Chassol, à l’écoute de ses inspirations

Extrait des photographies en cours de traitement – la photo choisie sera à retrouver dans le prochain numéro de Zut. Chassol à l’auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse, à Strasbourg, dans le cadre du festival Contre Temps. © Henri Vogt

Minimalisme à la Steve Reich, new wave des Cure ou saxophone plaintif chez Bernard Herrmann, le compositeur Chassol se nourrit d’influences variées sans modération, ni concessions. Nous lui avons soumis un blind test lors de son passage à Strasbourg dans le cadre du festival Contre Temps.

De passage à Strasbourg en juin le temps d’un concert, Chassol s’est livré à un blind test. Le pianiste et compositeur, pris au jeu, y montre un talent certain, dévoilant l’étendue de ses inspirations, en creux ou en coups de cœur. On y retrouve l’héritage de sa formation jazz, sa conception des structures et ambiances musicales, inimitable. Et, loin de la norme, un goût très affirmé pour la surprise.

« C’est Vangélis ou Carpenter ? J’aime pas les musiques de film de Carpenter, je les ai toujours trouvées cheap et cheesy. Les sons des années 1980, les synthés… Moi je viens de la musique de film des années 1960-70. Halloween marche bien, mais c’est toute une culture électronique qui n’est pas la mienne. Dans The Thing, c’est Morricone, un peu électronique d’ailleurs, et là j’aime beaucoup. De la même façon, Moroder m’a un peu gâché Scarface, de De Palma. »

« Chris Connor ? Je ne connais pas, je dirais qu’elle est tennisman avec un nom comme ça. Ce n’est pas que ça ne me plaît pas, mais pour ce genre de morceau il faut que j’aie une histoire en particulier. J’ai écouté un peu Ella Fitzgerald, avec Duke Ellington, mais ce n’est pas les chanteuses de jazz que je préfère. J’aime beaucoup Flora Purim ou Gayle Moran par exemple, qui chantent avec Chick Corea. »

« Ah oui, Taxi Driver, Bernard Herrmann, j’adore. C’est la dernière musique de Herrmann, il est mort le lendemain de la dernière séance d’enregistrement. J’adore le film, j’adore la musique, parfaite pour la solitude dans une grande ville comme New York. »

« C’est Ravi [Shankar] ? C’est électronique ? Une musique de film ? The Party ? J’aime bien Mancini. Je préfère un Burt Bacharach. »

« Mon critère pour écouter de la musique, c’est : « est-ce que j’ai envie de la réécouter chez moi ? » Mancini, je me dis que oui par exemple. »

 

« On dirait Gainsbourg mais c’est pas Gainsbourg. Ça pourrait presque être un David Axelrod, mais c’est pas David Axelrod. Ah, c’est Bertrand ? [Burgalat] Quel album ? [The Sssound of Mmmusic]. Il a sorti un super nouvel album Bertrand, hyper riche, plein d’harmonies. »

« J’ai une histoire avec New Orleans, c’est le berceau du jazz et tout, mais je ne viens pas de là. Je n’ai vraiment pas une culture blues, il y a une modernité que je ne trouve pas dans le blues. Je sais où vont les accords. J’ai mis du temps à aimer le son des choses, et c’est vraiment avec le son qu’on aime bien le blues j’ai l’impression, plus qu’avec les suites d’accords. »

« Je sais que ce n’est pas John Cage. C’est un moderniste, genre un anglais ou un ricain des années 1970 ? C’est Reich ? Je n’ai jamais écouté cette pièce, le tempo n’est pas hyper habituel. Une de mes pièces préférées, c’est You are, pour piano, je le joue à Manchester bientôt. Ma culture s’est faite beaucoup par la télé. À l’époque, c’était sur Antenne 2, l’orchestre de Montpellier jouait Music for 18 musicians, ou Different trains peut-être. J’enregistrais au VHS. J’ai acheté une compilation de minimalistes aussi. J’ai mis du temps à aimer. J’ai fait beaucoup d’années de conservatoire, personne ne m’avait parlé de Steve Reich. »

« C’est A-ah ou quoi ? C’est genre 1981-82 ? C’est Joy Division ? Bauhaus ? New Order ? C’est pas Cure, hein ? [Martin Rev, du groupe Suicide] Vraiment pas ma came. J’ai jamais écouté, je connais même pas. Joy Division, tout ça, j’écoutais pas tout. En tant que noir qui grandit dans un milieu de blanc, c’était trop blanc pour moi. The Cure, je kiffais les premiers albums, après ils ont pris un virage gothique. J’aime bien quand ça reste keupon tous ces trucs-là. »

Le récit de la rencontre avec Chassol sera à lire dans le prochain numéro de Zut, Automne 2017. Stay tuned…

Par Antoine Ponza et Cécile Becker
Photo : Henri Vogt

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