Zep, l’intuition rock

ZEP

Zep par Pascal Bastien

Zep nous a livré les clés de son nouvel opus, Une histoire d’hommes. Le dessinateur nous parle de rock, mais aussi de regrets avec un naturel désarmant.

Dans votre nouvelle bande dessinée Une histoire d’hommes, parue aux éditions Rue de Sèvres, on a le sentiment d’un ouvrage qui relate des amitiés perdues, de la nostalgie qui s’installe… Est-ce que vous exprimez vos propres regrets ?
Le thème des regrets est récurrent dans le livre : qu’est-ce que c’est de grandir, ou de ne pas pouvoir grandir à cause d’un rêve brisé ? Il est clair que des groupes qui se forment et qui se brisent, moi j’en ai fait beaucoup, mais c’est beaucoup plus dur quand au sein du groupe il y en a un qui poursuit le rêve, parce qu’il renvoie forcément aux autres leur échec et leur abandon. J’avoue que je ne l’ai jamais vécu, parce que je n’ai jamais joué dans un groupe avec quelqu’un comme le personnage de Sandro, mais je réfléchissais à ce thème-là, et pour moi c’était le thème de fond. Le rock, l’ambition autour de la musique c’est vraiment le prétexte, mais le vrai thème c’est effectivement comment grandir, comment dépasser ses regrets, comment devenir un homme. Le personnage vivant c’est mon personnage de départ dans l’histoire qui est resté bloqué dans une  de cynisme, il n’avance plus, sa vie s’est arrêtée à la rupture de son groupe, et lui il est étouffé par ses regrets justement.

ZUT19_WEB_Zep_Histoire_d'hommes_rock_2Dans la BD, le chanteur qui porte le groupe au départ se retrouve sur le carreau. N’y a-t-il pas aussi une critique latente qui dit qu’il ne suffit pas forcément d’être créatif pour réussir ?
Non, pour moi personne n’a réussi quoi que ce soit, il y en a un qui a poursuivi le rêve mais on sent dès le départ qu’il est beaucoup plus porteur, c’est lui que les gens applaudissent, les autres sont un peu plus interchangeables. Mais sa vie a aussi des fêlures, il porte ses secrets qu’il n’arrive pas à dépasser, sa vie familiale est brisée, il y a un secret donc c’est en train de briser son couple aussi… Il y a énormément de choses qui sont pesantes dans sa vie. Son rêve de star qu’il avait quand il avait 20 ans n’est plus du tout le même à 45 ans et il n’a pas les armes pour y faire face. Il a besoin de retrouver son copain Yvan pour faire face à cette situation. Pour moi il n’y a pas un gagnant et un loser, mais à un moment ils échangent effectivement leurs vies, et c’est là qu’on se rend compte que cela tient à peu de choses. Le succès c’est un plus mais la vie vraiment incarnée du personnage ne se joue pas là.

Les personnages semblent regretter le passé et ne pas apprécier l’instant présent. L’insatisfaction n’est-elle pas en fait l’essence même du rock ?
Au départ, ce rêve rock, il est là, et il pousse les gens à se dépasser, à aller dans quelque chose de rapide et d’une certaine sauvagerie même. Mais en fait, le rock c’est infantile, c’est le fait de dire qu’on n’est pas contents, « I can’t get no satisfaction », so what ? Mais vous voulez quoi ? Et là on se rend compte qu’il n’y a plus personne. Les rockeurs il y en a peu qui vieillissent. Le Bob Dylan de 65 il n’existe plus, on peut le déplorer mais c’est comme-ça. Mais il y a aussi des gens qui jouent le cirque du vieux, les Stones continuent à jouer les morceaux qui ont fait leur succès il y a 50 ans, et c’est aussi génial, mais à l’époque où il le faisaient c’était la révolution. Aujourd’hui c’est le cirque.

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Vous sortez de l’univers de Titeuf pour construire une forme de récit, est-ce que c’est une voie que vous souhaitez poursuivre concrètement ?
J’ai déjà écrit des scénarios, pas avec ces personnages-là mais dans cette veine-là. J’ai envie de poursuivre, mais après il faut que le livre soit prêt. J’ai plein d’ébauches de livres dans mes carnets. Je dois les relire, et de temps en temps, je sens que quelque chose qui a été noté il y a deux ans arrive à maturation.

