Fernand Léger : fragments de modernité

Fasciné par les arts, la technique, l’architecture, Fernand Léger pratique un art total, libre et transdisciplinaire. Les deux expositions, Fernand Léger : le Beau est partout au Centre Pompidou-Metz, et Le Corbusier et Léger, Visions polychromes à la Cité radieuse de Briey, dévoilent toutes les nuances d’une œuvre connectée à son époque.

Fernand Léger : le Beau est partout | Centre Pompidou-Metz

La peinture de Fernand Léger témoigne de la sensibilité de son auteur pour une époque en mouvement permanent, où les sources d’inspiration les plus diverses donnent naissance à un nouveau langage. Portfolio.

La Noce (1911-12)

Léger inaugure sa propre version du cubisme, en marge de Braque et de Picasso, avec cette œuvre-manifeste qui reçut un accueil hostile de la critique lors de sa présentation au Salon des indépendants de 1912. On y entrevoit le dynamisme, l’interpénétration des formes humaines et urbaines que le peintre développera dans les années à venir.

Collection Centre Pompidou © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris, 2017

Les Disques dans la ville (1920)

Point d’orgue de sa période mécanique, cette toile réunit diverses préoccupations de Léger, fasciné par l’effervescence du Paris des années 1910. Les formes circulaires évoquent des rouages mécaniques ou la pellicule du cinéma, on retrouve des lettrages tels qu’ils parsèment les murs de la ville en signalétiques et publicités et d’autres éléments recréant un instantané de la vie urbaine.

Collection Centre Pompidou © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacques Faujour/Dist. RMN-GP © Adagp, Paris, 2017

Les Grands Plongeurs noirs (1944)

Léger fera davantage entrer les corps dans sa peinture avec des réalisations inspirées par le monde du ballet et du cirque, dont il est friand. Ces plongeurs affranchis de la gravité, imbriqués, colorés, rappelant des acrobates, constituent des figures récurrentes d’une partie de son œuvre. « Je suis en bagarre avec le corps humain et la couleur pure », confiera-t-il à Le Corbusier depuis son exil new-yorkais, au début des années 40.

Collection Centre Pompidou © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacques Faujour/Dist. RMN-GP © Adagp, Paris, 2016

Les Constructeurs (état définitif) (1950)

Les Constructeurs témoigne de l’engagement politique de Léger, qui souhaite donner à l’art une fonction sociale. Les ouvriers, héros de la reconstruction d’après-guerre, apparaissent dans un tableau complexe parsemé de grands aplats de couleurs. Une toile emblématique qui constitue un condensé de toute son œuvre.

Biot, musée national Fernand Léger Photo © RMN-Grand Palais (musée Fernand Léger) / Gérard Blot © ADAGP, Paris, 2017

EXPO
Fernand Léger, le Beau est partout
> 30.10
Centre Pompidou-Metz

Le Corbusier et Léger : Visions polychromes | Cité radieuse de Briey

Le Centre Pompidou-Metz et l’association Première rue exposent les échanges entre deux esprits entretenant une vision commune, qui ont fait de la couleur un idéal esthétique et politique.

Trois lieux étaient envisagés par les équipes du Centre Pompidou-Metz pour l’organisation d’un événement décentralisé autour de leur exposition Fernand Léger : le Beau est partout : entre le haut-fourneau U4 à Uckange et Bataville, près de Moussey, deux sites industriels reconvertis en structures culturelles, et la Cité radieuse de Briey, l’une des cinq Unités d’habitation imaginées par Le Corbusier, c’est cette dernière qui l’a emporté. La relation privilégiée entre les deux hommes et l’intérêt de Léger pour l’architecture, qui appelait de ses vœux une « entente à trois entre le mur, le peintre et l’architecte », aura finalement convaincu la structure messine d’investir ce bâtiment qui symbolise des valeurs artistiques et sociétales partagées. Ainsi, la couleur, « indispensable à la vie » selon le peintre, et que l’architecte introduit dans les « rues » et sur la façade de la Cité radieuse, constitue l’angle privilégié de l’exposition. « Les deux hommes menaient une recherche et entretenaient des idées humanistes et politiques très proches, expliquent Anne Horvath et Elia Biezunski, commissaires d’exposition de Le Corbusier et Léger : Visions polychromes. Pour Léger, la peinture de chevalet est bourgeoise et élitiste, alors que la peinture murale est à portée de tous. Le Corbusier entretenait le même idéal concernant l’habitat collectif. Ils étaient en outre tous deux convaincus de la nécessité de l’interdisciplinarité des arts. »

