Daniel Buren : les détours de l’intuition

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Photo-souvenir : Les cabanes éclatées imbriquées (détail), travail in situ, in “Échos”, Daniel Buren, mai 2011, Centre Pompidou-Metz. © DB-ADAGP, Paris 2014

Photo-souvenir : Les cabanes éclatées imbriquées (détail), travail in situ, in Échos, Daniel Buren, mai 2011, Centre Pompidou-Metz.

Avec une économie de moyens qui lui est propre, Daniel Buren investit le MAMCS avec un travail in situ qui permet une nouvelle lecture de l’espace. 

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Les Haras, part.1 : vivre le patrimoine

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Les anciens locataires, de nobles étalons, ont quitté les lieux en 2005. Cinq ans plus tard, les travaux ont débuté afin que le projet de l’IRCAD puisse voir le jour fin 2013. L’objectif est d’accueillir, dans le meilleur cadre possible, les chercheurs invités. Le nouvel espace s’inscrit résolument dans l’univers équestre de ce site historique, construit entre 1752 et 1760. Le cuir et le bois sont porteurs d’une invitation au voyage dans d’autres temps, dans d’autres lieux. Noble et brute à la fois : l’agence Jouin-Manku a développé une nouvelle idée du luxe et du confort, avec la brasserie comme point fort. Jeux d’échelle et de lumière, déclinaisons de quatre matériaux – inox, zinc, chêne brut, cuir –, cette simplicité laisse éclore à l’étage une yourte, cette forme empruntée à l’habitat traditionnel de l’Asie centrale, que les designers ont voulu recréer dans toute sa monumentalité. Sa silhouette bombée, son cuir brun tendu et sa structure de croisillon en bois en ont fait le symbole des Haras. Si l’ensemble de la rénovation du site est assuré par le cabinet strasbourgeois Denu et Paradon, l’architecture d’intérieur est signée par l’agence parisienne Jouin-Manku. L’hôtel est exploité par Jean-Pascal Scharf tandis que la brasserie a été confiée au célèbre chef alsacien, Marc Haeberlin. L’occasion de belles rencontres et de beaux échanges.

"Il y a un apport contemporain qui peut et qui doit être audacieux" photo Hélène Hilaire

« Il y a un apport contemporain qui peut et qui doit être audacieux » photo : Hélène Hilaire

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Bernard Plossu : Berlin années 00

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En 2005, Bernard Plossu capture au 50 mm le visage d’un Berlin réunifié. La galerie Robert Doisneau du CCAM de Vandoeuvre accompagne la publication de ces clichés, révélateurs d’une capitale tournée vers l’avenir. Rencontre avec un explorateur du paysage urbain.

ZUT_WEB_PLOSSU_3_620En 2005, vous vous rendez à Berlin dans le cadre d’une exposition, était-ce votre premier séjour dans cette ville ? Berlin correspondait-il à l’image que vous vous en faisiez ?
Oui, c’était mon premier séjour, je n’y étais jamais allé. Et même, je ne connaissais pratiquement pas l’Allemagne où je n’étais allé que deux fois pour une expo à Brême et une commande de neige au Tyrol ! Et ça ne ressemblait pas du tout à ce que j’attendais ! Il n’y avait aucun pathos, en tout cas pour moi, de l’ex-Allemagne de l’Est. C’était plutôt comme une grande ville américaine toute blanche, presque un sosie de Century City, ce quartier neuf de Los Angeles. Et le soleil chaque jour, rendant tout blanc, m’a fait penser à Los Angeles tout le temps ! Le mur de la honte était déjà d’une autre époque… Quand je pense que des jeunes, juste parce qu’ils voulaient vivre libres, se faisaient tirer dessus par des garde-frontières, ça m’écœure…

On a plutôt l’habitude de vous retrouver aux États-Unis ou en Amérique du Sud : qu’êtes-vous allé chercher là-bas ?
Je suis rentré des pays américains en 1985 : l’Europe me fascinait de plus en plus. Je suis d’abord beaucoup allé dans le sud – Italie, Espagne, Grèce, Portugal – y ayant mes racines italiennes et ma femme étant andalouse. Puis un voyage en hiver a transformé ma vie : la Pologne ! Là aussi, enfin libérée du joug soviétique ! Les gens si sympathiques et ouverts et la poésie du pays m’ont parlé fort et du coup, quand on m’a proposé une expo à Berlin, ne connaissant pas j’ai répondu : oui. D’ailleurs, depuis je me suis rendu spontanément à Düsseldorf, Cologne, Vienne, pour voir. Et certes c’est très différent du continent américain, mais quel plaisir de voir les choses du passé, de l’histoire si vieille dans toute l’Europe !

