Festival Extradanse

Du 5 au 19 avril, le festival Extradanse, organisé par Pôle Sud, nous transporte en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe du Sud. Danse, théâtre, concert, rencontres, mêlant poésie et politique, Joëlle Smadja, directire de Pôle Sud, nous parle de 4 spectacles présentés cette année.

Dans son éditorial, la directrice de Pole Sud et programmatrice du festival Joëlle Smadja affirme vouloir « renouer avec le monde tel qu’il nous touche et nous concerne tous ». C’est-à-dire ? « Il y a des situations qu’on observe de l’extérieur, précise-t-elle, comme les guerres. On sait mais on ne se sent pas concernés. C’est important d’entendre la parole de ceux qui vivent cela de l’intérieur. »

Cette édition n’en est pas pour autant thématique ; elle reflète seulement ce qui se joue actuellement sur les scènes françaises et d’ailleurs. La question des migrations est très présente, les artistes d’origine africaine aussi, qui abordent des sujets qui les touchent au plus près. « Les artistes ont toujours été des catalyseurs de ce qui se passe dans le monde », souligne Joëlle Smadja. « Ils se sont toujours emparés de ces sujets, on les a peut-être moins montrés. Pour moi, artistique et politique ont toujours été mêlés, même s’il ne s’agit pas toujours de sujets d’actualité. Aujourd’hui, la question du politique s’introduit dans nos vies de manière très brutale, et on ne peut pas s’arrêter à des questions esthétiques. » Et de préciser néanmoins que ces regards « sont un témoignage mais aussi une extrapolation politique et poétique. »

EXTRADANSE 2018 : teaser from POLE-SUD on Vimeo.

Unwanted, de Dorothée Munyaneza
« Après Samedi détente, où elle témoignait du génocide dans son pays, le Rwanda, Dorothée Munyaneza aborde un sujet rarement traité, compliqué et tabou, celui des enfants nés de viols. Elle a interviewé des femmes et aussi des enfants, et interprète ces voix : elle est traversée par ces mots, ce qui crée une danse. Accompagné par une chanteuse, qui apporte un contrepoint, elle propose un concert-récital parlé-dansé très surprenant dans la forme. On y entend des choses glaçantes, et cette façon de traiter ce sujet complexe est très intéressante : elle a réussi à trouver la bonne distance. »

Déplacement, de Mithkal Alzghair
« Mithkal Alzghair a un rapport direct avec son sujet : c’est son histoire. Il est syrien, en France depuis 2-3 ans, c’est encore un jeune artiste. Il a choisi une forme un peu narrative et une écriture très émotive. La question qu’il pose par rapport à l’exil est celle du corps, fragile car il ne sait plus où il est. Dans la première partie, il est seul en scène, donc exposé. Il avance, recule, ne sait pas où se poser. Comment trouver son identité, sa place ? Pour la 2e partie il est rejoint par deux autres danseurs ; avec un mélange de danses, il aborde vraiment la question du déplacement.»

Still in Paradise, de Yan Duyvendack & Omar Ghayatt
« Je voulait un contrepoint blanc, pour voir comment l’Occident regarde l’Orient. Yan Duyvendack fait partie des artistes iconoclastes, il est toujours très impliqué dans ses projets, qui s’intéressent aux mécanismes démocratiques au sens large, au pouvoir. Avec Still in Paradise, il reprend avec Omar Ghayatt leur spectacle Made in Paradise, 10 ans après, et requestionne les rapports entre Orient et Occident. La société a changé, la question de l’Islam plus prégnante aujourd’hui, il y est aussi beaucoup question de migration. Le dispositif reste le même : le public a la possibilité de choisir les séquences, et s’aperçoit assez vite que c’est une fausse démocratie. Ce spectacle pose beaucoup de questions, et on se rend compte que le point de vue qui nous rassure n’est pas celui qu’on croit… »

Kalakuta Republik, de Serge Aimé Coulibaly
« Serge Aimé Coulibaly a toujours travaillé sur les héros. Pour lui, l’Afrique est capable de générer des figures extraordinaires, elle doit apprendre à regarder son histoire. Ici, il montre Fela dans tout ce qu’il a d’ambigu : l’inventeur de l’afrobeat (la pièce commence d’ailleurs par un set de 40 min. de musique de Fela), le candidat aux élections, le fondateur du mouvement Kalakuta, cette société idéale et république indépendante dans la banlieue de Lagos, mais aussi son côté obscur. La fin de la pièce réengage néanmoins sur de l’espoir pour l’avenir. »

Du désir d’horizons, de Salia Sanou
« Ici, on est dans un camp de migrants, que Salia Sanou a connu. Il ne traite pas le pourquoi mais le comment ils vivent. C’est très frontal, très visuel, très dessiné, et c’est une pièce très douce, sur la façon dont l’humanité, quelle que soit la situation, reconstitue un moyen de se soigner par le collectif. »

Festival Extradanse
du 5 au 19 avril à Strasbourg
Le programme complet

Par Sylvia Dubost – Photo ©Christophe Raynaud de Lage

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie CULTURE, Danse, Festival

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