Emil Nolde, la couleur magnifiée

Emil Nolde, le tourbillon des motifs et des couleurs

Emil Nolde, le tourbillon des motifs et des couleurs

Au sein de expressionnistes allemands, Emil Nolde tient peut-être une place à part, notamment parce qu’il est le plus âgé de sa génération. Né en 1867, il avait entre 13 et 15 ans de plus que les autres membres de Die Brücke, le groupe pionnier fondé en 1905 à Dresde par Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Fritz Bleyl et Karl Schmidt-Rottluff. Sa singularité vient également du fait qu’il s’est d’abord consacré à la sculpture et n’a commencé à peindre que tardivement, après avoir découvert les œuvres de Vincent van Gogh et Paul Gauguin à l’occasion d’expositions à Berlin et à Weimar. Il se distingue enfin à la fois par les thématiques qu’il développe, très éloignées des considérations urbaines de ses compagnons, le paysage et la nature, et par une approche de la couleur qui le conduit à systématiser l’emploi de tons purs, très marqués, lesquels se détachent de la toile avec une matérialité parfois saisissante.

Le titre de l’exposition que lui consacre le musée Frieder Burda, à Baden Baden, est à ce titre révélateur : La splendeur des couleurs. On y découvre le cheminement particulier d’un peintre, ami de Paul Klee et Edvard Munch, qui s’approprie son matériau pur, avant de laisser exploser toute sa créativité : du magnifique Meersstimmung à la quiétude infinie on passe en peu de temps aux expériences formelles très chargées des débuts de Die Brücke, avec des tentatives colorées à la limite de l’abstraction.

L’exposition s’attache aux Images non peintes de la période marquée par l’interdiction de peindre de 1938 à la fin de la Seconde Guerre mondiale de celui qui avait adhéré un temps au parti national-socialiste danois. Si les tableaux nous étaient familiers pour certains, on découvre au dernier niveau de l’exposition (à parcours de haut en bas), un certain nombre d’aquarelles bouleversantes d’émotion qui situent Emil Nolde comme l’un des plus grands aquarellistes du XXe : les fleurs, les paysages et même les portraits manifestent chez lui un juste équilibre en explosivité colorée et maîtrise de la composition. Il faut s’attacher aux sublimes Hohe See, Hochgebirge ou Meer mit Gewittehimmel qui rappellent par certains aspects la mystique de la couleur initiée par les membres de l’autre grand groupe expressionniste, le Blaue Reiter et des artistes comme Vassili Kandinsky et surtout Franz Marc. Dans sa version apaisée, presque domestiquée, la spiritualité n’est plus ni intellectualisée ni théorisée, elle est là, présente, de manière sensible et mesurée.

Jusqu’au 13 octobre, au Musée Frieder Burda à Baden Baden
www.museum-frieder-burda.de
Catalogue disponible sur place en allemand et en anglais.

Retrouvez notre dossier exposition La forme & au-delà dans toutes nos éditions papier de Zut !, Zut Strasbourg, Zut Lorraine et Zut Haut-Rhin.

Emil Nolde, Tropensonne, 1914, Ölfarben auf Leinwand 71 x 104,5 cm

Emil Nolde, Tropensonne, 1914, Ölfarben auf Leinwand, 71 x 104,5 cm

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Exposition, Peinture

Ajouter un commentaire