Qu’avez-vous essayé de capter à Berlin ?
Face à Berlin, je me suis laissé aller sans projet précis. J’avais juste une dizaine de rouleaux et j’en ai acheté sur place une vingtaine tant ça m’a plu. On ne réfléchit pas en photo, on se laisse aller ! C’est le projet qui vous construit petit à petit, pas le contraire !

L’atmosphère de ce Berlin Ouest semble aride et froide, dénuée de poésie… Pourquoi ne pas vous être aventuré sur l’autre versant de la ville ?
L’Est de Berlin a déjà été beaucoup photographié : je n’aurais rien à ajouter de nouveau. Ça a déjà été très bien vu, notamment par notre maitre de la modernité, René Burri dans son livre Les Allemands, publié en même temps que Les Américains de Robert Frank ! Et puis mon cri de révolte anti-tyrannie faisait que je ne voulais pas aller voir ces lieux où les tyrans régnaient en monarques absolus. Enfin les gens étaient libérés de tout ce drame !

Le noir et blanc caractéristique de votre travail est ici sublimé. Il y a une lumière éclatante de blancheur et des ombres particulières sur ces clichés…
Cette lumière ensoleillée n’est pas si habituelle de Berlin que ça, je me doute qu’il ne fait pas toujours beau dans cette ville : là, c’est tombé comme ça, le destin. Il faisait beau, je ne pouvais tout de même pas changer le climat pour faire de la nostalgie ! Et cette lumière m’a finalement parlé et peut-être est–ce cela qui m’a fait photographier autant, me rendant compte qu’il se passait quelque chose d’étrange.

Berlin semble ici être une ville hypermoderne en mutation et tournée vers le futur : comment l’humain peut-il trouver sa place dans ce paysage urbain?
Mais il y a des gens ! Ce n’est pas la peine en photographie de faire du gros plan pour montrer à qui ressemblent les gens d’une ville ! On voit bien l’ambiance dans laquelle ils vivent ! Certes c’est « trop » moderne, je l’ai senti ça, puisque je l’ai photographié, mais c’est un peu une sorte de XXIe siècle de science-fiction ce Berlin-là, non ? Certes c’est pas humain au sens poétique, mais que faire ? Rester dans l’ambiance Est où les VoPos vous tiraient dessus ? Ne pas avoir le droit de porter des jeans et d’écouter Elvis Presley ? Alors si les allemands ont réagi ainsi en créant une ville trop moderne, c’est justement pour tout changer et vivre avec leur temps.

« C’est sans doute à midi, les Berlinois travaillent beaucoup, à l’américaine, adorant leur pays. Le moment de paix du rapide repas de la mi-journée crée ce genre d’ambiance : des gens lisent, d’autres profitent de ce beau temps sans doute si rare ! Ils sont assis, là, entre deux moments de bureau sans doute. Chacun pour soi, un petit arrêt dans le temps... »

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Photo Bernard Plossu

« C’est une photo d’un lieu célèbre, la Postdamer Platz. Ce qui m’est apparu est le contraste fort entre le noir et le blanc. C’est ça, la photographie, une lumière qui parle… »

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Photo Bernard Plossu

« Beaucoup de monde près de la gare… et passe une vieille Mercedes de l’époque où elles étaient si belles, ou alors voilà un peu de nostalgie ! Comme quoi, j’aime la nostalgie ! »

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Photo Bernard Plossu

« C’est ma photo de Berlin préférée : on nage en plein science-fiction ! Car c’est une ville de science-fiction que j’ai vu, et comment ! Tellement que ça fait presque comic book des années 30, mais ici pour de vrai ! Cette image a tous les ingrédients de la “ville du futur”. »

