Hélène de Beauvoir : petite sœur

Sans titre, 1956 Huile sur toile Collection privée 73 x 91 cm ©Ch. KEMPF

Une grande rétrospective au Musée Würth révèle l’œuvre d’Hélène de Beauvoir, la sœur de Simone. Une exposition à découvrir jusqu’au 9 septembre.

Pour ceux qui l’ont bien connue, Hélène de Beauvoir était une personne tout à fait avenante. La première fois qu’on croisait ce petit de bout de femme, chez elle, à Goxwiller, la maison qu’elle avait achetée dans les années 60 avec son mari qui travaillait à Strasbourg, elle vous donnait le sentiment de vous connaître depuis toujours. Conversant aisément, elle échangeait avec vous sur des thèmes qui lui étaient chers : l’art bien sûr, mais aussi l’évolution de la société toute entière. Son engagement n’était pas chose feinte : le féminisme et la cause environnementale faisaient partie des combats de sa vie. Femme libre, elle l’a été, consacrant sa vie à ce qui avait sans doute le plus de sens pour elle : la peinture, toujours la peinture et encore la peinture.

Sans titre, 1958 Huile sur toile Collection privée 89 x 115,5 cm © Ch. KEMPF

À parcourir les œuvres réunies dans le cadre de cette vaste rétrospective, on s’attache plus spontanément à ces tableaux des années 50, à l’époque où résidant à Milan, elle partait à la rencontre de ces femmes et hommes au travail, sous le soleil, dans des paysages à perte de vue. La maîtrise d’une approche post-cubiste, pas si éloignée de Sonia Delaunay, avec ce fil ténu qui la retenait du côté de la figuration. Toutefois, elle explorait alors des formes colorées enthousiastes qui n’en disaient pas moins sa préoccupation face à une forme de servitude. L’approche plastique semble encore plus accomplie dans sa représentation de skieurs à Courchevel. Une silhouette ici, un clocher là, ou encore un sapin, se fondent dans l’immensité de la nature blanchie par la neige. La nature comme ultime refuge pour cette amoureuse des grands espaces.

À la fin des années 60, la préoccupation devient grandissante à l’occasion de la répression du Joli mois de mai. La politique a repris ses droits. Les tableaux s’obscurcissent d’une présence policière menaçante, même si des formes de prismes colorées suffisent à ouvrir une porte vers cet idéal auquel Hélène n’a jamais cessé d’aspirer. Les premiers drippings apparaissent, comme des coulures plus ou moins aléatoires, parmi les collages d’un tableau comme Paris, Mai 1968. Elle vit les événements à distance – à Strasbourg, le mouvement est largement suivi –, mais elle les documente à sa manière, comme la merveilleuse illustratrice qu’elle n’a jamais cessé d’être, de manière précise graphiquement. Le dessin se mêle à la peinture avec des effets mi réalistes mi oniriques qui ne la quitteront plus désormais. Alors, on nous explique que le grand œuvre suit au début des années 70 dans une série de tableaux qui dénonce l’oppression des femmes. Sans déni aucun, on se fait la réflexion que la posture semble surjouée pour aboutir à quelque chose de probant alors que le message passe tellement mieux quand il se fond à son univers propre, de manière enchanteresse, à la limite du surréel, comme c’est le cas au cours de sa dernière période dans les années 80 et 90.

Hélène de Beauvoir nous manque depuis sa disparition en 2001. L’histoire a voulu qu’elle ait manqué certains de ses rendez-vous avec une vraie reconnaissance publique. La belle exposition au Musée Würth lui rend l’hommage qu’elle méritait. Et lui restitue la place qui est la sienne.

HÉLÈNE DE BEAUVOIR, exposition jusqu’au 9 septembre
Musée Würth, à Erstein

 

Sans titre, sans date Gravure sur papier Japon signée Hélène de Beauvoir, épreuve d’artiste n°1/542 x 30cm ©Ch. KEMPF

Par Emmanuel Abela

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie CULTURE, Exposition, Peinture

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