 

 

Achevée en 1961, la Cité Radieuse de Briey connaîtra des vagues de départs successives dès la fin de la décennie. Fermé entre 1983 et 1987, le bâtiment frôlera la démolition avant que la Ville de Briey, avec le soutien de l’État, parvienne à sauver le bâtiment aujourd’hui entièrement habité sous la forme d’une copropriété. L’association Première rue est créée à ce moment : elle a pour rôle la valorisation de la Cité radieuse par l’organisation d’événements culturels et de visites guidées, notamment d’un appartement témoin et de la « première rue », son premier étage, entièrement préservés. Elle loue également deux appartements à la compagnie messine Osmosis ; plusieurs artistes et graphistes sont installés dans les logements. « Le Corbusier a créé toutes les conditions pour que les gens se croisent, explique Véronique Léonard, responsable de l’association Première rue. Les échanges, le lien social entre habitants… c’est aussi l’esprit Le Corbusier qui a été préservé ici. » Comme le rappellent Anne Horvath et Elia Biezunski, « le bâtiment est une œuvre en lui-même ». On visite la première rue, son alignement de portes colorées soulignées par les lumières qui les surplombent. Les appartements d’origine, des duplex qui s’imbriquent les uns dans les autres, offrent de grandes surfaces vitrées et des balcons au mur coloré qui donnent à la façade son allure de patchwork.

 

Installée dans la Galerie blanche, logement transformé en espace d’exposition, Visions polychromes rend compte des multiples échanges, correspondances et références à la pensée de l’un et de l’autre que Léger et Le Corbusier entretiendront tout au long de leur vie. Organisée de manière chronologique, l’exposition rassemble documents, lettres, dessins, plans, extraits d’émissions radiophoniques qui témoignent d’une influence partagée et mutuelle autour de la polychromie. On débute par les années 1920, la rencontre, la collaboration dans la Revue de l’Esprit Nouveau, leur enthousiasme pour le collectif d’architectes néerlandais De Stijl, qui annoncent une ère de « peinture en liberté ». Léger veut « briser » le mur, ou du moins rendre l’espace « élastique » par la couleur, Le Corbusier invoque son utilisation en blocs monochromes pour insuffler vie et émotion à l’habitat. Malgré cette concordance de vues, la plupart de leurs projets communs seront avortés. « La richesse de leurs échanges a compensé cette succession de rendez-vous ratés, dont subsistent des traces, indiquent Anne Horvath et Elia Biezunski. Les archives exposées sont très diverses, souvent méconnues, et possèdent leur esthétique propre. » Leurs interventions successives sur la villa de Jean Badovici à Vézelay, les fresques de Léger pour le Pavillon de l’Esprit Nouveau de Le Corbusier sont au nombre de leurs rares collaborations.

Léger imaginera un village et un hôpital polychromes, une fresque murale monumentale pour un projet de l’architecte Paul Nelson ; Le Corbusier créera des Cités radieuses, l’usine Claude et Duval de Saint-Dié-des-Vosges, aux intérieurs colorés… des idées au service d’un idéalisme qui vire parfois à l’utopie, où la couleur a un effet curatif voire spirituel. Autant de manifestes, achevés ou inaboutis, que l’on retrouve au cœur de la Cité Radieuse de Briey, cadre idéal pour la pensée de deux avant-gardistes.

EXPO
Le Corbusier et Léger : Visions polychromes
> 24.09
Cité Radieuse Le Corbusier | Briey-en-forêt
www.centrepompidou-metz.fr
www.lapremiererue.fr

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