Bowie de synthèse ? Bowie éternel !

La pochette originale d'Heroes

La photo qui a servi à la pochette originale de Heroes en 1977 : David Bowie tel qu’on le fantasme aujourd’hui encore !

Rarement une pochette aura tant renseigné sur son contenu : en détournant pour The Next Day la pochette originale d’Heroes, David Bowie nous annonce ce qu’il va faire : il va s’y prendre à la manière de… David Bowie. On l’a toujours situé comme un génial précurseur ; on le sait rétrospectivement, il n’a jamais cessé d’être un catalyseur de tendances qui faisait la synthèse de ce qu’il y avait de meilleur autour de lui : glam de manière un peu opportune – même s’il a sublimé le genre –, rhythm’n’blues et adepte du Philly Sound au moment où ça le démarquait, puis novö-rock à ses plus belles heures, avant de retourner au funk, et bien d’autres choses avec le rock toujours en ligne de mire. Personne ne le lui reprochera, les Beatles faisaient cela à merveille avant lui. Mais là, c’est la première fois qu’un artiste retourne à sa propre manière, plus de trente ans après.

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David Bowie, le jour d’après !

Bien sûr, comme il n’a pas sorti d’album digne de ce nom depuis plus de 15 ans, on s’enthousiasme à l’idée d’entendre quelques guitares dissonantes et ce funk blanc qui avaient alimenté ses productions à la fin des années 70, notamment à l’occasion de sa trilogie berlinoise, Low, Heroes, Lodger. On retrouve ses relents novö-rock ou plastic soul, mais dans une version étonnamment assagie – avec cette voix toutefois, unique et inimitable.

On se souvient alors qu’on a sans doute acheté tous ses albums depuis plus de 30 ans, et qu’on achètera celui-là quand même, frustrant parfois, mais attachant à bien des égards. Parce que c’est ainsi, et que même un Bowie qui nous semble de synthèse et regarde dans le rétroviseur de sa propre majesté – à ce titre, le clip avec l’androgyne Tilda Swinton, nouvelle égérie Chanel, et alter-égo troublant pour l’occasion, tient sa part de sublime – reste Bowie. Et puis, il reste ce chef d’œuvre absolu au 2/3 de l’album, la ballade You Could Feel So Lonely You Could Die, poignante révélation qu’on ne peut imaginer qu’intime et très personnelle. En paraphrasant les paroles, on serait tenté de dire : you’ve still got the blues my friend!

Une petite confidence : la prochaine série mode de Zut ! s’intitule Heroes, rien d’innocent à cela, mais chut…

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique

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