Le livre à venir

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« La sensibilité est la monnaie de l’univers, de l’espace, de la grande nature qui nous permet d’acheter de la vie à l’état de matière première ! L’imagination est le véhicule de la sensibilité ! Transportés par l’imagination, nous atteignons la Vie, la vie elle-même qui est l’art absolu. », Yves Klein

Quel lecteur n’a pas chez lui, sur une table, au pied de son lit, une pile de livres à lire ?
Combien sont-ils à attendre la fin d’un livre pour aller en acheter un autre ?
D’où vient ce besoin de s’approvisionner ?
En réalité, le lecteur reste à la recherche de son propre état d’esprit, ces ouvrages en attente sont autant de phases, de désirs, qui demeurent et viendront, à point, faire écho.
En interrogeant leurs couvertures, c’est nous que nous sondons ; avoir plusieurs livres, genres, récits, c’est être multiple, ouvert, mais c’est aussi être à soi, dans sa plus stricte intimité.
Pouvoir choisir, quand on le désire, le reflet de nos pensées, c’est aussi être libre, se réaliser dans la lecture, et ces piles de « livres d’avance » sont notre existence à venir.
Le secret de notre besoin de livres, est moins dans l’envie d’évasion que dans le retour à soi, précisément au moment où celui-ci s’exprime ; finir un livre, c’est clore une émotion, c’est disparaître avec lui.
Ayez donc toujours ces livres à vos côtés, ils sont votre supplément d’âme.

« C’est dans le sombre feuillage du
sommeil que luit la peau mouillée,
la difficile florainson de la langue,
le réel, c’est le mot. », Eugenio de Antrade

Par Boris Manchot

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Chemins qui ne mènent nulle part

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« Le Capitaine : Alors, c’est ça le néant ?
Kurt : C’est son début. », Auguste Strindberg – La Danse de la mort.

On oublie parfois que nos auteurs préférés ont un jour été étudiants, que leur œuvre a du connaître un commencement et des évolutions pour aboutir jusqu’à nous. La parution de textes inédits de Samuel Beckett – même si ces derniers restent anecdotiques – ne peut qu’être un événement tant cet auteur demeure fascinant.

Ce recueil réunit des poèmes écrits entre 1930 et 1976. En 1928, Beckett, jeune irlandais de 22 ans, vient d’arriver à Paris en qualité de lecteur anglais à l’Ecole Normale Supérieure ; il y rencontrera d’ailleurs James Joyce qui sera pour beaucoup dans sa carrière d’écrivain.

Peu connu en Angleterre, il faudra attendre 1950 pour que soit révélé son talent en France, par le biais de Jérôme Lindon, qui découvre alors Malone meurt et décide de publier Beckett aux Editions de Minuit ; s’en suivra une riche aventure éditoriale qui verra son couronnement par le Prix Nobel de littérature en 1969.

On connaît Samuel Beckett pour son théâtre et ses récits, moins pour sa poésie, forme qui pourtant se prête parfaitement à l’exercice de son écriture, épurée et désincarnée, cette économie de mots qui toujours va à l’essentiel et psalmodie l’absurdité de l’être.

« disant encore il y a une dernière fois
de toutes les dernières fois
dernière fois que l’on supplie
dernière fois que l’on aime. »

De tous les auteurs contemporains, il est peut-être celui qui a su le mieux saisir la détresse humaine et exprimer son angoisse face au cruel dénuement de l’existence.

« Cette limitation me conduit à moi-même, là où je ne me retire plus derrière un point de vue objectif que je ne fais que représenter, là où ni moi-même, ni l’existence d’autrui, ne peut plus devenir objet pour moi. », Karl Jaspers

(On notera également, il a de ça quelques mois, la parution des écrits de Beckett sur le philosophe Arnold Geulincx, lecture qui a profondément influencé l’univers beckettien et qui fournit d’importantes clés pour la compréhension de son oeuvre.
Notes de Beckett sur Geulincx, Les Solitaires Intempestifs, 272 pages, 23 euros).