Quelles serait la figure rock que vous dessineriez spontanément dans vos prochains ouvrages ?
Je ne ferais pas une biopic d’une star que j’aime parce que ça me paralyserait, parce que j’ai un côté fan. Je suis plus attiré par des gens qu’on a perdus, ceux qui ont disparus. Dans le rock, il y a des histoire mystérieuses absolument géniales. Vous savez qu’il y a des gens qui continuent à chercher Elvis depuis 40 ans ? Moi je trouve ça absolument fascinant. Il est vrai que les personnages rock ont eu une influence qui les a dépassés de loin : quand vous écoutez une interview de ces rock-stars de l’époque, elle étaient très jeunes, elles n’avaient pas forcément grand-chose à dire et le peu qu’elles ont dit est devenu une pierre philosophale pour une grande partie des jeunes de leur époque.

Sans révéler l’issue de votre BD, l’une des cases révèle la dimension visionnaire de l’artiste. Il ne cherche pas à savoir, mais il sait malgré lui.
Sans être un artiste, je pense que le corps a l’empreinte de plein de choses que notre cerveau ne sait pas. On développe des maladies parce que notre corps nous dit un truc qu’on n’arrive pas à comprendre. C’est quelque chose qui est un peu surnaturel mais je pense que par moment on peut avoir une intuition, l’empreinte de quelque chose que le corps va nous dire de manière insistante, mais nous on n’a pas du tout les clés pour le comprendre.

Propos recueillis par Emmanuel Abela et Valentine Schroeter le 18 septembre à l’Aubette,
dans le cadre des Bibliothèques Idéales
Photo : Pascal Bastien

Une histoire d’hommes, Rue de Sèvres

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Amorostasia : la chronique des sentiments

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L’impalpable qui sommeille en chacun serait-il nécessaire au bon fonctionnement du monde ?
Vaste question. Dans la bande dessinée Amorostasia, le strasbourgeois Cyril Bonin dessine un univers où s’aimer est interdit et interroge le rôle des sentiments dans notre société. Rencontre.

Dans votre tout dernier ouvrage, Amorostasia paru aux éditions Futuropolis, les amoureux sont statufiés…
Je regrettais qu’on ne puisse pas retenir les moments heureux de la vie, et à partir de cette idée-là j’ai imaginé une épidémie qui se répandrait et qui toucherait uniquement les personnes heureuses. Or le bonheur, c’est assez vaste ! Donc en y réfléchissant un peu plus, j’ai décidé de concentrer l’histoire autour d’une des formes du bonheur qui est le sentiment amoureux.


Vous racontez l’histoire du point de vue d’un personnage principal féminin.
J’ai toujours bien aimé avoir des personnages féminins assez forts dans les différents albums que j’ai pu réaliser. Du coup on découvre l’histoire à travers ses yeux, on s’identifie à elle et on est plus directement touché que si c’était un homme qui regardait de l’extérieur. Il y a deux parties : une partie où on voit les différents évènements de l’extérieur, par les yeux de la journaliste qui couvre les évènements et petit à petit on rentre plus dans l’intimité du personnage quand elle est personnellement concernée par l’épidémie. Elle se rend compte que non seulement elle peut douter des sentiments de son compagnon mais également de ses propres sentiments. C’est l’un des aspects que j’avais envie d’aborder : dans une relation amoureuse, il y a toujours le doute, on n’est jamais sûrs que les sentiments sont partagés. Avec cette épidémie, le doute n’est plus possible.

ZUT_WEB_AmorostasiaVous traitez donc de l’amour intergénérationnel, de la discrimination et du rôle des femmes dans la société : c’est assez complet comme BD !
Oui, finalement il est vrai que c’est assez complet. À la fois, ça ne s’est pas posé pour moi de manière aussi claire tout de suite, c’est-à-dire qu’au fur et à mesure que j’ai écrit, les différents thèmes sont apparus. Mais je ne me suis pas dit dès le départ que j’allais explorer de fond en comble le sentiment amoureux, parler de la place des femmes dans la société, ça s’est dessiné au fur et à mesure. D’ailleurs j’ai écrit une dizaine de versions avec des angles très différents.

