L’Eve future

« Et les chiens m’offensant de leurs poils offerts, lèchant lentement et laissant leur salive sur les arbres qui me rendent folle. » – Alejandra Pizarnik –

En 1963, André Pieyre de Mandiargues se voit décerner le Prix Goncourt pour son livre La Motocyclette. Bien qu’introuvable aujourd’hui, il demeure un ouvrage d’une sensualité et d’une tension rare; un superbe moment de littérature.

L’histoire est cependant très simple, Rebecca, part un matin, au guidon de sa motocyclette, retrouver son amant…C’est chemin faisant qu’elle se remémore leur rencontre et les scènes érotiques de leur secrète idylle. Au fil de la route, sensations et paysages présents se mêlent aux souvenirs, et l’on sent le corps de cette femme qui vibre pour l’homme qu’elle désire et qu’elle va retrouver. Sa machine et les décors qu’elle traverse à toute vitesse viennent ainsi s’imprimer à sa mémoire, mais aussi à son imagination; fantasme mécanique, Rebecca, Godiva d’un nouvel air, traverse et est traversée par le sublime.

Loin de la pornographie de foire de Mr. Grey et de ses nuances (si peu nuancées en réalité), Mandiargues célèbre cette année-là, un érotisme résolument moderne et dont on peut imaginer, dix ans plus tard, le prolongement par J. G. Ballard avec Crash!, un érotisme puissant, voire douloureux dans son désir inassouvi de l’autre, mais aussi fécond, car fantasmagorique, ravivant des images enfouies ou dessinant les contours d’un rêve à venir.

C’est en effet ici que se loge la beauté de ce texte, dans cet intime secret qui veut que le plaisir soit moins dans l’acte que dans la lutte, dans l’exercice de la patience, « ce n’est pas le temps, mais l’interminable durée du désir qui sépare la paume de la douce déclivité de ton ventre » (José Angel Valente).

Par Boris Manchot

André Pieyre de Mandiargues, La Motocyclette, 1963, Gallimard, Collection Blanche, 228 pages.

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