A demain la poésie

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« La feuille de papier blanc
et le parfum de ta peau
sont assez de matière
pour un poème immortel.
La feuille de papier blanc,
le parfum de ta peau
sans crier gare

se dissipent dans le ciel », Pentti Holappa

On entend souvent dire, venant de personnes qui lisent, qu’ils n’aiment pas la poésie, mais qu’est-ce à dire au juste ?

La poésie, en tant que type de littérature, est en quelque sorte un roman, voire un essai, où la mise en mots est différente, tout simplement.
Ne pas aimer la poésie, c’est tourner le dos à un pan entier du patrimoine littéraire.
Ce rejet viendrait-il de l’approche hautement rédhibitoire qu’est l’exercice de mémorisation à l’école, premier contact avec la poésie ?
Ou plus sérieusement, la poésie demanderait-elle un effort qu’à titre comparatif, le roman n’exigerait pas ?

La poésie, malgré elle, souffre d’une image précieuse, académique (à nouveau, l’école !) et sa lecture appartiendrait à un cercle d’initiés.
Il est bon, avant tout, de dépasser cette idée et d’aller vers les textes. Là, une fois entouré de ce nouveau corpus, il faut fouiller, chercher parmi les vers, la rime, la prose, l’univers qui nous parle ; car aimer la poésie, c’est trouver l’auteur avec lequel on entre en résonance.
Une fois ce lien établit, la structure du texte s’efface au profit de sens: la forme est là pour servir le fond.

Un lecteur est par définition, sensible à l’alchimie des mots, et la poésie est peut-être bien l’espace où cette magie opère le mieux. De fait, la poésie est intransigeante, elle ne pardonne aucune approximation et exige du lecteur son attention la plus soutenue, chaque mot déployant un monde. Il faut ainsi s’abandonner à la poésie, accepter ses règles, et se laisser porter, attentif, comme un voyageur qui attend de l’inconnu tout ce qu’il ne sait pas de lui-même.

« Tes yeux de lynx, Asie,
Ont en moi décelé quelque chose,
Ont défié la part enfouie,
Née du silence », Anna Akhmatova

Par Boris Manchot

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Le livre à venir

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Vous aussi, vous aimez lire au lit ? Allez faire un tour sur « Tout Mulhouse au lit », envoyez vos photos, et surtout, lisez Médiapop.

« La sensibilité est la monnaie de l’univers, de l’espace, de la grande nature qui nous permet d’acheter de la vie à l’état de matière première ! L’imagination est le véhicule de la sensibilité ! Transportés par l’imagination, nous atteignons la Vie, la vie elle-même qui est l’art absolu. », Yves Klein

Quel lecteur n’a pas chez lui, sur une table, au pied de son lit, une pile de livres à lire ?
Combien sont-ils à attendre la fin d’un livre pour aller en acheter un autre ?
D’où vient ce besoin de s’approvisionner ?
En réalité, le lecteur reste à la recherche de son propre état d’esprit, ces ouvrages en attente sont autant de phases, de désirs, qui demeurent et viendront, à point, faire écho.
En interrogeant leurs couvertures, c’est nous que nous sondons ; avoir plusieurs livres, genres, récits, c’est être multiple, ouvert, mais c’est aussi être à soi, dans sa plus stricte intimité.
Pouvoir choisir, quand on le désire, le reflet de nos pensées, c’est aussi être libre, se réaliser dans la lecture, et ces piles de « livres d’avance » sont notre existence à venir.
Le secret de notre besoin de livres, est moins dans l’envie d’évasion que dans le retour à soi, précisément au moment où celui-ci s’exprime ; finir un livre, c’est clore une émotion, c’est disparaître avec lui.
Ayez donc toujours ces livres à vos côtés, ils sont votre supplément d’âme.

« C’est dans le sombre feuillage du
sommeil que luit la peau mouillée,
la difficile florainson de la langue,
le réel, c’est le mot. », Eugenio de Antrade

Par Boris Manchot

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Chemins qui ne mènent nulle part

« Le Capitaine : Alors, c’est ça le néant ?
Kurt : C’est son début. », Auguste Strindberg – La Danse de la mort.