Et pourquoi avoir choisi cette version, où finalement tout le monde peut s’identifier aux personnages ?
À force de travailler sur le sujet, je me suis rendu compte des différentes problématiques que ça pouvait soulever, et donc j’ai fait des choix. J’ai élagué certaines choses pour aller à l’essentiel. Il y a eu des scénarios avec plus d’aventure, des courses poursuites… Mais en écrivant, tous ces aspects ont disparu pour se concentrer sur le sentiment amoureux, sur les sentiments en général, et sur un aspect plutôt introspectif. Il est vrai qu’il est plus difficile de parler d’amour quand on court dans tous les sens ! Et à la fois, la difficulté c’était qu’à mon sens, plus on parle d’amour, plus on risque de tuer le sentiment. Avec les sentiments; si on théorise trop, on refroidit le sujet. J’avais un peu peur que ça ressemble à une réflexion sur l’amour, un peu universitaire, et qu’on ait finalement peu d’émotions à la lecture de l’ouvrage. L’écriture de mes albums, c’est une aventure différente à chaque fois. Pour celle-là, il y a eu des changements jusqu’au bout, c’est une histoire qui a évolué.

C’est votre troisième BD chez Futuropolis, une maison d’édition qui fait évoluer la bande dessinée.
C’est un éditeur avec qui je me sens bien. J’aime beaucoup la relation que j’entretiens avec mon directeur artistique, Sébastien Breding. C’est quelqu’un qui relit vraiment à fond les projets, qui fait des remarques autant sur les textes que sur les dessins, donc il y a une forme d’échange avec lui qui va dans le bon sens, qui nourrit l’histoire. Après, la ligne éditoriale de Futuropolis est assez exigeante, assez engagée sans être pour autant élitiste. Je me reconnais dans cette ligne éditoriale. Moi ce que je recherche, c’est une réflexion sur le monde qui nous entoure. Ici sur les sentiments amoureux.

ZUT_WEB_Amorostasia 3Vous avez longtemps travaillé en binôme, et maintenant vous privilégiez le travail en solo. Était-ce une envie ?
J’avais depuis longtemps envie de travailler seul. Quand je travaillais avec des scénaristes, je rongeais mon frein, j’avais toujours envie de mettre mon grain de sel. Dans la série Fog, on échangeait beaucoup avec le scénariste Roger Seiter avant de démarrer une histoire, ce qui me permettait de mettre de côté mes propres envies. Mais petit à petit, ces envies se sont affirmées. Et puis je me suis jeté à l’eau, j’ai commencé à écrire. Le travail en équipe favorise la rencontre humaine, mais j’avoue avoir davantage de plaisir à travailler seul, notamment parce qu’au moment de l’écriture il faut vraiment que je m’immerge dans l’histoire pour pouvoir créer la mise en situation et trouver le ton juste. Je prends aussi plaisir à manier la langue, les mots. Je suis très attaché aux dialogues. Les mots suffisent, et parfois même dépassent l’image, puisqu’ils permettent au lecteur de se faire sa propre vision. Il y a vraiment une réelle puissance des mots. L’art de la bande dessinée, c’est de jouer avec les deux et de faire naître une complémentarité entre les deux.

Est-ce que vous auriez envie d’aller plus loin dans la BD ? Quel serait votre projet ultime, votre fantasme ?
J’ai deux idées : la première serait de faire un album avec une série d’histoires qui se passeraient sur des terrasses de café, on survolerait les tables, on capterait différentes bribes de discussions sur la vie personnelle des clients… L’autre idée, ce serait de raconter une histoire où tout de passe bien. Il n’y aurait pas de méchant, tout le monde serait heureux…

Ça ne risque pas d’être un peu ennuyeux ?
C’est l’écueil justement. Mais je pense qu’il faut trouver le bon angle, il faut qu’il y ait des choses à méditer, il faut susciter l’intérêt, qu’il y ait une sorte de suspens. Mais ce n’est pas si évident que ça. Hitchcock racontait qu’un de ses scénaristes avait souvent de bonnes idées dans la nuit, mais qu’il les oubliait. Une nuit, il a noté sur un carnet les idées qui lui venaient après un rêve. Le lendemain matin, il a lu sur ses notes : « Un homme rencontre une femme ». Ça paraît tout bête comme-ça, mais dans son rêve, ça devait être tellement bien qu’il avait envie de le noter. C’est ce que j’aimerais arriver à faire, une histoire qu’on pourrait résumer par « un homme rencontre une femme » mais qui serait suffisamment intéressante pour qu’on ait envie de la lire.

