Art à vivre au musée Henner

C’est dans l’ancienne demeure et atelier de Guillaume Dubufe, installé dans un hôtel particulier du XVIIe arrondissement, que l’art de Henner est ressuscité. Entre ses portraits, l’Italie de sa jeunesse et ses paysages d’Alsace, le musée national Jean-Jacques Henner nous invite à rencontrer cet artiste méconnu.

Henner est né en Alsace, en 1829 à Bernwiller, c’est là que va se construire son regard sur la région et ses paysages bucoliques puisque ses premiers travaux sont des images de son quotidien (la ferme familiale, la route de Galfingen avec le vieux cerisier et la croix). Il suit des cours de dessin à Strasbourg dans l’atelier de Gabriel Guérin, avant de partir à Paris pour entrer à l’École des beaux arts. Etudiant, il passe énormément de temps au Louvre, puisqu’à l’époque le commun des mortels ne peut y apprécier les toiles que le dimanche, le musée est un lieu de formation destiné aux artistes avant tout. C’est à cette époque que naît son intérêt pour les maîtres de la Renaissance italienne tels que le Titien ou encore Raphaël qui vont l’inspirer, notamment sur le plan de la technique.

En 1921, soixante ans après la mort de l’artiste, les héritiers Henner rachètent l’hôtel particulier, avec pour ambition de créer un lieu d’exception en hommage au peintre et à son œuvre. Le musée est somptueux, atypique, et Alexandre Therwath, en charge de l’animationculturelle, raconte qu’il a toujours été un lieu de création. Il ajoute que « le musée est une ancienne maison d’artistes et que ce lieu se prête à toutes les pratiques artistiques ». Le musée expose à la fois des dessins, des peintures, mais aussi des objets du quotidien de Henner, « ce qui permet de voir comment travaillait un peintre au XVIIIe siècle ». Dès le mois de mars , le musée Henner présentait Jeux de nymphes, à la recherche de la composition idéale, une installation qui permet aux visiteurs de créer des compositions à partir des tableaux de Henner à l’aide d’un dispositif numérique intéractif.

Jusqu’au 2 juillet, vous pourrez découvrir l’exposition De l’impression au rêve. Paysages de Henner qui présente plus de quatre-vingt-dix peintures et dessins. La visite nous fait voyager de son Alsace natale à Paris où il fit ses études, en passant par l’Italie, peu après avoir remporté le Grand prix de Rome de peinture. L’Alsace et l’Italie furent sans conteste les lieux les plus chers au peintre. Henner était nostalgique de l’Alsace, la Directrice du musée Marie-Hélène Lavallée explique que « l’Alsace perdue, c’est la disparition de sa région dès son rattachement à l’Allemagne, il ne la reconnaît pas », tous ses travaux furent effectués en atelier, à partir de son imaginaire. L’Italie était une sorte de rite obligatoire pour les artistes de l’époque, et elle marqua son oeuvre considérablement : « ses tableaux transcrivent un choc visuel, une fascination pour ces paysages nouveaux, dans ses oeuvres on dirait qu’il découvre, le cadrage est très particulier ». Elle ajoute que le style du peintre est inclassable, qu’il fréquentait les impressionnistes, « mais il ne se reconnaissait pas dans ce courant ». On lui reprochait de ne pas être assez moderne, pourtant il jouissait d’une notoriété considérable de son temps, et était très engagé dans divers débats politiques.

Un travail incroyable a été réalisé afin de rendre cet endroit somptueux et surtout atypique. Alexandre Therwath, en charge de l’animation culturelle, raconte que le musée a toujours été un lieu de création : « le musée est une ancienne maison d’artistes et se prête à toutes les pratiques artistiques ». Sont exposés à la fois des dessins, des peintures, mais aussi des objets du quotidien de Henner, « ce qui permet de voir comment travaillait un peintre au XVIIIe siècle ».

