Londres vu par #2 : j’ai vu Blur

Après la rubrique Strasbourg vu par, et ses petites sœurs Nancy et Metz vu par, Zut ! vous propose de découvrir Londres vu par une Strasbourgeoise. Membre de la team Zut ! Cécile Becker est partie s’expatrier à Londres durant l’été et nous fait part de moments de vie rythmés par les Jeux Olympiques, la pluie et la musique. Episode #2 : elle a vu Blur, à Wolverhampton, au fin fond de l’Angleterre.

British Image No. 2 en réponse aux critiques formulées à l'image British Image No. 1 où les membres du groupe singeaient Mods et Hooligans.

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Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique, Voyage | Laisser un commentaire  

Lèche-vitrine culturel

Je vous entends d’ici :  » Ca y est les soldes sont finies, plus rien à se mettre sous la dent ! « . La shoppeuse accro et à cran que vous êtes, dégoteuse d’ultimes bonnes affaires commence déjà à faire grise mine avant même d’avoir pris le soleil…

Et si pour une fois on faisait du lèche-vitrine intelligent, celui qui se replace aisément dans toutes les conversations bobos, et peut même provoquer un sujet trendy-polémique – ça change des prévisions météo et des J.O. Le remède déculpabilisant contre votre énième virée shopping !

Les Galeries Lafayette Strasbourg, temple de la mode et de la tentation invitent encore pour quelques jours la création dans ses vitrines. Avec Strasbourg & Création, pas besoin de franchir le seuil du grand magasin pour se cultiver. Non. Jusqu’au 4 août, le Musée d’art Moderne et Contemporain, le FRAC Alsace et le CEAAC investissent les lieux, alpaguent le passant initié ou titillent simplement la curiosité du badaud néophyte !

 

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Le by Caroline Lévy dans la catégorie CULTURE, Exposition, Shopping, TENDANCES | 1 commentaire

Chris Marker, au bout de la Jetée

Chris Marker n’est naturellement pas l’homme d’un film – il a signé bon nombre de documentaires dont Le fond de l’air est rouge, sans compter ses collaborations auprès des plus grands, et multiplié les approches formelles les plus aventureuses –, mais il reste pour nous l’homme du ciné-roman La Jetée (1962), “L’histoire d’un homme marqué par un souvenir d’enfance”.

Ce film de science-fiction est un cas unique dans l’histoire du cinéma puisqu’il est construit sur la base d’un diaporama animé avec voix-off et bande-son. Très rapidement, on n’oublie le dispositif pour se plonger dans le récit apocalyptique de l’après-Troisième Guerre mondiale. Paris a été bombardé, la Terre en surface devient inhospitalière, les survivants se cachent dans les sous-sols de la ville ; certains d’entre eux servent de cobayes à des expériences qui visent à les plonger dans le passé afin de chercher la clé du temps. La plupart de ces cobayes deviennent fous. Un homme, un seul, résiste aux effets du transport temporel : dans le passé, il retrouve une femme (sublime Hélène Châtelain !). Cette femme apparaît dans un souvenir qui le tenaille sur la jetée, à Orly…

“Une fois sur la grande jetée d’Orly, dans ce chaud dimanche d’avant-guerre où il allait pouvoir demeurer,
il pensa avec un peu de vertige que l’enfant qu’il avait été devait se trouver là aussi, à regarder les avions.
Mais il chercha d’abord le visage d’une femme, au bout de la jetée. […]”

L’histoire ne dit pas si Chris Marker a lui-même assisté, en se dédoublant, à sa propre mort comme le personnage principal de ce chef d’œuvre absolu inspiré par Vertigo d’Alfred Hitchcock, mais cet être exceptionnel s’est éteint le jour même de ses 91 ans. On lui souhaite de se “réveiller dans un autre temps”, lui qui a gardé la candeur, l’enthousiasme mais aussi la profonde lucidité de l’enfant.

La Jetée et Sans Soleil – Coffret de deux DVD
DVD 1 : La Jetée de Chris Marker (1963), prix Jean Vigo 1963
DVD 2 : Sans soleil, un film de Chris Marker (1982)

Le Fond de l’air est rouge – Coffret de deux DVD
DVD 1 : Le Fond de l’air est rouge – 1967-1977 : années capitales de l’histoire mondiale
DVD 2 : Les sixties

Le Tombeau d’Alexandre et Le Bonheur – Coffret de deux DVD
DVD 1 : Le Tombeau d’Alexandre, un film de Chris Marker (1993)
DVD 2 : Le Bonheur, un film muet d’Alexandre Medvedkine (1934)

Chats Perchés, suivi d’un bestiaire de l’auteur et d’un conte de François Maspero

Plus d’informations sur www.arte.tv

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie Cinéma, CULTURE | Laisser un commentaire  

Z-U-Tape août 2012

Nouveautés compulsives ou nuggets intemporelles, ou comment aborder la torpeur du mois d’août (avec un peu d’avance sur le calendrier).

