Le freak, c’est chic

Vivienne Westwood, No 3, 2009 © Juergen Teller

Vivienne Westwood, No 3, 2009 © Juergen Teller

Passé maître dans l’art de photographier la mode avec une dérision frôlant le freak, Juergen Teller, photographe trublion travaille l’image avec un décalage certain. Quand le laid devient beau, quand la tendresse passe par l’intime, quand le n’importe quoi devient chic. D’origine allemande, il fait de Londres son terrain de jeu favori depuis 1986 où il expose en ce moment son travail autant commercial que purement artistique.

L’exposition intitulée Woo! à l’Institute of Contemporary Arts de Londres évoque d’emblée la surprise. Cet improviste là, où les yeux regardent l’interdit, l’étrange. On s’imagine alors Juergen Teller arrivant en coulisses, un appareil photo dans chaque main pour capter l’impossible, cette pose que l’on ne verrait pas s’il nous ne la donnait pas en spectacle. Photographe illustre des campagnes de Marc Jacobs et de Vivienne Westwood, il nous montre une mode qui ne se prend jamais au sérieux. Depuis ses premières images pour The Face et i-D, il impose un style depuis devenu coutumier : provoquer, amuser pour vendre. Un esprit grunge totalement assumé évoquant cet instant de tension où tout pourrait basculer : où l’intime côtoie le voyeurisme, où le naturel s’assimile à une mise à nu, où le laid approche l’horreur. Des aspects largement exposés à l’ICA.

Dans la première salle, impressionnante, s’affichent cinq photographies monumentales dont un triptyque désormais célèbre présentant Vivienne Westwood nue. L’excentricité de la créatrice tout comme son teint d’aspirine et sa chevelure flamboyante sont autant d’arguments qui avaient séduits Juergen Teller lors de sa rencontre avec elle, là devant nous, d’une beauté évidente presque royale. Vivienne Westwood, la soixantaine bien passée affiche ses formes tranchant fortement avec celle de mannequins, avec une fierté malicieuse. A sa gauche, Kurt Cobain est penché sur sa guitare qu’il pointe vers elle : une photographie en noir et blanc à l’énergie primitive propre au rock’n’roll. En face, un chaton est assis sur une terrasse. L’on se demande ce que cette dernière vient faire aux côtés de figures de la la mode et de la musique, s’amusant finalement de ce choix représentant la trinité du buzz contemporain : chat, nudité et rock’n’roll.

Kurt Cobain © Juergen Teller

Kurt Cobain © Juergen Teller

En face de ces photographies magistrales, sa série Irene im Wald sur la mère de Juergen Teller dans une forêt près de sa ville natale de Nuremberg, un travail rare sur l’importance de la famille et des racines.

Kate Moss © Juergen Teller, par ailleurs couve du Novo 7, à retrouver ici.

Kate Moss © Juergen Teller, par ailleurs couv’ du numéro 7 de Novo, à retrouver ici.

Björk © Juergen Teller

Björk © Juergen Teller

Dans la petite salle de l’ICA, l’on retrouve le travail commercial et éditorial de Juergen Teller : ses campagnes de publicité pour Céline, Puma, Marc Jacobs, ses photographies de Björk, Kate Moss, ses auto-portraits, notamment délirants dans la série Louis XV avec Charlotte Rampling entre bourgeoisie, tendresse et nudité débridée… Des centaines de photographies petit format tapissées sur les quatre coins du mur. Au fur et à mesure, l’on retrouve ses modèles devenus intimes d’année en année : il change très rarement ses sujets et développe des relations très personnelles avec ceux qu’il photographie. Un mode de travail particulier illustrant le malaise qu’il éprouve derrière son appareil, et donc, son besoin de pouvoir se fixer. Cette salle évoque des aller-retours constant entre ses aspirations personnelles et sa vie professionnelle, à tel point qu’on ne sait plus très bien où se situe la limite. Son travail commercial est envisagé comme un travail d’artiste.

L'une des nombreuses campagnes de pubs pour Marc Jacobs, réalisée par Juergen Teller avec Victoria Beckham, accro du shopping.

L’une des nombreuses campagnes de pubs pour Marc Jacobs, réalisées par Juergen Teller avec Victoria Beckham, accro du shopping.

Dernière salle, derniers grands formats : les photographies de son fils, Marc Jacobs derrière son bureau, hilare, un extrait d’une de ses campagnes délirantes réalisée avec Victoria Beckham, Lily Cole, autant de photographies croisées dans les magazines prenant une toute autre dimension de visu. Un extrait du travail de Juergen Teller construit comme une rétrospective abordant les différentes faces de ce photographe très cru dans sa manière de shooter, loin, très loin du politiquement correct.

Woo!, Juergen Teller, exposition à l’ICA jusqu’au 17 mars
The Mall, London SW1Y 5AH

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, D'ailleurs, Exposition, Photographie, TENDANCES | 1 commentaire

Matthieu Stahl, Love Maps 21

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Matthieu Stahl © Eric Antoine

Le Musée des Beaux-Arts de Mulhouse accueille jusqu’au 24 mars, l’exposition Love Maps 21, qui dévoile le travail et la réflexion de Matthieu Stahl. L’artiste mulhousien, qui cumule les rôles de plasticien, musicien et président du Noumatrouff, expose ses œuvres d’influences Street Art, mixées par une énergie punk.

Matthieu Stahl nous présente une cartographie moderne des relations amoureuses actuelles, directement inspirées du Pays de Tendre de Madeleine de Scudéry, tiré de son roman Clélie, publié en 1656. Des relations qui seraient basées sur une égalité entre homme et femme.

