Gerhard Richter, la peinture en elle-même

Gerhard Richter, Blumen, 1992. Huile sur toile, Collection privée

Gerhard Richter, Blumen, 1992. Huile sur toile, Collection privée

L’artiste allemand Gerhard Richter s’obstine à peindre. Et c’est en explorant les possibilités infinies de son médium qu’il impose un discours centré sur l’œuvre, et rien que sur l’œuvre. Nouvelle rétrospective à la Fondation Beyeler.

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Le Prince Roy

La première exposition consacrée à Roy Lichtenstein à Beaubourg, en partenariat avec la Tate de Londres et l’Art Institute de Chicago retrace la carrière de l’artiste pop américain qui a toujours refusé de prendre son art au sérieux.

685.1971

Drowning Girl [Jeune femme se noyant],1963, Huile et Magna sur toile, 171,6 x 169,5 cm
The Museum of Modern Art, New York, Philip Johnson Fund (by exchange) and gift of Mr. and Mrs. Bagley Wright, 1971
© Estate of Roy Lichtenstein New York / ADAGP, Paris, 2013

La scénographie de l’exposition Lichtenstein à Beaubourg restitue toute la complexité d’une œuvre cachée derrière une apparente simplicité et légéreté. L’œuvre de Lichtenstein ne se réduit pas à l’esthétique du Comics de sa plus célèbre toile Whaam ! Si les couleurs vives, les contours appuyés et les points de trame sont devenus sa marque de fabrique, Roy Lichtenstein ne s’est pas pour autant cantonné à reproduire des cases de Comics comme celles de la revue Girl’s Romances – geste que ses contemporains lui ont souvent reproché. Son champs d’action va au-delà de la représentation en 2D d’une société agressée par les images commerciales et les icônes qu’elle impose. Ainsi, il abandonne rapidement ses premiers personnages – Mickey, Donald, Popeye – pour des figures anonymes qui véhiculent son sens de la forme et de la composition. Ces recherches vont le pousser à expérimenter différents matériaux : l’acrylique, l’émail, le Plexiglas ou encore le Mylar et ses effets cinétiques. Il se pose, là, comme un des premiers artistes post-modernes à proposer une lecture des avant-gardistes – Matisse, Picasso, Léger – tout en revenant à des sujets classiques tels que la nature morte ou le nu. Ses peintures et ses sculptures relèvent toutes de la même efficacité : un trait stylisé, net, efficace et trois couleurs récurrentes participent  à un fort coefficient visuel qui donne à ses œuvres une empreinte identifiable au premier coup d’œil.

Par VSG

Roy Lichtenstein jusqu’au 4 novembre 2013 au Centre Pompidou, à Paris.

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Max Ernst, l’Œdipe fait roi !

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En féru de psychanalyse, Max Ernst n’a jamais cherché à tuer le père. Pourtant aujourd’hui, on le sait, avec toute sa candeur, il a été roi ! À Beyeler, rétrospective de l’un des plus grands artistes du XXe.

Parmi les surréalistes, Max Ernst a toujours tenu une place à part. Sans doute était-il l’artiste le plus doué de cette génération, en tout cas l’un des plus prolifiques. Peintures, collages, sculptures, rien n’échappait à son envie sans cesse renouvelée de pousser plus loin les limites de sa propre création. De ses débuts dadaïstes à Cologne à ses développements new-yorkais, en passant par sa période parisienne, il a toujours fait figure de pionnier, multipliant ses sources d’inspiration que celles-ci soient plastiques ou même textuelles. Ses tentatives innovantes, frottage, grattage, décalcomanie et oscillation, manifestaient une soif de découverte que ne peut lui envier que le grand Picasso lui-même. Bien sûr, l’histoire très officielle le place dans l’ombre de figures comme Salvador Dalí ou de Marcel Duchamp, et le grand public doit encore se familiariser avec un corpus infini, mais Max Ernst rivalise d’ingéniosité et de vivacité avec ces deux piliers de l’art du XXe. Peut-être même ajoute-t-il cette touche de générosité et d’espièglerie – en éternel gamin – qui le rend aujourd’hui encore si attachant, si souriant.

