Le retable : rencontre prémonitoire

The birth of Robin Hood

Tom Poelmans, The Birth of Robin Hood (2014)

Indifférence ou inspiration ? Religieux ou laïque ? Conceptuel ou matériel ? La galerie d’art Jean François Kaiser nous invite à explorer les rapports ambigus qu’entretiennent le retable, quel que soit sa composition, et l’art actuel. Cette exposition présente une bonne douzaine d’exposants, nombreux sont ceux qui se sont concentrés sur le retable sous la forme du diptyque, triptyque ou du polyptyque.

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Robert Cahen, Retable du XXIe siècle – Tombe 3x (2016)

Dès ses premiers pas, le visiteur se retrouve face à l’installation vidéo de Robert Cahen, un triptyque du XXIe siècle, Tombe (2016), qui ouvre l’espace d’exposition avec un bleu océan. Comme le manifeste le titre, plusieurs objets entrant dans le champ visuel se déplacent lentement et tombent de haut en bas. Il reprend deux de ses installations Tombe avec les mots et Tombe avec les objets.

Le pionnier de l’art vidéo incite le spectateur à rencontrer le retable : « J’ai voulu préserver l’idée des panneaux du retable avec une certaine déclinaison qui permet d’aspirer les gens vers la lecture, la lecture de mon art ». Une rencontre qui forge le sens, tout comme Cahen survole les siècles et les cultures à travers ses œuvres. « Je ne peux m’empêcher de me tourner vers d’autres cultures – j’ai appris des choses en Chine que je n’aurais certainement pas pu acquérir en Italie ou dans d’autres pays européens, surtout que l’évolution de la technologie est très élevée dans ce pays. J’y ai vécu ce grand étonnement dans lequel la vidéo manipulait l’image, tout a été bouleversé. Si je devais exposer toutes mes œuvres, il me faudrait un château, ce qui est injouable. La vidéo m’a permis de trouver du mouvement dans la fixité, la technologie me l’a permis ». Le mariage de l’art et des techniques électroniques et numériques semblent lui tenir très à cœur. Dans son œuvre se répondent le réel et le virtuel, l’art et la science, les espaces interactifs et leurs usagers humains. À travers le digital, on assiste à un changement de place, de directions, comme si on se déshabituait des lectures habituelles.

Joseph Bey

Joseph Bey, Obscur chemin dans les confins (2015)

D’après Cahen, aucune connotation du sacré n’est néanmoins cultivée dans son travail contrairement à Joseph Bey dans Obscur chemin dans les confins (2015), un retable polyptyque, muni d’une prédelle. Il l’avoue : « Le sacré me semble être un des piliers majeurs de la vie, un peu comme si l’obscur chemin de la vie se dévoile en une magie angélique et je me demande d’ailleurs si une vie sans sacré vaut la peine d’être vécue ». Bey s’établit dans un patrimoine religieux et contemporain en cherchant une  correspondance harmonieuse entre des éléments issus de la terre et la superficialité de l’art. Il ne peut faire l’économie de termes aux résonances religieuses puisqu’ils sont les caractéristiques même de son retable. La simplicité de la couleur creuse avec lenteur des sillons dans le regard du visiteur et incite à la contemplation. II estime le volume et la matière plus importante que la technique et le concept, et donc une matérialisation de la matière noire – sa peinture en est d’ailleurs la preuve ! L’artiste sera présent à la galerie Jean-François Kaiser du 4 au 27 février avec Traversée Céleste.

Aurélie de Heinzelin contourne le thème pour dire le sujet même de l’art. « Je n’avais que 4-5 semaines pour répondre à la commande d’un galeriste et produire un retable, ce qui était peu pour un tableau en plusieurs parties et plutôt un sacré défi. Ayant un délai très court, j’ai choisi un sujet qui m’étais apparu en rêve la veille de la commande et que j’avais sous la main ». Son retable Rêve du 20 novembre 2015 (fermé) et Personnages en costumes religieux 2016 (ouvert) offre au spectateur deux scènes différentes selon sa position ouverte ou fermée obtenue en repliant vers l’intérieur les panneaux situés à ses extrémités. L’artiste éprouve la nécessité de rassembler des fragments qui tissent son histoire. « Un retable peut être tellement de choses à la fois et c’est pour moi un tissage de l’histoire et de la vie confondues qui se font parce que je le veux, en toute conscience. Je vois l’art comme quelque chose qui dit des choses très fortes et très élevées. J’en ai fait ma vocation et lorsque je peins, je me lâche, je dis des choses que je n’aurais pas pu proprement dire de mes mots. C’est comme une volonté de liberté dans la peinture sans tabou ni jugement ».

Painters Paradies

Tom Poelmans, Painter Paradise (2014)

Les techniques et les approches sont diverses comme c’est le cas de Tom Poelmans avec le triptyque The Birth of Robin Hood (2014) et Painter Paradise (2014), deux dessins au stylo à bille sur papier. En observateur attentif lors du vernissage, il confie : « J’attends des spectateurs qu’ils consacrent quelques minutes pour percevoir la profondeur de mon œuvre, qu’ils pensent quelque chose de mon œuvre. Je veux de la multiplication des points de vue, qu’ils y mettent un commentaire virtuel, de la légende ».

L’agencement de Jean François Kaiser permet de croiser de nouveaux aperçus sur un thème revisité.

Retables, Diptyque – Triptyque – Polyptyque (Laure André, Tami Amit, Antoine Bernhart, Joseph Bey, Peter Bond, Robert Cahen , Aurélie de Heinzelin, Thibault Honoré, Laurent Impeduglia, Tom Poelmans, Germain Roesz , Joris Tissot)

Retables, exposition jusqu’au 23 janvier à la galerie Jean-François Kaiser au 6, rue des Charpentiers – 1er étage. 

La galerie est ouverte du mercredi au samedi de 14h à 18h et sur rendez-vous.

Par Nour Mokaddem

Le by Zut alors dans la catégorie Art numérique, CULTURE, Exposition, Peinture, STRASBOURG

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