Elitchka : une histoire d’édition

par Sylvie Kromer

par Sylvie Kromer

Délicates et poétiques, les éditions Elitchka comptent bien bousculer le paysage éditorial alsacien en promouvant des créations bulgares dans des ouvrages de jeunesse à consommer sans limitation d’âge. Leur première publication, Une Histoire de dragons nous embarque dans une aventure fantastique à dos de reptiles cracheurs de feu.

 Comme le marmot qui à coups d’épaule tente de se frayer un chemin à travers la haie de jambes adultes pour découvrir le spectacle qu’on lui cache, la littérature de jeunesse joue des coudes et s’installe doucement mais sûrement dans les salons du livre. Que les évènements liés au livre lui soient intégralement dédiés ou non, l’espace dédié à la littérature de jeunesse gagne de plus en plus de terrain au sein des salons et des foires. Albums d’images, cartonnés, pop-ups et autres fleurissent en toute saison, mais c’est avec le printemps – comme par hasard – qu’on a découvert cette belle plante : les éditions Elitchka. En tant que lecteur, c’est toujours avec un grand plaisir que l’on assiste aux premiers pas d’une nouvelle maison d’édition, car c’est une promesse silencieuse, l’air de rien, d’ô combien de douces heures de lecture inédite. Fondées et menées par Elitza Dimitrova, les éditions veulent pour leur coup d’essai un coup de maître ; dans notre bibliothèque, Une Histoire de dragons se range illico presto au rayon des délicieux contes venus d’ailleurs. Et la destination pour laquelle le lecteur s’embarque à dos de créature fantastique n’est autre que la Bulgarie, terre d’origine de la jeune éditrice. Le conte est signé Edvin Sugarev, figure politique et critique essayiste bulgare qu’on ne connaissait pas conteur pour la simple et bonne raison que ses histoires, offertes à ses enfants le soir avant de dormir, n’ont jusqu’à aujourd’hui jamais été publiées.

Pour cette collection naissante d’albums de jeunesse, la jeune éditrice se lance un défi bien particulier. Car convaincre les parents des bienfaits de la désobéissance de leur progéniture, on s’en doute, n’est pas chose aisée. Être accompagnée dans sa croisade par un dragon à trois têtes bien nourri par les facéties d’un enfant, ça peut aider et aux côtés de l’éditrice-traductrice – en plus de l’imposant gentil monstre – il y a l’illustratrice Sylvie Kromer, qui rend avec justesse et une grande maîtrise toute la poésie que renferment les quarante pages d’Une Histoire de dragons. Un univers visuel à part s’offre à l’œil du lecteur, et on est loin de tomber dans les écueils de l’illustration de jeunesse classique. Le dépaysement du regard vient renforcer celui du texte : si on ne sait pas à quoi ressemble la Bulgarie, l’ouvragenous emmène bien ailleurs.

Dans Une Histoire de dragons, on retrouve les idées chères aux éditions : la force de l’imaginaire, l’émancipation de l’enfant, la liberté de rêver. Le charme opère rapidement, et on aurait bien du mal à dire grâce à qui : l’exotisme du conte bulgare, les illustrations magiques de Sylvie Kromer ou l’entrain pugnace de la jeune éditrice. Certainement à cause de tout ça en même temps, et c’est à cette cohérence que l’on reconnaît des débuts prometteurs. Leur second ouvrage, Une Larme de maman, promet pour le mois de juin un nouveau voyage ; gracieux, délicat et fragile, il se fait cette fois à dos d’hirondelle…

Une Histoire de dragons, ouvrage de Edvin Sugarev illustré par Sylvie Kromer, éditions Elitchka.

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