Les raisons pour lesquelles ce musée mérite d’être connu est que vous pourrez enfin profiter d’une œuvre sans avoir à apprécier la file d’attente habituellement obligatoire dans un musée parisien. C’est un lieu secret et hors du temps, on a aimé le mélange des peintures, des carnets et études préparatoires mais surtout les évènements organisés par l’équipe du musée. On peut assister à des cours de dessin, des ateliers pour enfants mais aussi des concerts, souvent en partenariat avec le Conservatoire Claude Debussy, installé à deux pas du musée.


Par Déborah Pham

www.musee-henner.fr

Crédits : Jean-Jacques Henner, Autoportrait, vers 1877 (C) RMN / Franck Raux
JJHP 1972-12
Jean-Jacques Henner, Rêve, vers 1898 (C) RMN / Franck Raux
JJHP 251

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Mathieu Wernert, le geste pictural

On le sait, le geste fait également la qualité de la peinture. Depuis quelques années, celui de Mathieu Wernert s’affirme comme l’un des plus vibrants, l’un des plus fascinants, l’un des derniers qui puissent nous évoquer une démarche picturale intègre, avec sa part d’intransigeance salutaire. Avec méthode, l’artiste fonctionne par soustraction de couches picturales, lesquelles s’entremêlent, se complètent ou s’annulent pour ne laisser subsister sur la toile que ce qui demeure irréductible : quelque chose de l’ordre d’une sensation ultime.

Parti d’une approche picturale qui s’inspirait des arts de la rue, le graffiti notamment, Mathieu semblait s’en être éloigné lors de sa très belle exposition monographique à l’Illiade, chez lui à Illkirch-Graffenstaden, il y a de cela quelques mois. Mais il y revient, et de manière tout à fait étonnante, en déclinant des motifs très éloignés des préoccupations plastiques de certains de ses modèles urbains : l’arabesque et la rose. Ces motifs subissent le même sort que certains motifs géométriques, c’est-à-dire qu’ils sont éprouvés avec violence. Mais ils s’imposent tout de même avec force et permettent la jonction inédite d’un art de salon avec ses réminiscences XIXème ou psychédéliques – on pense aux productions des pré-raphaélites ou aux illustrations d’Aubrey Beardsley par exemple – et le principe du pochoir.

Mathieu Wernert révèle là à la fois sa grande soif d’exploration de voies picturales nouvelles, mais aussi son immense culture visuelle. Il pratique avec la peinture le principe du sample – ce qui ne signifie pas pour autant le collage – et s’appuie sur la familiarité de certains échantillons formels pour nous entraîner vers un ailleurs, dont lui seul connaît la véritable destination.

Pour son exposition à La Boutique, Mathieu Wernert propose une scénographie personnelle en recouvrant les murs d’une tapisserie faite main : l’occasion de redécouvrir ce lieu avec un regard nouveau.

46 m2, une exposition de Mathieu Wernert à La Boutique (l’agence My Client Is Rich) du 26 avril au 30 mai au 10, rue Ste-Hélène, à Strasbourg

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Exposition | Laisser un commentaire  

Un Belvédère

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Du 19 avril au 31 mai se tiendra à la galerie Ritsch-Fisch l’exposition de trois artistes fraîchement diplômés de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg, Camille Brès, Clio Marotel et Marius Pons de Vincent. Ils transformeront ce lieu apprécié des amateurs d’art en un Belvédère imaginaire qui permettra au public de s’élever pour mieux contempler leur travail au sortir de l’atelier.

Cet atelier, ils l’ont partagé ensemble sous la direction de Daniel Schlier, confrontant leur travail, se nourrissant les uns des autres tout en affirmant leur singularité. Leur peinture, sans chercher à tout prix le réalisme, représente avant tout la figure. Tous trois, notamment dans la technique, revendiquent un héritage classique, travaillant à l’huile et portant leur regard de jeunes artistes sur les maîtres anciens comme Vélasquez ou Goya. Mais leurs trajectoires se séparent, dans un souci de vraisemblance pour Marius, par les altérations pratiquées par Camille, ou par un hommage permanent à la peinture que l’on retrouve dans l’imagerie de Clio.

