Réalité, virtuel(le)

Performance Dropping the InternetAram Bartholl, 2014

Aram Bartholl, dont les travaux ont été présentés au MoMA, à la Biennale de Venise ou au Palais de Tokyo, est invité à La Chaufferie (HEAR) à Strasbourg  du 6 avril au 6 mai, à l’occasion de l’exposition Is this you in the video? L’artiste y déploie de nouveaux dispositifs qui répondent à l’espace urbain/d’exposition dans lequel il se trouve. Héritier du Net.art, il questionne autant la digitalisation de l’art que la tangibilité des données.

Dans le flux continu des futilités proposées à longueur de journée sur Facebook, et des nombreuses interrogations que le réseau soulève – pour n’en citer qu’une : qu’est-ce que notre utilisation de celui-ci raconte du lien social ? – c’est une projection que l’on a souvent croisée : et si nous nous mettions à laisser des messages, littéralement, sur les murs de nos amis ? L’image prête à sourire et est pourtant révélatrice de la porosité possible entre monde virtuel et physique. Possible ? L’arrivée des assistants connectés dans l’habitat, des Google Glass et autres gadgets censés faciliter le quotidien – ou même la place d’Internet dans nos vies – le prouvent : les frontières entre ces deux mondes autrefois bien distincts tendent à être de plus en plus floues. C’est précisément dans cet interstice qu’Aram Bartholl évolue.

Si l’artiste berlinois ajoute à ces frottements une dimension géographique, c’est peut-être d’abord parce qu’il est diplômé d’architecture de la faculté d’art de Berlin mais surtout parce qu’investir le territoire par le numérique et par l’art, c’est aborder de manière directe ou indirecte (chez lui certainement conceptuelle) des questions sociales et politiques. Internet étant un espace de plus en plus limité et surveillé, serions-nous plus libres d’échanger des données, voire de l’art, au niveau local ? La ville en elle-même ne serait-elle pas un réseau social ?

Dead Drops, Aram Bartholl

À travers une série de propositions artistiques, Aram Bartholl rapproche espace public et cyberespace et adapte, par des installations ou performances, le monde physique aux usages du Web. L’on pense aux emblématiques et participatifs Dead Drops – imbrication de clés USB dans les murs des villes auxquelles les citoyens sont invités à se connecter pour récupérer ou laisser tous types de données (l’une d’elles est d’ailleurs active à Strasbourg) –, ou Speed Show – location de cyber cafés par le quidam qui, se connectant avec d’autres utilisateurs à un réseau spécifique, crée une exposition virtuelle et éphémère, se faisant donc curateur, d’avance obsolète (suivant les principes du Net.art apparu au milieu des années 90). Ainsi donc, la récupération et maîtrise de données virtuelles nécessitent déplacements et manipulations.

De la même manière, l’art d’Aram Bartholl se déplace, n’est plus contraint au seul espace muséal et peut même être augmenté par des propositions anonymes. Dans le prolongement de Dead Drops, il a notamment développé DVD Dead Drop, sorte d’exposition à emporter, gravable sur DVD. Ce geste, évidemment, pose la question de l’opposition d’un art “mural”, physique, à un autre, digital ; au-delà du principe de curation de contenus restant le même pour l’un et l’autre: quel valeur ? Quel statut ? Quelles traces ?

Obsolete presence, Aram Bartholl, exposition Odyssey, Möhnesee, 2017

À La Chaufferie, Aram Bartholl réunit cette double-problématique (place de l’art digital, échange et contrôle des données) en mettant en parallèle objets du quotidien (tapis, machine à café) et usages de réseaux, récupération de données personnelles et sur-sécurisation de l’espace public. Le sens de ses propositions, bourrées de clin d’œil, parfois d’humour et/ou de cynisme, est toujours multiple et nécessite de questionner nos propres usages.

ARAM BARTHOLL, IS THIS YOU IN THE VIDEO?, exposition du 6 avril au 6 mai à La Chaufferie, à Strasbourg
Vernissage le 5 avril à 18h30.

Par Cécile Becker

Le by Cécile Becker dans la catégorie Art numérique, CULTURE, Exposition, Geek, Internet, STRASBOURG

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