont des chaussons au fromage sud-américains, un délice ! Christine Wolff, qui est une comédienne, nous a fait un tajine à l’agneau aux dates et aux pruneaux ! Exquis !
Fouzi : Micheline Wagner a préparé des bredeles. Elle allait tellement vite ! On ne voyait plus les plats sortir du four. Elle arrivait devant le four à bois et hop elle enfilait les buches. Nous n’arrivions pas à la suivre. Elle fait ça depuis 70 ans ! Chaque geste était un réflexe. On lui disait « mais asseyez-vous deux minutes » et elle criait de peur que le plat ne brûle sur le feu…
Camille : Un autre exemple aussi, avec les galettes de pommes de terre salées. Valérie, elle, les a faites sucrées avec de la compote de pommes. C’était excellent ! C’est très simple à préparer et très authentique. Durant les tournages, on goûtait, on participait. Parfois même, on cuisinait.

Dans le feu de l'action...!

Dans le feu de l’action…!

Il y a une valeur presque patrimoniale, il y a des valeurs qui se perdent et que vous dévoilez. Plus tard, on sera très contents de revoir tout ça…
Fouzi :
Oui, j’en suis persuadé. Il y a des choses qu’on découvre aussi ici… C’était important de laisser la liberté à chacun de choisir son plat. Nous avions très peu d’exigences. Nous souhaitions juste avoir autant de cuisiniers hommes que femmes, autant d’Alsaciens d’adoption que d’Alsaciens de souche, ne pas rester fixés uniquement sur des plats alsaciens. Il ne nous fallait aucun doublon. Donc, chaque personne devait nous proposer deux plats, si possible un sucré et un salé. L’intérêt était vraiment la cuisine des Alsaciens, et pas les plats alsaciens. Ce sont deux choses très différentes.

C’est une application qui porte un intérêt au sens, chaque plat a une signification bien particulière…
Fouzi :
Il y a effectivement les souvenirs, mais aussi une vision de la vie. Qu’est-ce qui est important dans « Je mange en famille. », « Est-ce qu’aujourd’hui on fait à manger comme hier ? ». Par exemple, Stéphane Bossler dit : « Quand j’étais petit, ça mijotait toute la journée ! Aujourd’hui, quand je rentre si le plat prend plus de dix minutes à préparer c’est qu’il est compliqué ». Un autre raconte en philosophant : « Pour moi toutes les choses importantes se disent dans la cuisine, qu’elles soient graves, ou de bonnes nouvelles ». Chaque personne va amener au débat global, autour de l’art de vivre ensemble, quelque chose d’intéressant sous le prisme de la cuisine. L’idée est « comment on vit ensemble ? Qu’est-ce qu’on a en commun ? ». Notre mission principale, parce que la technique on savait la faire, c’était que chaque portrait soit important. D’autre part, il nous fallait vraiment que la personne se sente à l’aise dans sa cuisine, chez elle. Ils cuisinent devant des inconnus alors qu’ils ne sont pas des professionnels. Parfois, livrer des souvenirs de famille ce n’est pas évident, ça peut être émouvant. Nous ne voulions pas non plus aller dans le pathos. Chaque personne sourie et est satisfaite de sa cuisine. Chaque cas a été une rencontre et nous avons fait chaque rendez-vous avec l’OLCA. Ce n’était pas juste une équipe technique qui venait. C’était aussi une dimension de partage, l’Alsace était tout le temps à nos côtés.

Une cuisinière bien dans son assiette !

Une cuisinière bien dans son assiette !

Un livre de recette s’inscrirait-il dans vos projets futurs ?
Fouzi :
Un livre de cuisine serait intéressant, on y pense. En effet, on ne peut pas mettre d’annotations sur une application par exemple et ça n’a pas de sens. J’aime beaucoup ouvrir un livre de recette de grand-mère et voir qu’elle a été écrite dix ans auparavant et annotée sur le bord de la page. Ce qui est important pour nous c’est que les gens passent un bon moment.
Le choix de la tablette est important pour deux raisons : la façon dont on se tient par exemple. Quand on est sur une tablette, c’est pareil que lorsqu’on lit un livre. On est presque allongé ou bien avachi sur son canapé. Là, tout se joue, le rapport avec le support… C’est quelque chose qu’on a de très proche de soi, 80% des lectures et d’utilisation de l’iPad se font dans le lit, en tout cas allongé. Ça prouve que ce n’est pas un objet mobile. Cela signifie beaucoup de choses, sur la façon dont l’on appréhende le contenu. Il faut que ce soit du contenu sur lequel on puisse passer une demie heure dans le lit à s’y attarder un certain moment… Cette histoire de positionnement est passionnant. Cela raconte beaucoup de notre société, sur la façon dont on fait les choses.

La recette au fur et à mesure.

La recette au fur et à mesure…

Raconte-moi une recette, application disponible sur iOS, Androïd, et Web dès le 22 avril.
La page Facebook de l’app
Le financement Ulule J-2, allez-y, courrez, vite, il y a de très belles contreparties !

Par Julie Martel

Le by Zut alors dans la catégorie CULTURE, Gastronomie, Gourmandises, Numérique

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