The Flaming Lips w/ Tame Impala, Children of the Moon

Wayne Coyne poursuit avec sa petite troupe son petit bonhomme de chemin, loin des frasques du show business et surtout en totale liberté ! En témoigne un nouvel album qui sollicite bon nombre de featurings, dont certains franchement étonnants. Ici, nulle surprise : Flaming Lips + Tame Impala = le même combat autour des mêmes préoccupations psychédéliques pour un même résultat brillantissime. Children of the Moon, titre phare d’un été lunaire…

Tame Impala, Elephant

Comme une bonne nouvelle arrive rarement seule, la contribution de Tame Impala à l’album des Lips précède la sortie d’un nouvel album le 8 octobre, Lonerism, avec sa pochette parisienne (une photo prise au Jardin des Plantes, semble-t-il). On le sait, quelques uns de nos rédacteurs les verront en concert à Londres, les veinards ! (on guette le compte-rendu…) Pour les autres, il ne reste qu’à attendre à l’écoute des singles qui précèdent la sortie de ce qui s’annonce comme un nouveau chef d’œuvre ! Au passage, Elephant, hommage indirect à l’Effervescing Elephant de Syd Barrett ?

Here We Go Magic, Make up your mind

Figure attachante de la pop américaine, Luke Temple atteint un nouveau palier avec cet album produit par Nigel Godrich : au final, on obtient un objet hors temps, loin des nouvelles conventions de la pop made in Brooklyn. À mi-chemin entre les Talking Heads (dans une version moins ostensiblement rythmée) et les merveilleux Feelies, Here We Go Magic s’annonce comme une formation culte. Il paraît que Thom Yorke est fan, ça tombe bien, nous aussi !

Citizens!, Caroline

Après Caroline No des Beach Boys ou Caroline Says de Lou Reed, voici à nouveau le prénom de Caroline à l’honneur dans une chanson. Les Citizens! ont leur Caroline, nous, nous avons également la nôtre. Un petit clin d’œil à notre Caroline chérie avec cette très belle ritournelle pop !

Hot Chip, Motion Sickness

Décidément, ça fait longtemps qu’on a cessé de résister à quoi que ce soit qui puisse provenir d’Hot Chip. Et pourquoi le ferait-on d’ailleurs ? Qui, depuis New Order, a su aussi bien mêler les aspirations post-punk et la culture électronique britannique ? Personne sans doute. On l’attend depuis longtemps, mais le succès planétaire devrait enfin couronner un tel brio…

Dirty Projectors, Gun Has No Trigger

De toute la clique des praticiens d’une pop conceptuelle – dont on se méfie d’ailleurs de l’esbrouffe, on pense notamment aux Animal Collective et consorts –, Dirty Projectors semble le seul en capacité à sortir son épingle du jeu. Dave Longstreth et ses acolytes savent autant parler au corps qu’à l’esprit et placer un groove très appréciable dans l’un des morceaux phares de leur dernier album.

Charles Bradley, The Golden Rule

Attention, voilà un sommet. Le morceau n’est pas récent, mais il continue de faire son effet auprès de qui le découvre (n’est-ce pas Jérôme ?) : une véritable bombe soul-funk, qui porte la marque de l’écurie Daptone. Quand on lui a dit lors de son dernier passage à Strasbourg que le son de cette chanson nous rappelait les Temptations de Ball of Confusion (That’s What The World Is Today) avec des paroles également inspirées par Marvin Gaye, l’intéressé s’est fendu d’un “Yeah!” qui en disait long sur sa satisfaction.

The Temptations, Ball of Confusion (That’s What The World Is Today)

La tentation (sic!) était trop forte : on vient de mentionner ce morceau, et si vous ne connaissez pas cette pépite soul-funk psychédélique, c’est bien l’occasion de découvrir ce sommet de la musique noire américaine. Les paroles restent d’une actualité et d’une violence déconcertantes. Quarante après, la réponse se trouve sans doute dans The Golden Rule de Charles Bradley, et hop on remonte dans la liste d’un cran…

The Flirtations, Nothing But A Heartache

Autre pépite généralement révélée sur des compilations féminines, ce classique R&B garde tout de son groove d’origine : un must pour le dancefloor, et si après vous avez le sentiment que l’intro vous rappelle quelque chose de Gainsbourg, la coïncidence ne présente rien de fortuit. L’ami Serge avait sans doute ses grandes oreilles pointées du côté des États-Unis à ses moments d’infortune sentimentale.

The Rolling Stones, Wild Horses

Depuis quelques jours, on célèbre les 50 ans des débuts scéniques des Rolling Stones (dans leur version primitive toutefois) – nous y reviendrons. Parmi la foultitude de balades composées par les Glimmer Twins (jumeaux étincelants, Mick & Keith), on jettera une nouvelle oreille à Wild Horses, chef-d’œuvre folk-rock qu’on se repassera en boucle à l’occasion d’un été finissant, qui annonce le sublime été indien de la rentrée.