Ses œuvres sont dévoilées sur des supports de toile, papier et carton, que Matthieu Stahl affectionne particulièrement.

L’exposition s’ouvre sur une représentation abstraite de la carte de Scudéry, pour ensuite nous conduire dans un univers urbain, teinté de rage, de fièvre, d’envie et de volupté.

On s’y promène comme dans une géographie, symbolisant les relations homme/femmes mais également les relations que l’artiste entretient avec sa peinture comme objet de désir et d’inspiration.

Au centre de l’exposition, comme au centre de la vie, se révèle un univers érotique, où l’artiste défend un droit au plaisir insoumis. La visite se termine par une représentation du parcours européen du plasticien,  allant de Londres à Berlin, en passant par Florence.

À l’occasion du vernissage de Love Maps 21, ce voyage à travers l’univers particulier, propre à l’artiste, a été apprécié par les nombreux visiteurs qui ont fait le déplacement. A noter l’apparition du chanteur Cali, qui était en concert le soir même à Mulhouse.

Par Roxane Ajerage et Aurélie Amblard

Lire le portrait de Matthieu Stahl dans Novo 23 (page 54)

L’exposition de Matthieu Stahl jusqu’au 24 mars au musée des Beaux-Arts, à Mulhouse
lovemaps21.tumblr.com

Le by Zut alors dans la catégorie CULTURE, Exposition, HAUT-RHIN | Laisser un commentaire  

Ailleurs mais bien ici

La salle bleue – pièce magistrale -, ancienne cave à vins, mise en sons et en lumières par l'artiste Jean-François Laporte avec son installation Tremblement de mer "Mutation" © Eric Antoine

Il fallait y être, et heureusement, il vous reste encore deux jours pour profiter des expositions et installations du festival de l’Ososphère, ce samedi agrémenté d’une deuxième nuit électronique. L’occasion de découvrir cette magistrale zone de La Coop par le prisme des arts numériques. Un parcours unique, des installations impressionnantes, une vision de Strasbourg réjouissante : une bouffée d’air frais.

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Le by Cécile Becker dans la catégorie Art numérique, CULTURE, Exposition, Geek, Musique, STRASBOURG | Laisser un commentaire  

De la photographie au naturel

Pour la 17ème année consécutive, le prix HSBC pour la photographie aide et promeut la nouvelle génération de photographes en récompensant deux artistes au regard singulier. L’Arsenal expose cette année les œuvres des deux lauréats : Leonora Hamill et Eric Pillot, deux photographes aux visions opposées mais qui s’attachent au naturel des photographies.

Drawing I Hanoi de Leonora Hamill

Au terme de l’analyse des travaux de 500 personnes et du visionnage de plus de 10 000 images, le conseiller artistique désigné cette année : Rafael Doctor Roncero, historien d’art à Madrid, a sélectionné 13 artistes explorant à leur manière le langage photographique contemporain. Le comité exécutif a ensuite choisi deux lauréats qui exposent le fruit de leur travail à Paris et en région et profitent de la parution d’une édition monographique. Les heureux élus de cette nouvelle édition Leonora Hamill et Eric Pillot ont proposé deux interprétations aux connotations naturelles.
La première, franco-britannique ayant profité d’une résidence au centre hospitalier de Rouffach, prend garde à ne jamais manipuler le réel et s’interdit toute intervention, elle laisse ainsi parler le naturel des images. Entre Cuba, l’Espagne, le Maroc, la France, l’Allemagne, ou encore le Vietnam, Leonora Hamill a planté sa chambre dans des environnements où l’homme a laissé sa trace et a appuyé sur le déclencheur devant ce qui pourrait s’apparenter à des natures mortes dans sa série Art in Progress.
Le second, quant à lui, pose la question de la place de l’homme dans la nature dans In Situ. Après avoir notamment travaillé aux côtés de Bernard Plossu, Eric Pillot a développé une réflexion autour formes, des ombres et des lumières, il utilise l’esthétique du numérique pour suggérer un questionnement chez le spectateur.

Prix HSBC pour la photographie, lauréats 2012, exposition du 31 août au 30 septembre – vernissage le 7 septembre en présence des artistes, à l’Arsenal à Metz, 3, avenue Ney.

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Exposition, LORRAINE, Photographie | Laisser un commentaire  

Lèche-vitrine culturel

Je vous entends d’ici :  » Ca y est les soldes sont finies, plus rien à se mettre sous la dent ! « . La shoppeuse accro et à cran que vous êtes, dégoteuse d’ultimes bonnes affaires commence déjà à faire grise mine avant même d’avoir pris le soleil…

Et si pour une fois on faisait du lèche-vitrine intelligent, celui qui se replace aisément dans toutes les conversations bobos, et peut même provoquer un sujet trendy-polémique – ça change des prévisions météo et des J.O. Le remède déculpabilisant contre votre énième virée shopping !

Les Galeries Lafayette Strasbourg, temple de la mode et de la tentation invitent encore pour quelques jours la création dans ses vitrines. Avec Strasbourg & Création, pas besoin de franchir le seuil du grand magasin pour se cultiver. Non. Jusqu’au 4 août, le Musée d’art Moderne et Contemporain, le FRAC Alsace et le CEAAC investissent les lieux, alpaguent le passant initié ou titillent simplement la curiosité du badaud néophyte !

 

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Le by Caroline Lévy dans la catégorie CULTURE, Exposition, Shopping, TENDANCES | 1 commentaire