Par Claire Tourdot

BERLIN, exposition de Bernard Plossu du 29 novembre au 31 décembre à la galerie Robert Doisneau du CCAM de Vandœuvre-les-Nancy.
www.centremalraux.com

BERLIN 2005, de Bernard Plossu et Jean-Claude Bailly aux éditions Médiapop.
www.mediapop.fr

Effacer la frontière

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Au-delà de l’aspect « collection » comme nous l’avons vu précédemment, l’enfilade de ponts sur le Rhin est le témoin d’une dynamique de rapprochement, la volonté de fusion des deux villes en une seule.

Tirer vers soi la rive d’en face. Vouloir s’accrocher est une idée positive et porteuse de projets. De nombreuses villes médiévales se sont édifiées le long d’un cours d’eau important. Sur les berges d’une voie navigable. Et puis, la ville prospère grandit et s’étend par delà l’eau grâce à la construction de ponts, unificateurs. C’est un développement récurrent dans l’histoire de l’urbanisme.

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Paris intra-muros comprend un grand nombre de ponts sur la Seine. Certains s’inscrivant dans l’histoire de la ville, d’autres très récents, témoin d’une dynamique urbaine forte.

Cette volonté de créer des liens importants de part et d’autre de l’eau, à priori un obstacle, se retrouve dans le projet “Métropole des Deux-Rives”, porté par le cabinet d’architecte Reichen & Robert et le paysagiste Alfred Peter, depuis mars 2010, à Strasbourg.

Sans passer en revue l’ensemble de l’histoire entre Strasbourg et Kehl, il est très intéressant de se rappeler qu’il a déjà existé un tramway entre les deux villes. La toute première ligne du réseau de tramway de la CTS fut d’ailleurs la “Ligne 1 – Kehl” en 1878, jusqu’au Pont du Rhin. Et comme aujourd’hui, c’est après de longs litiges financiers et politiques, qu’en 1896, la ligne traverse le fleuve pour arriver à Kehl. Elle disparaît à la suite de la seconde guerre mondiale.

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Carte postale témoignant de la liaison Strasbourg-Kehl.

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Carte postale « En route pour Kehl »

La volonté d’aller toujours plus à l’Est se retrouve à plusieurs reprises lors de concours d’idées. La consultation internationale sur l’aménagement du secteur Rhénan et de l’axe Est-Ouest en 1991 retient deux propositions ex-aequo. L’agence de Stuttgart STEG et l’agence franco-allemande SEURA, composée de Philippe Panerai et de David Mangin. Cette dernière propose de créer une gare TGV-ICE sur un pont au dessus du Rhin. Une gare dans le pont avec une entrée en France et une en Allemagne. Un projet innovant qui ne verra pas le jour.

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Projet SEURA (Panerai + Mangin) 1991, un Pont-gare sur le Rhin

L’union très symbolique entre la France et l’Allemagne se concrétise donc, toujours plus. Et la mise en place d’infrastructures très structurantes, comme ce nouveau pont du tramway, dégage une telle énergie que les projets d’aménagement ne se conçoivent plus de façon mono-nationale, mais comme s’occupant d’un véritable territoire uni, bi-national. Un témoignage fort de cette dynamique est le concours d’aménagement des Deux-Rives, qui s’est achevé le 17 janvier dernier. Le jury franco-allemand, présidé par Henri Bava a récompensé les architectes Finn Geipel et Giulia Andi, formant l’agence LIN Architects Urbanists, située à Berlin et à Paris, pour leur projet “Cour des Douanes – Zollhofareal”, qui s’appuie sur la mise en place du nouveau pont pour dessiner le futur de la zone transfrontalière.