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique | 3 commentaires

Gerhard Richter : la nécessité de l’acte créateur

En complément du dossier que nous avons consacré aux expositions estivales du Grand Est dans les éditions Zut ! Strasbourg et Lorraine, nous sommes allés voir la rétrospective Gerhard Richter au Centre Pompidou, à Paris.

Le fait qu’il soit né à Dresde et qu’il y ait vécu jusqu’à la destruction de la ville par les troupes alliées en février 1945 explique-t-il la démarche de Gerhard Richter qui vise à créer du néant à partir de l’image figurée et de faire naître de ce néant la sensation ?

Le raccourci existe, mais il n’explique pas tout. Il y a quelque chose de troublant à parcourir les salles de l’exposition rétrospective à Beaubourg. La diversité des approches plastiques constitue une vaste démonstration des étonnantes possibilités de ce plasticien surdoué. Lequel, parti du pop pour atteindre l’hyperréalisme, a disserté allégrement sur les liens ténus entre figuration et abstraction, et entre apparence et représentation, jouant sur des effets de netteté et de flou avec une aisance déconcertante.

Cependant, cette rétrospective semble vaine – comme toute rétrospective du célèbre peintre, d’ailleurs – dans la mesure où elle cherche à circonscrire sur la durée ce qui est de l’ordre de la démarche très ponctuelle. La scénographie cherche à confronter des œuvres de périodes différentes et à asseoir des thématiques ; malheureusement, elle annule certains effets.

Il aurait été préférable d’isoler certains instants qui valent pour eux-mêmes plutôt que de les mêler à d’autres. À cet égard, l’une des séries les plus troublantes consacrées aux figures de la R.A.F. se révèle dans toute son intensité, sublime de noirceur et chargée de mémoire, parce que mise à l’écart, soustraite à la couleur environnante et soumise à une forme de recueillement ému.

Contre toute attente, tout comme ses œuvres, Gerhard Richter échappe au regard. Il est incontestablement le plus grand peintre de son époque, mais un peintre qui ne cherche pas à faire œuvre et c’est peut être dans un second temps que cet aspect de sa personnalité se révèle dans toute son intimité. Le Crâne (Schädel, 1983) qui a fait sa célébrité dit la Vanité au sens classique du terme, elle dit surtout la vanité de l’acte créateur et dans un élan mélancolique la nécessité même de cet acte créateur.

En rupture avec la vision duchampienne de l’art qui a prévalu durant près d’un siècle – à savoir que tout homme peut devenir artiste – et dont Richter est aussi l’héritier via le pop art de ses débuts, l’artiste pour Richter est celui qui prend conscience de cette vanité-là. À l’heure de la perte des repères plastiques et d’une surenchère formelle qui tend à l’événementiel veule – c’est aujourd’hui à qui en fout plein la vue ! –, cette prise de conscience n’est pas le moindre des héritages. En cela, Richter est grand, très grand, il est même absolument essentiel.

Jusqu’au 24 septembre au Centre Pompidou, à Paris
www.centrepompidou.fr


Œuvres :

Betty [Betty]1988
Huile sur toile
102 x 72 cm
Saint Louis Art Museum

Strip
2011
Impression numérique sur papier
contrecollée sur aluminium et sous Plexiglas (diasec)
200 x 440 cm
Collection particulière

Gerhard Richter, le film : La réalisatrice Corinna Belz a passé six mois dans l’atelier de Gerhard Richter pour produire un film d’un peu plus d’une heure trente. Si l’on peut regretter l’absence d’angle véritable et cette manière très agaçante de chercher à faire parler le peintre des instants douloureux de sa vie – le fait qu’il n’ait jamais revu ses parents bloqués en Allemagne de l’Est par exemple –, on y découvre de très belles scène en revanche sur la geste picturale de cet artiste hors norme : on le voit poser le motif, puis déconstruire ce motif à coups de passages à la raclette. On le voit douter d’un résultat dont il avait pourtant anticipé les effets, gêné par la présence intrusive du cameraman – à ce titre, un autre dispositif plus souple lui aurait permis de s’exprimer sans se sentir observé dans sa démarche –, mais on le voit poursuivre inlassablement son “travail” d’artiste dans la perspective d’une exposition à New York. Le film révèle des aspects de sa personnalité, une grande générosité compensée par une grande retenue, et surtout la persévérance qui fait de lui l’artiste qu’il est.

Dans les bonus, on privilégiera l’extrême élégance et l’humour du commissaire d’exposition et critique d’art Hans Ulrich Obrist, et on occultera le discours pédant, agaçant à plus d’un titre, du supposé critique Benjamin H.D. Buchloh.

Gerhard Richter Painting de Corinna Belz, DVD Pretty Pictures

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Exposition | Laisser un commentaire