Ailleurs mais bien ici

La salle bleue – pièce magistrale -, ancienne cave à vins, mise en sons et en lumières par l'artiste Jean-François Laporte avec son installation Tremblement de mer "Mutation" © Eric Antoine

Il fallait y être, et heureusement, il vous reste encore deux jours pour profiter des expositions et installations du festival de l’Ososphère, ce samedi agrémenté d’une deuxième nuit électronique. L’occasion de découvrir cette magistrale zone de La Coop par le prisme des arts numériques. Un parcours unique, des installations impressionnantes, une vision de Strasbourg réjouissante : une bouffée d’air frais.

Il y a quelques mois, nous apprenions que l’Ososphère allait prendre ses quartiers à la Coop : la Coop, mais quelle Coop ? Celle juste derrière nous, juste après le pont, au Port du Rhin. L’annonce nous laissait presque de marbre tant ce paysage était inexistant du moins dans nos conscience, et puis graduellement, l’espace a commencé à s’installer. Il est apparu sur des programmes, dans les magazines, et là, nous avons compris l’importance d’une telle habitation. Au fur et à mesure des semaines, la Coop a repris la place qu’elle occupait dans l’urbanisme strasbourgeois : là pas très loin de Kehl, plus très loin du centre ville. Elle était là, bien là, la voilà revenue s’installant alors par là même dans un futur, plutôt proche.

Pour le Zut ! Strasbourg #16, je me suis rendue sur les lieux, encore vides. Un bâtiment d’embouteillage, une cave à vins, une siroterie : superbe.
Les travaux étaient encore en cours, il fallait imaginer ce que le festival pouvait en faire : entreprise difficile.

Le 7 décembre vite arrivé, le premier bâtiment s’offre à notre vision : chaque fenêtre est  mise en couleurs grâce à des néons. Il faut marcher quelques minutes pour arriver dans le bâtiment principal du festival de l’Ososphère, en passant devant deux magic mirrors qui accueillent deux des trois dancefloors des nuits électroniques. Quelques marches métalliques plus haut : le premier espace d’exposition aménagé d’installations toutes plus intrigantes les unes que les autres. La première à nous accueillir émet les bruits des split-flaps des gares d’antan. En se plaçant au centre du cercle de split-flaps réalisé par le studio artistique Lab[au], le spectateur est confronté à une composition cinétique variable : entre motifs graphiques et sonores. Comme si la machine tentait de laisser des messages à celui qui la regarde, on distingue parfois des « Hey » qui disparaissent pour laisser place à d’autres assemblages de lettres, compréhensibles ou non.

Signal to Noise, une installation par le studio artistique belge Labau. © Eric Antoine

Quelques mètres plus loin, un robot au bras articulé dessine : comme une fable (Autoportrait par le collectif Robotlab). Les robots prendront-ils un jour la place de l’artiste ? Chaque installation nous amène à nous poser des questions sur la place de l’homme au centre de ces arts numériques. Les artistes tentent de contrôler les machines, et les nouvelles technologies pour nous faire des propositions uniques.

Entre le premier et le deuxième étage, la cave à vins, pièce maîtresse. Cette salle étrange remplie de cuves liées les unes aux autres a été revisitée par l’artiste Jean-François Laporte. Trois grandes planches métalliques sont accolées à des baffles et tremblent en émettant un bruit sec à chaque son. Au centre, une boule surélevée donne l’impression de réagir par la lumière à ces tremblements. Une pièce à voir de nuit qui nous laisse penser que l’espace d’un instant, nous sommes ailleurs, dans un autre siècle. Comme si cette pièce du passé s’inscrivait alors dans une ville du futur…

Au deuxième étage, on voyage sous les sons de grandes villes grâce à des sortes de paraboles suspendues, on se promène en étant couché et muni d’un P03 : équipement permettant de saisir l’environnement en trois dimensions, on boit un coup dans la siroterie transformée en bar, on écoute le set de Djs installés dans le café conversatoire et on profite un petit instant de la chaleur.

Un étage plus haut, le dernier, une machine à coudre s’actionne lorsque les spectateurs passent devant, un mur de ventilateurs reproduit l’ombre en couleur des passants, il y a tant à voir qu’on a peur de rater une pièce dérobée. En voilà, une, derrière un rideau, plongée dans la pénombre. Au sol, un petit train muni d’une LED avance sur des rails et passe à côté de crayons de couleur, de corbeilles et de passoires à l’envers, de petits personnages en cartons. Au fur et à mesure qu’il avance, l’ombre de ces objets se reflètent sur les murs : c’est la belle installation de Ryota Kuwakubo The Tenth Sentiment.

Autre pièce dérobée et impressionnante : celle où est installée SLEEP1NG /BE@# TY, ou « Sleeping beauty » pour les non-geeks par la compagnie Le Clair Obscur. Une performeuse est installée dans un cercueil mis en lumière et relié à des écrans où l’on peut suivre son activité corporelle. Les spectateurs peuvent lui envoyer des messages sur sa page Facebook, lus par une voix synthétique. Ses réactions sont retranscrites par des capteurs collés sur son corps et nous permettent de comprendre ses émotions.

SLEEP1NG /BE@# TY par Le Clair Obscur. © Eric Antoine

Même enfermé, l’on peut toujours interagir avec son environnement. Allégorie ? Peut-être.

Ces installations, expositions et performances, nous parlent de notre monde, un monde nouveau déformé par de nouvelles technologies dont nous ne comprenons pas toujours l’usage et l’utilité. Le festival de l’Ososphère, outre nous questionner sur ces technologies, nous replace au coeur du monde et replace la Coop à Strasbourg. Un beau festival.

Ce soir, deuxième et dernière nuit électronique avec Breakbot, Kavinsky, Irfane sur le dancefloor 1 (ATTENTION : ce dancefloor est complet), Kode 9, Bambounou, Dj Pone sur le dancefloor 2 et enfin l’équipe Kompakt avec notamment les Pachanga Boys et Robag Wruhme sur le dancefloor 3 (donc au rez-de-chaussée du bâtiment d’embouteillage !).

Bon week-end !

Photos : Eric Antoine

Informations : http://www.ososphere.org

Le by Cécile Becker dans la catégorie Art numérique, CULTURE, Exposition, Geek, Musique, STRASBOURG

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