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Masterplan du projet Lauréat de LIN Architects

Et tel un effet ‘domino’, nous imaginons que cette dynamique ne va pas s’arrêter aux rives du Rhin, mais continuer et se diffuser, s’ancrer dans le grand territoire de l’Eurodistrict. Une telle coopération transfrontalière est très difficile à mettre en place en réalité. Les différences de culture, les lacunes juridiques, les difficultés de dialogue pèsent souvent lourdement dans la balance. Et cela prend beaucoup de temps. Ce lien se construit très finement, et chaque étape est une victoire. De nombreux autres couples de villes, de part et d’autre d’une frontière, cherchent à mettre en place une politique commune, un thème de développement commun. Mais la réalité du terrain montre parfois que les conseils municipaux, chacun de leur côtés, préfèrent les solutions égocentrées. Certes plus simples à mettre en oeuvre mais peu porteuses en innovation, en souffle d’énergie et d’envie pour l’avenir. Le couple Strasbourg-Kehl est peut-être à mette en exemple, au moins en matière de développement urbain et de vision d’avenir.

Par Pauline Doizenet

Lire aussi :

Ponts sur le Rhin : accumulation artistique ? Collection compulsive ?

Accumulation artistique ? Collection compulsive ?

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Campagnes de publicité de la C.U.S, articles publiés dans les journaux locaux ou dans la presse spécialisée… Impossible d’être passé à côté de l’annonce officielle et de la diffusion des images du future pont du Rhin reliant Kehl et Strasbourg. Analyse et comparaison.

Ce projet, œuvre du groupement Bouygues/Arcadis/Barani/Victor Buyck, connectera la station Aristide Briand de la ligne D du tramway de Strasbourg à une station devant la gare de Kehl, dans un premier temps, et à une station devant la mairie dans une seconde phase de projet. La fin de la première section de l’extension est estimée à fin 2015. Le pont permettra aux habitants d’aller travailler ou faire leurs achats en utilisant des modes de transport doux : le tramway, le vélo et la marche.

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Perspective de nuit du projet. Le pont est constitué de deux arches de 130 mètres de portée chacune et atteignant 20 mètres de hauteur.

Ce pont pour le tramway s’ajoute à une passerelle piétonne, un pont automobile et un pont ferroviaire déjà existants. Cette accumulation d’objets architecturaux renvoie au thème de la collection d’objets et notamment de la collection d’objets architecturaux. C’est une tendance qui a toujours accompagné l’apogée d’un mouvement architectural. Dans la lignée des Expositions Universelles et de leurs alignements de pavillons, témoignage d’une identité nationale propre, dessiné par une personnalité du pays en question. On rassemble au même endroit des bâtiments de nombreux différents architectes, les plus célèbres possibles. Sans chercher de cohérence à l’échelle du quartier. C’est un urbanisme d’îlots, utilisé depuis bien longtemps et trop peu remis en question. Mais là, je m’égare.

L’exemple le plus représentatif en France, ces dernières années, est la collection d’architecture à Lyon-Confluence. Ce projet de mutation urbaine de grande ampleur situé au Sud de la Presqu’île de Lyon vient d’entamer sa seconde phase de développement, avec pour date butoir l’horizon 2020. Mené principalement par Herzog & De Meuron, architectes et urbanistes bâlois, ce nouveau quartier regroupera de nombreux projets de logements, ainsi que de bureaux. Le plan directeur est composé d’une juxtaposition, bien géométrique, d’objets architecturaux, de grande envergure. La coupe transversale fait penser à l’étagère d’une bibliothèque de monographies d’architectes. Sont voisins dans ce quartier : Massimiliano Fuksas, MVRDV-Winy Maas, Jakob-Mac Farlane, Coop-Himmelb(l)au entre autres. Le projet est d’ailleurs vendu comme une “vitrine d’architecture contemporaine”. De la collection d’architecture, à l’état pur.

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Vue d’ensemble des réalisations de Lyon-Confluence

On peut aussi penser à la collection de nains de jardin à Pouilly-les-oies mais cela pourrait davantage être de l’accumulation compulsive, trouble psychiatrique, appelé DMS-5 mais… je m’égare encore.

Au-delà de l’aspect ‘collection’, cette enfilade de ponts sur le Rhin est le témoin d’une dynamique de rapprochement, d’échanges, de partages entre les deux rives. Cela apporte une véritable volonté de fusion des deux villes en une seule. Une question que nous développerons bientôt.

Par Pauline Doizenet