Génération désenchantée ?

© Henri Vogt

Dans le cadre d’un dossier paru dans le dernier numéro de Novo, consacré à trois générations de la chanson française (Yves Simon, Dominique A, Chaton), décryptage du “phénomène” Chaton à travers Possible, album sincère et audacieux, fidèle aux tribulations d’une nouvelle génération d’artistes qui n’hésite plus à chanter ses sentiments, névroses et défaites.

Sous une tornade de boucles noires, l’homme – l’œil et le verbe étincelant de gratitude de présenter le fruit de son labeur – tripote un sampler, gigote en enchaînant les punchlines autotunées. Ceci est un live signé Radio Nova et posté sur YouTube, avant la ribambelle d’articles et d’interviews déclenchées par la sortie de l’album Possible.

Les rimes affluent, pleines de métaphores et riches d’un vocable en vogue. Chaton parle de lui, chante sa mélancolie, ses névroses, évoque un passage dépressif entraîné par des années de travail dans l’ombre, pour le compte d’artistes populaires. À la manière d’une Lena Dunham qui livre dans Girls les errements des pré-trentrenaires, l’expérience singulière se fait universelle et touche juste. Juliette Armanet [lire notre rencontre avec l’artiste : ici], Cléa Vincent ou Eddy de Pretto, même combat. C’est à se demander si la nouvelle génération d’artistes français ne serait pas plus encline à se révéler entièrement, ne craignant pas, au passage, de cliver par des choix musicaux tranchés – pour Chaton, ce sera un mélange de r’n’b, reggae, pop et une voix passée à l’autotune d’un bout à l’autre de son album.

L’intéressé analyse : « Il me semble que c’est le simple fruit d’une époque pas mal autocentrée, notamment depuis l’arrivée des réseaux sociaux. J’ai l’impression que le petit shot d’amour que nous envoie un like ou un follow permet de se dire que nos vies ont un intérêt, qu’elles méritent d’être racontées. Je n’ai absolument pas la prétention d’en faire un jugement de valeur, j’en suis le premier acteur. Je vis en 2018. Ça me fascine plus qu’autre chose. Il y a du très bon à tout ça, comme du très néfaste… Quoi qu’il en soit, ça se répercute sur le propos artistique général et ça me paraît plutôt logique. »

Biberonnés aux discothèques parentales, tous ces artistes – arrivant comme une déferlante, au même moment – sont les enfants d’Étienne Daho, France Gall, Daniel Balavoine, Véronique Sanson, Dominique A ou Mathieu Boogaerts. Ils ne cachent ni leur amour pour une scène trop longtemps considérée comme honteuse, ni pour la grande chanson française ou la littérature. La nouvelle génération incarne la somme d’une culture populaire (voire kitsch) adossée aux poncifs intellobobo, éveillant ainsi une écriture à la fois très inventive, simple et acérée.

À 13h06, un samedi, Chaton aura ainsi vu passer depuis son réveil Alain Souchon, Booba, Jacques Brel, Jean Cocteau, Virginie Despentes, Damso, Desproges, Édouard Baer ou Balavoine… « Je ne me pose pas la question de la territorialité dans la musique. J’ai tendance à trouver du beau dans des tonnes de registres, je retiens surtout les singularités. En général, ceux que je préfère disent énormément avec très peu, explique-t-il. Alors bien entendu, le langage participe à l’identité, mais pour moi, aujourd’hui, Booba et Moustaki sont au même niveau de poésie francophone, chacun représente d’une façon incroyablement juste son époque. »

Alors, que raconte Chaton de la nôtre ? Désillusion, engagement, quête d’épanouissement et de bonheur, il en dit long de notre besoin inconditionnel d’amour et de vérité. Bonne nouvelle : c’est Possible.

Chaton, Possible (Arista/Sony)
CHATON, concert le 6 avril aux Trinitaires, à Metz avec Malik Djoudi et Voyou

Par Cécile Becker – Photo Henri Vogt

Le by Cécile Becker dans la catégorie Clips, CULTURE, Musique, Rencontre

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