Pour finir, quel est pour vous le rôle des sentiments dans la société ?
Il y a un rôle évident de lien social. Il y a les sentiments au sens large, après l’amour en lui-même est quelque chose que tout le monde cherche, ça influence notre comportement. Même si le sentiment amoureux n’est que de la chimie, on a quand même besoin d’une sorte de décorum, le prince charmant tout ça. L’amour, c’est ce qui fait que la mayonnaise prend.

Propos recueillis par Valentine Schroeter
Amorostasia de Cyril Bonin éditions Futuropolis

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Matthew E. White, loin dans l’émotion

ZUT_WEB_Matthew E. White_N&BUne rencontre, ça reste un miracle, quoi qu’on en dise ! Surtout quand il s’agit de Matthew E. White, auteur au début de l’année du sublime Big Inner.

Dans le tumulte de la presqu’île du Malsaucy, un homme, dont le calme n’a d’égal que la longueur des cheveux et de la barbe, marche près de l’étang de la Véronne. Matthew E. White nous a habitué à prendre son temps, lui qui a attendu des années avant de publier au début de l’année ce qu’on considère déjà comme l’un des plus grands albums de musique moderne made in US, le glorieux et fragile Big Inner. Une radio vient d’annuler une rencontre prévue. J’y vois l’occasion que je n’espérais plus d’un échange qui avait été programmé 3h plus tôt. Les choses rentrent dans l’ordre : l’entretien m’est finalement accordé. Avec un calme dont il est probablement le seul capable dix minutes avant d’entrer en scène, Matthew me propose de faire quelques pas le long de l’eau.

ZUT_WEB_Matthew E. White _couleurLe propos modéré, le débit lent, le sourire posé, il revient sur “l’affaire Harrison”, notre regretté Beatles qui avait vécu son procès pour plagiat à propos de la chanson My Sweet Lord comme une tragédie. Bien sûr, l’artiste a cette histoire en tête quand il crédite Washington Phillips ou encore Jorge Ben sur son disque, mais il insiste : « C’est avant tout une façon de leur rendre hommage. Si une mélodie, un son me parle, j’ai envie de l’intégrer à ma musique, de le transposer dans mon univers. Tu peux magnifier ce que les autres ont fait avant toi et le partager avec des gens qui n’ont peut-être pas connu cet univers ni entendu ces musiques-là. Mais c’est aussi une forme d’honnêteté intellectuelle. Je ne veux pas entendre “Hey, t’as pas piqué ça à Jimmy Cliff, mec !”. Non, je ne veux pas vivre la même chose qu’Harrison, j’ai fait le choix d’une transparence sans conditions dès le début ». Tous ceux qui auront écouté Big Inner n’auront peut-être pas saisi le rapport à Jimmy Cliff, moi la première. Il rit : « Je sais. En fait, c’est plus subtil que ça. Les musiques populaires, tu n’y échappes pas, elles font partie de ton univers sonore, de ta culture musicale, parfois malgré toi. Je ne cherche pas une source d’inspiration chez Cliff ni chez Jorge Ben non, c’est juste qu’à un moment j’ai été touché par la musique, ce sont des choses qui arrivent comme ça sans que je le cherche particulièrement. On est pris dans des courants, il ne faut pas le nier et rester transparent ».Ça change tout. Big Inner sonnerait plus comme… au hasard Van Dyke Parks [musicien californien, arrangeur et producteur du fameux Smile des Beach Boys, du premier album de Randy Newman ou de Rufus Wainwright, ndlr] ? « Musicalement, pas tant que ça finalement. Je me reconnais plus dans les valeurs qu’il véhicule et dans la communauté d’artistes à laquelle il appartient. J’adore ce qu’il fait, c’est un grand compositeur et un songwriter né. Je suis davantage touché par ce qu’il incarne. Mais c’est vrai qu’à L.A. aucun arrangeur n’échappe à son influence. Peut-être que mon album aussi, en fait ».On est arrivé au bout de la presqu’île.

