Bye Bye Blondie : du rhum, des femmes

Béatrice Dalle dans le rôle de Gloria – Bye Bye Blondie de Virginie Despentes

Bye Bye Blondie, le nouveau film de Virginie Despentes est tiré de son roman du même nom, mais les images puissantes, la bande originale et l’histoire d’amour entre Gloria et Frances viennent compléter l’œuvre écrite d’une manière rugissante. Un film rempli de folie et de beauté.

Premier plan. Des affaires jetées d’une fenêtre. Gloria (Béatrice Dalle) hurlant sur son mec qui vient visiblement de la mettre dehors. Sur le sol : des fringues, et des vinyles, beaucoup. Nous sommes à Nancy, et Gloria, la punk quarantenaire s’en va retrouver ses potes dans un vieux garage, les mains dans les poches et ses chaussures montantes bien serrées. Quand le sujet Frances (Emmanuelle Béart), présentatrice du PAF à succès vient sur la table. Gloria la connaît et ne veut pas en entendre parler. Hasard des choses, Frances est justement à Nancy et se fait conduire par son chauffeur, chanteur amateur de musique italienne (Stomy Bugsy, fantastique) jusqu’à Gloria. On comprend rapidement que ces deux-là ont vécu une relation très forte, jusqu’à ce que les flashbacks viennent soutenir cette thèse à grand renfort de musique punk. Gloria et Frances ont été amoureuse dans les années 80, à 16 ans, l’amour donc, le vrai, sans fioritures, le « direct » qu’on prend dans la gueule comme une bonne claque. Les deux punks (Gloria jeune est jouée par Soko, Frances, elle par Clara Ponsot) se sont rencontrées en hôpital psychiatrique, ont pris de la drogue, connaissent la discographie des Bérus par cœur, boivent des litrons de bières par jour. La belle époque.

Une femme avec une femme

Les lecteurs de Virginie Despentes ne passeront pas à côté de ce détail, le personnage d’Eric dans son livre a été remplacé par celui de Frances. Un choix, loin d’être anodin, qui sert la puissance du film. La charge érotique de la relation entre les deux personnages s’en trouve décuplée, Virginie Despentes explique : « C’est venu d’une discussion avec Béatrice avec qui je m’entends très bien, elle m’a suggéré Emmanuelle Béart. J’ai trouvé que c’était une idée géniale. Et puis, je vis avec une femme depuis sept ans, donc c’est une histoire qui m’est chère. » Une histoire remplie d’éléments auto-biographiques -comme dans la plupart de ces livres ou de ces films- Nancy est la ville natale de Virginie Despentes, elle voue un culte sans limites au punk, aime la femme et les femmes, mais pas toutes. « Pour moi, le concept unique d’être une femme n’existe pas. J’ai beau être une femme, je n’ai aucun rapport avec Carla Bruni, même si nous sommes nées pareilles. Elle c’est l’archétype de la séduction, il n’y a aucun rapport, dit-elle. C’est une blague cette histoire d’être une femme. Je vois des filles très différentes, d’ailleurs si on me demandait mon avis je les rassemblerai selon mes critères… », et ces femmes dans son film n’ont rien de commun. Parfois douce, parfois chienne, parfois cruelle, une vibration folle vient toujours remuer l’intérieur de leurs tripes.
Comparé à son premier film controversé Baise-moi, les scènes d’amour charnel ne sont pas montrées, mais tellement suggérées qu’il suffit de fermer les yeux pour les entrevoir. Alors quand les médias parlent d’une Virginie Despentes adoucie, elle n’est pas forcément d’accord : « Je ne suis pas morte. Après je ne trouve pas que Baise-moi soit provocateur, de la même façon que Bye Bye Blondie. Pour moi, il n’y a pas de ruptures. » Et le choc se trouve peut-être ailleurs : le film vient secouer le spectateur dans son confort, la musique vient le réveiller, l’énergie viscérale des actrices le titiller, la beauté des gestes le subjuguer, l’adolescence le questionner. Car Bye Bye Blondie pose plus généralement la question des idéaux de jeunesse : que deviennent-ils ? Quelle est leur force ? Peut-on refaire l’histoire ? Réparer le passé ? On peut au moins s’en souvenir et les regretter. Virginie Despentes, elle, les fait revivre, d’une manière à la fois violente et sublime.

Bye Bye Blondie diffusé au cinéma Star, 27, rue du Jeu des Enfants et à l’UGC Ciné Cité, 25 route du Rhin

Retrouver l’instant flash Virginie Despentes au Music Garden dans Zut ! 13, page 68.

Le by Cécile Becker dans la catégorie Cinéma, CULTURE, Musique, Rencontre

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