Lust for life

©Mirco Taliercio

Erika Stucky, diva suisse barock’n’roll, aime les mélanges périlleux. Papito, son dernier challenge, mêle avec classe jazz vocal et musique ancienne. Elle sera en tournée cette hiver dans tout l’Oberrhein et notamment ce week-end à Karlsruhe.


Dans la petite dizaine d’albums qui relie, de ses reprises sulfatées, Bubbles And Bones (2001) à aujourd’hui, manquerait ce titre de l’Iguane. Lust For Life pourrait résumer en trois mots le petit établi d’Erika Stucky, sur lequel la chanteuse façonne son iconoclasterie musicale. S’y mêlent reprises hendrixiennes sous helium, jazz vocal pointu et puissant, « tas de cuivres » jouisseur, culture arachno-comics, Yodel cristallin ou encore saillies rock sous cortisone. En bref, une auberge espagnole construite dans le Haut-Valais, un petit cabaret suisse qui professe à l’envie son désir pour la Vie. S’il prend ses aises avec la cartographie des possibles, ce désir affiche pour-tant une grande cohérence. « Ça vient sans doute d’un seul « trick » : ne triche pas avec tes émotions, essaie de rester honnête. Et fais confiance à tes musiciens. »

Des musiciens, il y en a eu. Être née à San Francisco dans les années 60 vous file une bonne paire de références en poche : Donovan, Nancy Sinatra, les protest songs nasales de Dylan. Références qu’elle greffera, ado, dans la Suisse d’Oberwallis. Un choc ? « Il s’agirait davantage d’un aftershock. Quand tu es gosse, tu acceptes facilement ce qui t’arrive. Gosh ! C’était un sacré trajet. Du Flower Power de San Francisco jusqu’à Heidiland… »

Des musiciens, il y en aura. Certains passent, d’autres jouent les fidèles. Que ce soit ce tas de cuivres, Da Blechhauf ’n, pour la relecture récente du conte folk autrichien Wally und die sieben Geier. Que ce soit Lucas Niggli vu avec Erika défiant Marvel, en Spidergirl waitsienne, en 2016 dans la saison Jazzdor à Strasbourg. Que ce soit encore Terry Edwards, sax diagonal, échappé volontaire des Tindersticks ou du staff de PJ Harvey. Qu’en sera-t-il des musiciens du nou- veau projet de Stucky, Papito ? Andreas Scholl, FM Heinheit et la Cetra Barockorchester Basel n’ont sans doute pas fait le déplacement pour un simple featuring.

Oh, Andreas Scholl ? Oui, tout à fait ! Un des plus fins contre-ténors baroques actuels dans les filets de Dame Stucky ! « Les musiciens baroques sont les fous de la musique classique. Ils ont une liberté telle qu’il est très fun de travailler avec eux. Ils savent lire et interpréter les vieilles partitions – en cela ils sont vraiment très proches de nous autres, jazzmen. » Une fois encore, c’est un fil naturel qui est tiré : « Scholl ? C’est un pistol ! J’adore travailler avec cette piece of man. C’est un grand bonhomme, très talentueux. Nous nous sommes rencontrés au cours d’une émission de radio et nous avons tout de suite eu l’envie de bosser ensemble. »

L’envie de se baigner dans un étang plus grand et plus large a peut-être été soufflée par son compagnonnage au long cours avec George Gruntz, mais l’idée de l’orchestre baroque vient de Knut Jensen, le producteur de Stucky. « Ce n’est pas un mix de répertoires. Certains morceaux sont extraits de l’American Songbook ou encore des morceaux préférés de mon père. » Voilà donc le Papito qui donne son nom au projet. « Ces morceaux ont sauté dans ma barque. Ils y sont restés. Le truc avec Stucky, c’est que tu ne sais jamais ce que tu vas avoir en écoutant mais ce sera assurément un show stucky. » Papito, créé en août dernier à La Grange de Cernier (CH) sera à la Gare du Nord de Bâle avant une tournée suisse et allemande.

Ce show intime concilie émotions âpres et chant intimes en dansant, toujours, sur le fil de l’humour.« Cela arrive de soi- même. Ne pas chercher à faire le malin. Ça sonne facile, non ? Je bosse encore là-dessus… J’y parviendrai vraiment à 80 ans. Donne-moi encore un peu de temps. »

ERIKA STUCKY, concert à la Tollhaus de Karlruhe
06.01.2018

 

Par Guillaume Malvoisin – Photo: Mirco Taliercio

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie Concert, CULTURE, Musique, Rencontre, spectacle

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