Un coup d’œil rapide sur ma montre, il monte sur scène dans 3 minutes et reste imperturbable. J’ose une dernière question : peut-on retranscrire la complexité des arrangements de Big Inner sur scène ?« Jouer en live et enregistrer en studio sont deux choses totalement différentes. On doit l’aborder autrement. » À l’occasion d’une session acoustique pour le Mouv’ on constate que la fragilité rythmique de ses chansons est restituée sur scène, même si ces musiciens cherchent, notamment du côté du blues touareg, à structurer le tout.« Sur scène, je suis accompagné de 13 personnes. Les possibilités sont riches mais je ne sais pas dans quelle mesure ce sera un échec ou un succès. Je ne peux même pas miser à l’avance sur l’énergie ou la dynamique du set ». Comme pour certains gospels, Matthew E. White cherche la grâce de l’instant, mais il le fait avec un naturel qui peut le conduire loin dans l’émotion. « Ma foi, on eu la chance de beaucoup se produire mais ça ne se passe jamais deux fois de la même façon. On peut se faire une idée mais on ne peut pas savoir à l’avance. Tu ne sais pas ce qui marchera ou ce qui ne marchera pas sur scène. On est un groupe et on essaie, ensemble, de faire vivre le show ».

Par Vanessa Schmitz-Grucker,
Photos : Vincent Arbelet

le 5 juillet au Eurockéennes de Belfort

 
Matthew E White – Big Love (en Mouv’Session) par LeMouv

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Tahar Rahim, l’incandescent

© Christophe Urbain

Tahar Rahim par Christophe Urbain

ZUT ! : Tu viens présenter Grand Central à Strasbourg, ville où tu as des attaches, qu’est-ce que ça représente pour toi d’être ici ?
Tahar Rahim : En général, on a deux villes dans sa vie. J’ai toujours cru que ça allait être Belfort, ville où j’ai grandi, et Paris, ville où je grandis. Mais une partie de ma famille a bougé à Strasbourg depuis un long moment maintenant. La maison-mère est devenue Strasbourg, qui est de fait devenue ma troisième ville. Présenter ce film ici, c’est comme être à la maison et montrer ce film à ma famille, je suis très content.

Tu as accepté de tourner dans Grand Central sans lire le scénario. C’est plutôt rare. Pourquoi ?
Normalement, je lis les scénarios. Ce n’est pas usuel d’avoir fait ça. J’ai d’abord beaucoup aimé Belle Epine, le précédent film de Rebecca. Avec elle, il s’est passé quelque chose de très intéressant, comme une espèce séduction entre une réalisatrice et un acteur, de cinéaste à comédien. Me découvrir sous une autre couleur me plaisait beaucoup avec un sujet inédit en toile de fonds : une centrale nucléaire, et aussi, une histoire d’amour, qui est quelque chose que j’aime jouer. L’histoire et les personnages m’ont séduit, j’avais donc suffisamment confiance, suffisamment d’éléments, pour me lancer dans l’aventure sans lire le scénario.

Rebecca Zlotowski fait une analogie entre la centrale nucléaire, la contamination, les doses radioactives auxquelles ton personnage, Gary, est confronté et l’amour, est-ce que ce rapprochement te plaît ?
Je pense que c’est le moyen le plus parfait de raconter une histoire d’amour dans une centrale nucléaire. Comment la raconter autrement que par cette passion amoureuse qui est finalement indolore, incolore qui te consume de l’intérieur, exactement comme cette dose radioactive qui vient de la centrale… Il y a tout un jeu entre la centrale et l’amour que Gary porte à Karole, les deux sont extrêmement liés : il va continuer à se brûler pour elle et, à cause d’elle, d’une certaine manière, il va se brûler dans la centrale.

Il y a beaucoup de tensions dans ce film et Gary, se laisse souvent submerger par ces tensions, c’est un jeu très viscéral. Au-delà du fait que la direction d’acteurs est très précise, comment joue t-on avec ses limites ?
Ça vient des tripes. Si on fait face à de tels dangers, si on s’expose à un lieu comme celui-ci et aux risques que cela comporte, ça doit être viscéral. Si ça ne l’est pas, je n’y crois pas. D’autant plus que mon personnage est un apprenti, comme le spectateur, il oscille entre le mystère qui existe autour des centrales et la réalité du terrain. Je suis tout le temps sur la corde raide, le rythme est comme celui des battements d’un cœur. Rebecca a très bien dirigé les acteurs, mais être acteur marionnette, c’est pas mon truc, j’ai besoin de faire des propositions, qu’on accepte ou qu’on refuse. Il y avait avec elle un équilibre très sain entre mes envies, et les moments où je ne savais pas quoi faire et où elle me donnait des clés.