Par Boris Manchot

Samuel Beckett, Peste soit de l’horoscope, Les Editions de Minuit 2012, 48 pages, 7,50 euros.

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Jean de la Lune atterrit à l’UGC Strasbourg

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Zut ! et l’UGC Ciné Cité vous proposent de gagner 5×2 places pour l’avant-première du film Jean de la Lune réalisé par Stephan Schesch et tiré du livre jeunesse de Tomi Ungerer ! Repartez de la séance avec notre beau hors-série consacré à l’illustrateur en vente dans le hall du cinéma ! C’est ce dimanche à 10h45 à l’UGC Ciné Cité.

Voir la bande-annonce de Jean de la Lune réalisé par Stephan Schesch :

En plus de voir ce beau film, un stand Zut ! sera installé dans le hall du cinéma. Notre ravissante Justine proposera à la vente le hors-série Zut ! consacré à Tomi Ungerer : Impressions, regards, fragments.

Réalisé pour et avec Tomi Ungerer, cet ouvrage explore le monde surprenant de l’artiste au travers d’entretiens, de rencontres avec des personnalités qui lui sont familières, de portfolios, de collages inédits et d’interventions. Loin d’être une énième monographie, ce hors-série est un ouvrage unique à partager. L’artiste s’y livre de manière intimiste et sans artifices, et revient à ses inspirations premières. Sa progression, ses voyages, ses démons et ses rêves… Découvrez, ou redécouvrez, le parcours et la personnalité de cet artiste et homme aux mille facettes.
Dans cette édition trilingue inédite de 292 pages en grand format, vous trouverez une compilation de ses meilleurs dessins sous forme de thématiques originales accompagnées de textes racontant l’artiste, de fragments autobiographiques, d’impressions au travers des villes qu’il a traversées et de regards d’autres artistes.

Pour remporter vos places, répondez à cette question :
Par quel moyen Jean de la Lune arrive-t-il sur la Terre ?
Pour gagner vos places, donnez-nous vite vos réponses via contact@chicmedias.com . Les cinq bonnes réponses les plus rapides, remporteront les billets.

UGC Ciné Cité, 25, route du Rhin à Strasbourg.

Sur le même sujet :

[Vidéo] Notre rencontre avec Tomi Ungerer pour la réalisation du hors-série
Une journée avec Tomi Ungerer au cinéma Star Saint-Exupéry 

Odeurs et souvenirs, oui mais

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« L’extrême sentiment d’une présence soudaine, la surprise simplement qu’un objet, une émotion, un événement soit, n’a rien qui puisse nous étonner, si l’esprit qui les distingue doit à cet effet s’arracher d’abord à un tout où il se trouve pris et confondu, au point de n’être pas moins son contraire que lui-même. », Jean Paulhan

Attention, le dernier livre de Philippe Claudel est plus qu’un livre : un pur produit marketing. On passera sur la jaquette reprenant un détail d’une peinture de Gustave Klimt, beaucoup plus utilisée pour faire vibrer les ménagères que Balthus… D’ailleurs, si la couverture ne vous a pas déjà convaincu que vous tenez en main le parfait cadeau, la quatrième de couverture aura vite fait de vous séduire avec son scrabble de mots qui sent bon le bonheur et au champs lexical digne d’une brochure pour Disneyland : « voyage », « magie », « illusion ». Philippe nous propose rien de moins que réactiver notre mémoire olfactive.

Dans la continuité des livres d’un autre Philippe (Delerm), qui dans une logique héritée d’Amélie Poulain nous avait dévoilé le secret de ces petits suppléments d’âme qui se cachent dans d’insignifiants actes du quotidien, Claudel fait, lui, appelle à notre nez pour convoquer dans quelques 63 tableaux, nos souvenirs muqueux. Le procédé profite de la mode du « bon vieux temps », des yaourts comme chez mamie et des bars à guinguettes comme chez papy… Ou comment transformer une charge émotionnelle en argent.