On oublie parfois que nos auteurs préférés ont un jour été étudiants, que leur œuvre a du connaître un commencement et des évolutions pour aboutir jusqu’à nous. La parution de textes inédits de Samuel Beckett – même si ces derniers restent anecdotiques – ne peut qu’être un événement tant cet auteur demeure fascinant.

Ce recueil réunit des poèmes écrits entre 1930 et 1976. En 1928, Beckett, jeune irlandais de 22 ans, vient d’arriver à Paris en qualité de lecteur anglais à l’Ecole Normale Supérieure ; il y rencontrera d’ailleurs James Joyce qui sera pour beaucoup dans sa carrière d’écrivain.

Peu connu en Angleterre, il faudra attendre 1950 pour que soit révélé son talent en France, par le biais de Jérôme Lindon, qui découvre alors Malone meurt et décide de publier Beckett aux Editions de Minuit ; s’en suivra une riche aventure éditoriale qui verra son couronnement par le Prix Nobel de littérature en 1969.

On connaît Samuel Beckett pour son théâtre et ses récits, moins pour sa poésie, forme qui pourtant se prête parfaitement à l’exercice de son écriture, épurée et désincarnée, cette économie de mots qui toujours va à l’essentiel et psalmodie l’absurdité de l’être.

« disant encore il y a une dernière fois
de toutes les dernières fois
dernière fois que l’on supplie
dernière fois que l’on aime. »

De tous les auteurs contemporains, il est peut-être celui qui a su le mieux saisir la détresse humaine et exprimer son angoisse face au cruel dénuement de l’existence.

« Cette limitation me conduit à moi-même, là où je ne me retire plus derrière un point de vue objectif que je ne fais que représenter, là où ni moi-même, ni l’existence d’autrui, ne peut plus devenir objet pour moi. », Karl Jaspers

(On notera également, il a de ça quelques mois, la parution des écrits de Beckett sur le philosophe Arnold Geulincx, lecture qui a profondément influencé l’univers beckettien et qui fournit d’importantes clés pour la compréhension de son oeuvre.
Notes de Beckett sur Geulincx, Les Solitaires Intempestifs, 272 pages, 23 euros).

Par Boris Manchot

Samuel Beckett, Peste soit de l’horoscope, Les Editions de Minuit 2012, 48 pages, 7,50 euros.

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Jean de la Lune atterrit à l’UGC Strasbourg

Zut ! et l’UGC Ciné Cité vous proposent de gagner 5×2 places pour l’avant-première du film Jean de la Lune réalisé par Stephan Schesch et tiré du livre jeunesse de Tomi Ungerer ! Repartez de la séance avec notre beau hors-série consacré à l’illustrateur en vente dans le hall du cinéma ! C’est ce dimanche à 10h45 à l’UGC Ciné Cité.

Voir la bande-annonce de Jean de la Lune réalisé par Stephan Schesch :

En plus de voir ce beau film, un stand Zut ! sera installé dans le hall du cinéma. Notre ravissante Justine proposera à la vente le hors-série Zut ! consacré à Tomi Ungerer : Impressions, regards, fragments.

Réalisé pour et avec Tomi Ungerer, cet ouvrage explore le monde surprenant de l’artiste au travers d’entretiens, de rencontres avec des personnalités qui lui sont familières, de portfolios, de collages inédits et d’interventions. Loin d’être une énième monographie, ce hors-série est un ouvrage unique à partager. L’artiste s’y livre de manière intimiste et sans artifices, et revient à ses inspirations premières. Sa progression, ses voyages, ses démons et ses rêves… Découvrez, ou redécouvrez, le parcours et la personnalité de cet artiste et homme aux mille facettes.
Dans cette édition trilingue inédite de 292 pages en grand format, vous trouverez une compilation de ses meilleurs dessins sous forme de thématiques originales accompagnées de textes racontant l’artiste, de fragments autobiographiques, d’impressions au travers des villes qu’il a traversées et de regards d’autres artistes.