Selon moi, Grand Central joue avec les peurs : peur de l’inconnu, peur de la mort, peur du nucléaire aussi…
Il s’agit surtout de la peur de l’amour, la peur de se lâcher. Je joue une espèce de cowboy qui arrive dans une nouvelle ville à conquérir. Problème : il tombe amoureux d’une fille qui est avec un type, un collègue. A la fin, il finit par comprendre que s’il n’y avait pas Karole il serait déjà parti. Il a cerné ce nouveau monde auquel il est confronté : c’est un groupe qui s’invente une vie, un groupe qui tourne en rond. Au fond, il voudrait y échapper, mais il va au bout pour elle, il essaye tout, pour elle, il tente tout pour l’avoir. Il va au-delà de ses propres limites. Il est surtout question de ça. La peur de la mort rôde, même si la mort n’est pas immédiate dans ce genre de milieu…

Il s’agit d’amour, mais surtout de passion brûlante. L’on finit par retomber dans ce questionnement essentiel : la passion est-elle amour ?
Je pense qu’une relation amoureuse passe forcément par le passionnel : on dit qu’on TOMBE amoureux. Tomber ce n’est pas anodin. Ce n’est pas comme une famille, ou des amis qu’on choisit, l’amour c’est l’impalpable qui te prend de l’intérieur et qui finit par te diriger. Tu perds le contrôle, beaucoup de choses t’échappent. Et c’est ça le vrai truc : un truc qui te prend, te brûle, qui te fait ressentir des choses inédites. Il y a cet adage tout con, tout bête : « Le cœur a ses raisons que ses raisons blablabla », mais c’est vrai ! Ça peut te rendre aveugle : le monde que tu vois à 180 degrés, peut se réduire à 10 degrés c’est à dire la largeur des épaules de la personne qui est en face de toi. (Rires). Je pense que pour aimer sainement et se libérer de ce rapport dominant dominé qui dure longtemps dans un couple, il faut sortir de la passion. Il faut évidemment être passionné, mais pas trop longtemps.

Tu dis que pour accepter un rôle il faut que tu apprennes, alors qu’est-ce que ce film t’a apporté ?
Ça m’a appris à mieux exprimer la sensibilité féminine qui m’habite et qui habite chaque homme. A avoir moins d’à priori sur ce qu’est une déclaration d’amour. J’ai encore fait un pas de plus dans mon apprentissage d’acteur, notamment pour me mettre dans la peau d’un personnage.

Gary est un rôle sur le fil, comme beaucoup de rôles que tu acceptes. Est-ce une manière de te mettre en danger ?
Peut-être. Ces gens qui sont sur le fil, en marge de la société, qu’on pourrait dire perdus : ce sont eux qui nous ramènent le plus à notre propre personne et nous touchent le plus. Eux osent se brûler et aller au bout des choses. C’est des cours de récréation pour moi. A travers ces personnages là, je peux exercer mon travail à des hauteurs que je ne peux pas explorer avec d’autres personnages. J’aime ça, les films où je peux sentir que je peux péter, je montre des sentiments que je ne trouve pas ailleurs. Tu as là, la possibilité de toucher les zones sombres qui sont en toi.

Pourquoi te tournes-tu presque systématiquement vers le cinéma d’auteur ?
Je m’efforce d’essayer de jongler, sauf que les films un peu plus grand public dans lesquels j’ai joué n’ont pas trop marché. (Rires). Je ne jouerai jamais dans un film bête, j’espère. Peut-être que c’est toi qui fait l’amalgame entre un film commercial et un film bête ? (Rires). Mon envie artistique, ma sensibilité d’acteur me guide vers un cinéma que j’ai moi-même envie de voir. J’ai aujourd’hui tendance à m’élargir vers quelque chose de plus proche du public en masse, mais je veux faire des choses intelligentes et fortes. Gibraltar, un film que je viens de faire, est un bon film fait pour le grand public puisqu’il traite de la vraie histoire de Marc Fievet. On y parle des douanes françaises, on n’a jamais fait ça : il n’y a jamais eu de film qui raconte réellement comment ça se passe. Je veux continuer à faire ce genre de choses. Je n’abandonnerai pas l’un pour l’autre.

Tu parles souvent de cinéma, et de réalisateurs notamment, avec beaucoup de passion et d’admiration, est-ce que la réalisation t’attire ?
Bien sûr, ça attire tous les acteurs je pense. Moi ouais, peut-être qu’un jour j’essaierai. Ce qui me botte en ce moment c’est l’écriture. Des scénarios plus que des livres. J’ai le sentiment que c’est beaucoup plus difficile d’écrire un livre qu’un scénario, et puis je connais les scénarios.