Le principe consiste donc à choisir un lieu, une action ou un objet, et en faire une description nostalgique en évoquant le maximum d’images connues de tous au moyen d’odeurs et de parfums. « Cave », « Gauloises et Gitanes », « Piscine », « Pluie d’orage », autant d’intitulés qui, à peine lus, enclenchent déjà la belle machinerie de nos souvenirs de pommes trop mûres, de moustaches jaunies, de carrelage glissant et d’abris sous les portes cochères. Le procédé fonctionne si bien qu’on peut même s’épargner la lecture des textes et se contenter des titres.

Un peu de beauté et de douceur au milieu de cette rentrée littéraire est en soi plutôt une jolie chose, si cela n’était pas aussi calibré en forme de succès commercial. Les ficelles tirées ici sont grossières, connues et usées, et il est dommage qu’un écrivain doué cède à une pratique si facile, usant de ce matériel fondamental entre l’intime (nos souvenirs particuliers) et le collectif (ces évocations parlent à tout le monde).

Alors oui, mon grand-père fumait des cigarettes qui sentaient fort, et j’aime à en garder l’impression pour moi seul. Il est peut-être bon, voire nécessaire de conserver une part de soi en secret, replié dans la pudeur et le respect, car ce sont aussi ces souvenirs et la manière que nous avons de les concevoir, qui façonnent nos singularités. Mais je ne serai pas étonné qu’une page Facebook relaie du livre soit ouverte, proposant à chacun d’y noter ses souvenirs, ou quant au nom du partage, le soi se dissout dans le commun. « Je me souviens de l’instant où j’ai vraiment su. Les saules perdaient leur chaleur, le visage dans le bassin était beau, mais il n’était pas le mien », Sylvia Plath.

Par Boris Manchot

Philippe Claudel, Parfums, Stock, 224 pages, 18,50 euros

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L’Eve future

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« Et les chiens m’offensant de leurs poils offerts, lèchant lentement et laissant leur salive sur les arbres qui me rendent folle. » – Alejandra Pizarnik –

En 1963, André Pieyre de Mandiargues se voit décerner le Prix Goncourt pour son livre La Motocyclette. Bien qu’introuvable aujourd’hui, il demeure un ouvrage d’une sensualité et d’une tension rare; un superbe moment de littérature.

L’histoire est cependant très simple, Rebecca, part un matin, au guidon de sa motocyclette, retrouver son amant…C’est chemin faisant qu’elle se remémore leur rencontre et les scènes érotiques de leur secrète idylle. Au fil de la route, sensations et paysages présents se mêlent aux souvenirs, et l’on sent le corps de cette femme qui vibre pour l’homme qu’elle désire et qu’elle va retrouver. Sa machine et les décors qu’elle traverse à toute vitesse viennent ainsi s’imprimer à sa mémoire, mais aussi à son imagination; fantasme mécanique, Rebecca, Godiva d’un nouvel air, traverse et est traversée par le sublime.

Loin de la pornographie de foire de Mr. Grey et de ses nuances (si peu nuancées en réalité), Mandiargues célèbre cette année-là, un érotisme résolument moderne et dont on peut imaginer, dix ans plus tard, le prolongement par J. G. Ballard avec Crash!, un érotisme puissant, voire douloureux dans son désir inassouvi de l’autre, mais aussi fécond, car fantasmagorique, ravivant des images enfouies ou dessinant les contours d’un rêve à venir.

C’est en effet ici que se loge la beauté de ce texte, dans cet intime secret qui veut que le plaisir soit moins dans l’acte que dans la lutte, dans l’exercice de la patience, « ce n’est pas le temps, mais l’interminable durée du désir qui sépare la paume de la douce déclivité de ton ventre » (José Angel Valente).

Par Boris Manchot

André Pieyre de Mandiargues, La Motocyclette, 1963, Gallimard, Collection Blanche, 228 pages.

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