Pour remporter vos places, répondez à cette question :
Par quel moyen Jean de la Lune arrive-t-il sur la Terre ?
Pour gagner vos places, donnez-nous vite vos réponses via contact@chicmedias.com . Les cinq bonnes réponses les plus rapides, remporteront les billets.

UGC Ciné Cité, 25, route du Rhin à Strasbourg.

Sur le même sujet :

[Vidéo] Notre rencontre avec Tomi Ungerer pour la réalisation du hors-série
Une journée avec Tomi Ungerer au cinéma Star Saint-Exupéry 

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Odeurs et souvenirs, oui mais

« L’extrême sentiment d’une présence soudaine, la surprise simplement qu’un objet, une émotion, un événement soit, n’a rien qui puisse nous étonner, si l’esprit qui les distingue doit à cet effet s’arracher d’abord à un tout où il se trouve pris et confondu, au point de n’être pas moins son contraire que lui-même. », Jean Paulhan

Attention, le dernier livre de Philippe Claudel est plus qu’un livre : un pur produit marketing. On passera sur la jaquette reprenant un détail d’une peinture de Gustave Klimt, beaucoup plus utilisée pour faire vibrer les ménagères que Balthus… D’ailleurs, si la couverture ne vous a pas déjà convaincu que vous tenez en main le parfait cadeau, la quatrième de couverture aura vite fait de vous séduire avec son scrabble de mots qui sent bon le bonheur et au champs lexical digne d’une brochure pour Disneyland : « voyage », « magie », « illusion ». Philippe nous propose rien de moins que réactiver notre mémoire olfactive.

Dans la continuité des livres d’un autre Philippe (Delerm), qui dans une logique héritée d’Amélie Poulain nous avait dévoilé le secret de ces petits suppléments d’âme qui se cachent dans d’insignifiants actes du quotidien, Claudel fait, lui, appelle à notre nez pour convoquer dans quelques 63 tableaux, nos souvenirs muqueux. Le procédé profite de la mode du « bon vieux temps », des yaourts comme chez mamie et des bars à guinguettes comme chez papy… Ou comment transformer une charge émotionnelle en argent.

Le principe consiste donc à choisir un lieu, une action ou un objet, et en faire une description nostalgique en évoquant le maximum d’images connues de tous au moyen d’odeurs et de parfums. « Cave », « Gauloises et Gitanes », « Piscine », « Pluie d’orage », autant d’intitulés qui, à peine lus, enclenchent déjà la belle machinerie de nos souvenirs de pommes trop mûres, de moustaches jaunies, de carrelage glissant et d’abris sous les portes cochères. Le procédé fonctionne si bien qu’on peut même s’épargner la lecture des textes et se contenter des titres.

Un peu de beauté et de douceur au milieu de cette rentrée littéraire est en soi plutôt une jolie chose, si cela n’était pas aussi calibré en forme de succès commercial. Les ficelles tirées ici sont grossières, connues et usées, et il est dommage qu’un écrivain doué cède à une pratique si facile, usant de ce matériel fondamental entre l’intime (nos souvenirs particuliers) et le collectif (ces évocations parlent à tout le monde).

Alors oui, mon grand-père fumait des cigarettes qui sentaient fort, et j’aime à en garder l’impression pour moi seul. Il est peut-être bon, voire nécessaire de conserver une part de soi en secret, replié dans la pudeur et le respect, car ce sont aussi ces souvenirs et la manière que nous avons de les concevoir, qui façonnent nos singularités. Mais je ne serai pas étonné qu’une page Facebook relaie du livre soit ouverte, proposant à chacun d’y noter ses souvenirs, ou quant au nom du partage, le soi se dissout dans le commun. « Je me souviens de l’instant où j’ai vraiment su. Les saules perdaient leur chaleur, le visage dans le bassin était beau, mais il n’était pas le mien », Sylvia Plath.

Par Boris Manchot

Philippe Claudel, Parfums, Stock, 224 pages, 18,50 euros

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