À la Fondation Beyeler, la grande rétrospective qui lui est consacrée, avec plus de 170 peintures, collages, dessins, sculptures et livres illustrés, permet d’épouser l’immensité de son œuvre. On y découvre un artiste qui tente de situer l’image au-delà de l’image, dépassant les problématiques de perspective et de plan – ce choix qui s’opère entre les 2 ou les 3 dimensions de la représentation – et nous conduit dans un espace mental parfois sidérant – en lien avec son amour de la psychanalyse, mais aussi de la philosophie, de l’ethnologie et de l’astronomie –, un espace dans lequel l’esprit peut se plonger, voire s’y attarder. On reste parfois fasciné par sa capacité à nous entraîner dans un ailleurs plastique, mêlant sur une même toile tant de techniques, toujours avec virtuosité. Max Ernst, dans le domaine du jazz, serait un band à lui tout seul, pratiquant les soli de saxo, de piano ou de batterie avec le même génie et la même énergie. Et pourtant, rien de démonstratif dans sa manière de faire : juste l’impulsion de l’instant qui le conduit à confronter et éprouver sa propre pratique avec la même opiniâtreté, loin de toute convention esthétique, au profit de la créativité pure. Cette exposition permet de mesurer l’immense héritage de Max Ernst, et la saisissante actualité de son œuvre.

Jusqu’au 8 septembre à la Fondation Beyeler, à Riehen (Bâle)
www.fondationbeyeler.ch

Retrouvez notre dossier exposition La forme & au-delà dans toutes nos éditions papier de Zut !, Zut Strasbourg, Zut Lorraine et Zut Haut-Rhin.

Photo : Dorothea Tanning et Max Ernst
avec la sculpture en ciment “Capricorne”,
Sedona, Arizona, 1948
© 2013, ProLitteris, Zurich
Documentation Max Ernst, Deutsches Forum für Kunstgeschichte, Paris / John Kasnetzis

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Emil Nolde, la couleur magnifiée

Emil Nolde, le tourbillon des motifs et des couleurs

Emil Nolde, le tourbillon des motifs et des couleurs

Au sein de expressionnistes allemands, Emil Nolde tient peut-être une place à part, notamment parce qu’il est le plus âgé de sa génération. Né en 1867, il avait entre 13 et 15 ans de plus que les autres membres de Die Brücke, le groupe pionnier fondé en 1905 à Dresde par Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Fritz Bleyl et Karl Schmidt-Rottluff. Sa singularité vient également du fait qu’il s’est d’abord consacré à la sculpture et n’a commencé à peindre que tardivement, après avoir découvert les œuvres de Vincent van Gogh et Paul Gauguin à l’occasion d’expositions à Berlin et à Weimar. Il se distingue enfin à la fois par les thématiques qu’il développe, très éloignées des considérations urbaines de ses compagnons, le paysage et la nature, et par une approche de la couleur qui le conduit à systématiser l’emploi de tons purs, très marqués, lesquels se détachent de la toile avec une matérialité parfois saisissante.

Le titre de l’exposition que lui consacre le musée Frieder Burda, à Baden Baden, est à ce titre révélateur : La splendeur des couleurs. On y découvre le cheminement particulier d’un peintre, ami de Paul Klee et Edvard Munch, qui s’approprie son matériau pur, avant de laisser exploser toute sa créativité : du magnifique Meersstimmung à la quiétude infinie on passe en peu de temps aux expériences formelles très chargées des débuts de Die Brücke, avec des tentatives colorées à la limite de l’abstraction.

L’exposition s’attache aux Images non peintes de la période marquée par l’interdiction de peindre de 1938 à la fin de la Seconde Guerre mondiale de celui qui avait adhéré un temps au parti national-socialiste danois. Si les tableaux nous étaient familiers pour certains, on découvre au dernier niveau de l’exposition (à parcours de haut en bas), un certain nombre d’aquarelles bouleversantes d’émotion qui situent Emil Nolde comme l’un des plus grands aquarellistes du XXe : les fleurs, les paysages et même les portraits manifestent chez lui un juste équilibre en explosivité colorée et maîtrise de la composition. Il faut s’attacher aux sublimes Hohe See, Hochgebirge ou Meer mit Gewittehimmel qui rappellent par certains aspects la mystique de la couleur initiée par les membres de l’autre grand groupe expressionniste, le Blaue Reiter et des artistes comme Vassili Kandinsky et surtout Franz Marc. Dans sa version apaisée, presque domestiquée, la spiritualité n’est plus ni intellectualisée ni théorisée, elle est là, présente, de manière sensible et mesurée.

Jusqu’au 13 octobre, au Musée Frieder Burda à Baden Baden
www.museum-frieder-burda.de
Catalogue disponible sur place en allemand et en anglais.

Retrouvez notre dossier exposition La forme & au-delà dans toutes nos éditions papier de Zut !, Zut Strasbourg, Zut Lorraine et Zut Haut-Rhin.

Emil Nolde, Tropensonne, 1914, Ölfarben auf Leinwand 71 x 104,5 cm

Emil Nolde, Tropensonne, 1914, Ölfarben auf Leinwand, 71 x 104,5 cm

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