Ô mon amour 2.0

« Une bande magnétique, un soupir lui échappe. Sur un écran géant, ses yeux se ferment ». Quoi de plus explicite que la chanson mythique de Taxi Girl pour inspirer le titre d’un film sur les rencontres amoureuses en ligne !

Actuellement dans les salles, Chercher le garçon, le premier long métrage de la réalisatrice Dorothée Sebbagh explore les codes de la séduction 2.0 dans un cadre joliment fantaisiste qui se confond parfois avec un documentaire édulcoré. Une sorte de Confessions intimes sur la toile où l’on suit l’itinéraire amoureux d’une trentenaire célibataire à la conquête du mâle. La convaincante Sophie Cattani (Tom Boy, Polisse) incarne à merveille cette ingénue à la naïveté presque touchante dans des saynètes drôlatiques aux déconvenues prévisibles. Une comédie résolument dans l’air du temps qui sent le vécu. De passage à Strasbourg, on a rencontré le duo. Elles nous parlent d’amour.

Cette comédie, malgré sa fantaisie reste très réaliste. Jusqu’où est-elle autobiographique?
Dorothée Sebbagh :
 Je suis effectivement allée sur des sites de rencontres et j’ai rencontré des garçons !  Je découvrais des types de situation qui jaillissaient comme des scénarios de film. Il y a pour chaque nouvelle rencontre, un tel suspense, une telle attente. On se demande à chaque fois  » Et si c’était le bon ? « . Ce sont des situations de cinéma en soi.

Vous portez à l’écran le sujet de la rencontre amoureuse.  Pour vous Sophie, il s’agissait aussi d’une rencontre avec vos différents partenaires, que vous ne connaissiez pas avant chaque scène.
Sophie Cattani :
Dorothée (Sebbagh) a eu envie de raconter ce qu’est la rencontre avec quelqu’un pour la première fois. Se parler, s’écouter, s’apprivoiser, se toiser ! Elle nous a imposé cette situation-là pour plus de réalisme. Ça m’a mise dans une disposition d’ouverture passionnante qui m’a demandée beaucoup plus d’énergie pendant le tournage.

Exceptée Maïwenn qui a réalisé la dernière pub du site Meetic. La rencontre sur internet est un phénomène de société encore assez peu traité à l’écran. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

S.C : Je trouve que ce serait presque malhonnête de ne pas en parler !  Depuis l’émergence d’Internet, on y passe quand même des heures et pour des raisons différentes. Ce n’est pas forcément plus grave de s’y rendre pour trouver un amoureux que pour trouver du boulot ! A titre personnel, je déteste ça et pourtant je suis obligée de le faire. Je vois bien qu’on n’a le choix de vivre sans cet instrument là !
D.S :
 Sauf que c’est quand même différent de chercher un boulot et de chercher l’amour !
S.C :
Oui parce que ça engage autre chose… Les gens parfois pointent du doigt ceux qui ont été chercher l’amour sur internet, alors qu’en fait il y a plusieurs façon d’y parvenir. Il y a les sites « cash » comme Adopteunmec ou Meetic, mais il y a aussi Facebook sous ses airs… On regarde les photos de l’autre, on envoie un petit message, mais en fait c’est pareil !

Comment imaginez-vous évoluer les codes de la rencontre amoureuse ?
D.S :
Il y a vraiment quelque chose dans ces rencontres en ligne qui pervertit la rencontre telle qu’elle existait jusqu’ici. Puisqu’ il y a un présupposé : on est là pour chercher l’amour, et ce, quelque soit sa forme, de la bagatelle à la grande histoire ! Aujourd’hui, les gens s’en emparent et le transforment. Comme disait Rimbaud, « L’amour est à réinventer ». C’est un moyen comme un autre de moins en moins calibré, et c’est vers cela que l’on tend.

Et pourtant les sites de rencontres par affinités se multiplient sur la Toile. Tout est fait pour réduire les échecs sentimentaux et gagner du temps…
D.S :
Ah oui j’ai vu ça !  Pour les végétariens, les gens de gauche, etc. Le livre L’éloge de l’amour d’Alain Badiou raconte justement cela : que limiter les risques en amour c’est très dangereux. On tombe amoureux et dans cette chute, il y a toujours une prise de risque. Elle est nécessaire. Moi je crois en la théorie de Deleuze : « L’amour, c’est un changement d’axe qui nous fait aller ailleurs ».

Chercher le garçon, actuellement dans les salles.

Le by Caroline Lévy dans la catégorie Cinéma, CULTURE

En réponse à Ô mon amour 2.0

  1. Clara

    Ah super, j’en avais entendu parlé mais jamais trouvé la bande annonce. Merci

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