Exposition du 19 avril au 2 juin à la galerie Ritsch-Fisch, 6, rue des Charpentiers à Strasbourg.
Vernissage ce jeudi 19 avril à 18h

1. Camille Brès – Madrid
2. Clio Marotel – Id Bum
3. Marius Pons de Vincent – Entraînement 

Le by Zut ! dans la catégorie CULTURE, Exposition | Laisser un commentaire  

Polaroid & Lomo Corp – Just do it


Pneu à Stimultania ©Polaroid Corp (Fred)

Dans le cadre du mois DIY (Do It Yourself – Fais le toi-même, ndlr.), initié par la médiathèque Tomi Ungerer de Vendenheim, Anaïs et Frédéric deux jeunes gens passionnés par la musique, exposent leurs instantanés de la scène strasbourgeoise. Interview.

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Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Exposition, Musique, Photographie | 2 commentaires

Nicolas de Leyde : le mouvement sublimé

L’artiste Nicolas de Leyde fait l’objet d’une belle exposition au Musée de l’Œuvre Notre-Dame, à Strasbourg, avec des œuvres en provenance de collections publiques et privées (Paris, Berlin, Amsterdam, New York et Chicago). L’occasion de se familiariser avec un artiste majeur et influent pour l’art de son époque.

À Strasbourg, le Musée de l’Œuvre Notre-Dame conserve deux œuvres jalons du Moyen-Âge : la première, la figure de la Synagogue du bras sud du transept de la Cathédrale, la seconde, le Buste d’homme accoudé de Nicolas de Leyde. Par leurs qualités plastiques et leur niveau d’expressivité, toutes deux ont en commun de se situer à part dans la production sculptée de leur temps, respectivement le début du XIIIe siècle et la deuxième moitié du XVe. On peut l’affirmer : pour chacun d’entre elles, il y a un avant et un après, elles sont sans équivalents et, à ce titre, constituent des chefs d’œuvre absolues, isolés et remarquables – des modèles indépassables – à l’échelle de l’Occident médiéval.

Si le sculpteur de la Synagogue reste inconnu et suscite bien des fantasmes, l’auteur du Buste nous est bien connu : Nicolas de Leyde fait l’objet d’une exposition magnifique – sa première exposition monographique –, qui fait le point sur ses sources plastiques, sur son parcours artistique et sa postérité. À Strasbourg où il a séjourné entre 1462 et 1467, il a réalisé de grands ensembles, et en particulier l’épitaphe du chanoine de Bussnang dans la cathédrale, et le portail de la Chancellerie de la ville, bâtiment aujourd’hui disparu dont il subsiste quelques fragments, dont deux têtes, un prophète et une Sybille, réunies pour la première fois depuis un siècle.

L’ensemble des 70 pièces regroupées s’articule autour du Buste, une sculpture d’une qualité exceptionnelle, sans doute la plus créative de l’artiste : l’homme a les yeux mi clos, le menton appuyé sur la paume de sa main droite ; il semble perdu dans ses pensées. Si on peut y voir là l’une des nombreuses déclinaisons de la figure mélancolique, sa posture renvoie plus à la réflexion qu’à une forme d’affliction. Toute la modernité de l’œuvre réside dans le mouvement, la tension du corps courbée qui souligne la tension intérieure de la personne, ici sans doute l’artiste lui-même dans ce qui est suggéré comme un autoportrait sensible. L’insistance sur les doigts qui s’enfoncent dans la joue est un détail réaliste ; il rappelle également que l’artiste est fait de chair et qu’il prend conscience, en parfait humaniste, de l’unité du corps et de l’esprit.

Jusqu’au 8 juillet au Musée de l’Œuvre Notre-Dame
3, place du Château – +33 (0)3 88 52 50 00
www.musees.strasbourg.eu

Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé, Strasbourg, 1463. Grès rose.
Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Photo : M. Bertola

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