Dominique A en concert à l’Autre Canal

Dominique A par Olivier Roller

2018, année fertile pour Dominique A. Deux sorties d’albums, Toute Latitude en mars et La Fragilité à l’automne, qui s’accompagnent par deux tournées, une électrique en groupe et une acoustique en solo. On vous fait gagner deux places – sur notre page facebook – pour son concert à L’Autre Canal le 20 juin.

Pour ce diptyque, l’artiste s’est entouré de plusieurs talents, celui des batteurs Sacha Toorop et Étienne Bonhomme, du bassiste Jeff Hallam, du guitariste et claviériste Thomas Poli et du binôme Dominique Brusson et Géraldine Capart à la console. Différents terrains musicaux se côtoient mais des similarités se dégagent, comme les questions de la guerre et de la ruralité. Ces albums, conçus au même moment, sont imprégnés des deux faces de l’artiste : minimaliste et maximaliste, toujours en correspondance l’une et l’autre. Sur Toute Latitude, l’écriture est conditionnée par une boîte à rythme berlinoise des années 80 donnant à l’album une dimension électronique, minimaliste et anguleuse. Rencontre.

Ces sonorités électroniques sont-elles une manière de renouer avec vos premières amours musicales ?
Je souhaitais renouer avec la production en studio afin d’utiliser chaque son obtenu, potentiellement, comme un son à dénaturer. Un titre sublime : Les deux côtés d’une ombre dont le sens reste diffus. L’ombre que vous reconnaissez en vous éveillant, est-ce vous ? Je ne sais pas, mais si jamais elle a un sens particulier, elle parle peut-être de ce don d’opacité qu’on a tous. Le besoin du secret, le refus de la transparence totale dans un monde qui soit vivable. Ça fait partie des chansons les plus obscures et je n’ai pas spécialement envie de l’interpréter parce que je suis moi-même, un peu parfois, ébahi par ce qu’elle raconte. J’ai l’impression que c’est comme une espèce de déambulation un peu cauchemardesque, avec cette quête, justement, d’une ombre qui pourrait être enveloppante, englobante et qui permet d’échapper à un soleil de midi trop parlant, trop perçant.

C’est particulier de se laisser dépasser par sa propre chanson.
J’adore ça ! Cette chanson est remplie de métaphores, c’est un réel garde-fou. Mais avec le temps, j’ai besoin de renouer avec la réalité. J’ai besoin de quelque chose de plus terrien, de moins aérien, en tout cas dans le texte. Cela se manifeste par des propos moins diffus, c’est pourquoi le reste des chansons a un sens plus circonscrit.

Autre titre marquant sur le disque, La mort d’un oiseau. On ne peut s’empêcher de penser au Courage des oiseaux. Le courage n’aura pas suffi, fallait-il qu’ils succombent ?
Avec La mort d’un oiseau, je raconte une histoire qui m’est arrivée : j’ai recueilli cet oiseau et je raconte les effets que cela a produit sur moi. La chanson a déboulé en pleine nuit, c’est quelque chose que je n’avais pas l’habitude de faire. Mais il ne fallait pas que j’en finisse avec Le courage des oiseaux qui est une chanson emblématique pour moi.

© Olivier Roller

Par moment, vous renforcez ce phrasé mi-chanté mi-récité. Est-ce votre manière de coller à des rythmiques électroniques syncopées ?
Il fallait trouver sa place vocale. Je ne considère pas que c’est un album dans lequel la voix a un rôle primordial. Elle s’est adaptée à ce que la musique dictait : elle se fond à l’univers sonore. J’étais très attiré par des textes parlés, c’est devenu une évidence pour certaines chansons comme pour Corps de ferme à l’abandon. Il y a un disque d’accompagnement sur les éditions limitées où il y a 8 morceaux musicaux enregistrés à la maison avec des textes parlés.

De manière générale, Toute Latitude revêt sa dimension mélancolique, avec une lumière présente mais assez diffuse. Quand on pense que le disque suivant se nomme La fragilité, on appréhende un peu…
[Rires] Le prochain est plus lumineux, rassurez-vous ! Il est plus ouvert et est proche d’Eléor en fait. Les chansons sont plus classiques, les sons, très acoustiques. Les musiques ont été enregistrées chez moi sur un petit huit pistes numérique et on les a passées ensuite en studio pour leur donner de l’ampleur. Le son reste doux et privilégie la mélodie. Le chant est plus important et la place donnée à l’interprétation est plus forte.

Dans cette dualité proposée par deux albums, il y a quelque chose de l’ordre d’un cheminement personnel à la fois douloureux et lumineux. L’idée d’effacement de soi pour mieux se recentrer voire se décentrer nous semble assez universelle ces temps-ci, ressentez-vous ce mouvement ?
Oui, en tout cas aujourd’hui, ça imprègne l’écriture. Je sens une volonté d’engagement de la part des gens, une volonté de participer à des actions. Finalement, la déperdition de confiance envers le politique se traduit de façon positive en réinvestissant différemment le champ de l’engagement. J’accepte que ce que je fais musicalement s’en fasse l’écho et j’encourage même mes chansons à prendre ce chemin-là.

 

DOMINIQUE A, concert le 31 mai à La Laiterie, à Strasbourg

Le 20 juin à L’Autre Canal, à Nancy

 

Par Lisa Grimaud et Cécile Becker – Photos : Olivier Roller

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie Concert, CULTURE, LORRAINE, Rencontre

Ajouter un commentaire