Humaines, avant tout

Déborah Lukumuena et Houda Benyamina. © Henri Vogt pour Zut n°31

Nommé 7 fois, reparti grand gagnant des César 2017 (trois César : meilleur premier film, meilleur espoir féminin pour Oulaya Amamra et meilleur second rôle pour Déborah Lukumuena), Divines nous avait marqué. Nous avions rencontré la réalisatrice, Houda Benyamina, et Déborah Lukumuena à l’occasion de l’avant-première aux cinémas Star et à l‘UGC Ciné Cité, un moment aussi précieux que le film est indispensable.

Douceur. C’est le mot qui décrit avec perfection l’atmosphère planant autour de Houda Benyamina, réalisatrice du film Divines, et Déborah Lukumuena, l’une de ses actrices, qui incarne Maimouna. Entre elles, il y a de la tendresse, une connivence rare. Car Houda Benyamina a participé à la construction puis à la révélation de ses actrices, notamment au travers de son association, 1000 visages, qui milite pour la diversité dans la culture. Quand Oulaya Amamra (qui interprète Dounia dans le film) a décroché son ticket d’entrée pour le Conservatoire national supérieur d’Art dramatique à Paris, elle était là. Quand Déborah Lukumuena et Jisca Kalvanda (qui joue Rebecca) ont intégré le programme Ier acte piloté par le TNS, elle a exulté. « Houda prend la responsabilité de nous faire exprimer l’ampleur de ce qu’est un être humain, explique Déborah Lukumuena. Et c’est ça : elle voit des humains avant de voir des comédiens. L’intimité émotionnelle qu’on lui confie, elle en prend soin. » Mieux, elle fait exploser ces « grands sentiments » trop peu montrés.

Dans Divines, Dounia vit dans un camp de Roms, elle veut sortir de sa condition, ressembler à Rebecca, caïd du quartier, mais en reviendra, portée par Maimouna, aux émotions qui lui font quitter terre pour toucher au divin. Ce que livre Houda Benyamina dans ce film, c’est tout ce à quoi la société tente d’échapper. Cette urgence de vie, elle l’a exprimée à Cannes, lorsqu’elle a remporté la Caméra d’or. Un discours qui a pu bousculer : « Je ne peux pas m’excuser d’être la personne que je suis, mais je peux comprendre que le discours ait choqué. Si demain, il y avait plus de personnes comme moi qui gagnaient une Caméra d’or, les gens seraient moins surpris. » Et Déborah Lukumuena de renchérir : « Ils ont été réveillés de leur torpeur qui devenait lassante. Ils ont fonctionné comme ça pendant un bon moment, c’était cool, c’était sympa. Maintenant il va falloir écouter ce qui se passe autour. »

Propos recueillis le 2 septembre 2016 à l’hôtel Hannong, dans le cadre de l’avant-première de Divines au cinéma Star Saint-Exupéry et à l’UGC Ciné Cité

Le by Cécile Becker dans la catégorie Cinéma, CULTURE, Rencontre

Ajouter un commentaire