La musique de Grand Central a été composée par Rob de Phoenix avec Colin Stetson, ce qui me permet d’abord de te demander 1 : si tu aimes Phoenix ? 2 : qu’écoutes-tu en ce moment ?
Phoenix, bien sûr, j’adore, tu rigoles ? C’est génial ce qu’ils font. Mais sinon, j’ai redécouvert Yazoo à travers ma sœur. (Il sort son iPhone). J’écoute Apollo Brown, du hip-hop underground, un peu street, ambiant. Sinon, j’ai toujours du Michael Jackson qui traîne quelque part, du Prince aussi, c’est vraiment génial. J’écoute Florence and The Machine, son album est super, et sa reprise du morceau de Drake et Rihanna est incroyable, il faut que tu écoutes. Bien sûr, il y a Daft Punk, mais je suis plus Get Lucky, j’ai un peu de mal avec le reste de l’album, et Robin Thicke, bien sûr. C’est l’été !

Grand Central, sortie nationale le 28 août 2013
Gibraltar, sortie nationale le 11 septembre 2013

Retrouvez l’Instant Flash de Tahar Rahim dans le prochain Zut ! Strasbourg à sortir cet automne

Le by Cécile Becker dans la catégorie Cinéma, CULTURE, Rencontre | Laisser un commentaire  

Joséphine, la girl next door

Apéro - interview à Strasbourg. Bretzels oblige!

Apéro – interview à Strasbourg. Bretzels oblige!

Pour la sortie du film Joséphine, l’adaptation de la BD so girly de Pénélope Bagieu, Zut ! a rencontré deux nanas aussi drôles que féminines… Interview spontanée avec Marilou Berry (LA Joséphine) et Bérengère Krief (sa meilleure amie dans le film), sur la « Joséphine » d’aujourd’hui, une trentenaire débridée et en phase avec son époque.

Zut ! : Laquelle de vous deux est la plus Joséphine ?
Marilou Berry :
Oh je pense qu’on peut toutes l’être à certains moments !

Zut ! : Sa soirée loose du dimanche soir ?
M.B. : Elle fait rien ! Joséphine c’est la loose, elle regarde Sept à huit !

Zut ! : Et pas Bernard de la Villardière ?
M.B. :
Mais si bien sûr Bernard de la Villardière qui marche avec un travelling.
B.K. : Elle s’endort devant, en mangeant du poisson pané, de la glace et un peu de saucisson !

Zut ! : Sa tenue préférée ?
M.B. :
En vrai, le jogging!

Zut ! : Sa tenue pour une date ?
M.B. :
Petite robe noire et stilletos. Le meilleur moyen pour Joséphine de planquer son cul c’est de mettre une robe…

Zut ! : Son homme idéal ?
M.B. : Non-fumeur qui aime les chats, fan de Woody Allen, qui veut plein d’enfants et qui sait faire à manger.

Zut ! : Son plan-cul idéal ?
B.K. :
Non-fumeur qui aime les chats, fan de Woody Allen, qui veut plein d’enfants et qui est un bon coup !

Zut ! : Le morceau de musique qu’elle écoute en boucle?
M.B. :
Elle est fan de Madonna et Britney Spears
B.K. : Je la sens bien aimer le New Age..
M.B. : Mais non!!! C’est Do you love me ? de Carlton Rara

Zut ! : Son plat favori au restaurant?
M.B. : Une salade.
B.K. : Mais avec des profiteroles en dessert !

Zut ! : Et chez elle?
M.B. : Joséphine aime beaucoup les associations sucrées-salées ! Elle peut se faire pour encas du saucisson et des chips avec un peu de nutella! Parce qu’on connait toutes l’adage de « foutu pour foutu…»

Zut ! : Ce qu’elle préfère physiquement chez elle?
M.B. :
Ses mains
B.K. : Son ongle gauche !

Zut ! : Je me demande si au final ce ne serait pas ses fesses?
M.B. :
Elle les aime bien parce que c’est la cause de tous ses problèmes, donc ça permet de tout mettre dedans. Enfin si je peux me permettre l’expression! (Fou rire général, ndlr)

Joséphine, dans les salles à partir du 19 juin.

Rencontre à découvrir dans la rubrique Instant Flash de ZUT ! 18, à paraître prochainement.

Le by Caroline Lévy dans la catégorie Cinéma, CULTURE, People, Rencontre | Laisser un commentaire