Gotye, le “chartbuster”, nous avait déjà écrit !

Son hit est sur toutes les lèvres, il passe en boucle sur la FM, dans les magasins, à la télévision. Bref, Gotye cartonne avec Somebody That I Used to Know en compagnie de la ravissante chanteuse néo-zélandaise Kimbra (ah, ce dos nu dans le clip, mieux que toutes les démarches porcines de nos chanteuses R&B préférées). Ça fait bien un mois qu’il est en tête des ventes sur l’Apple Music Store France, tout comme il est numéro 1 aux USA devant les experts du genre, David Guetta, Rihanna et toute la clique des squatteurs des charts internationaux.

Nous, Gotye, son succès nous étonne, non pas que sa ritournelle pop à la Sting ne nous émeuve pas (c’est plutôt très plaisant), non ça n’est pas ça : c’est qu’on mesure le chemin parcouru en six ans. On se souvient de son premier album, Drawing Like Blood, opportunément réédité dans une version Deluxe et surtout de ses premières tentatives avec le hit single soul Learnalilgivinanlovin (contraction de learn a little, giving and loving) qu’on voyait déjà grand à l’époque, et dont (presque) personne ne voulait.

Et en réfléchissant bien, on s’est souvenu : mais oui, mais oui, Gotye nous avait écrit par mail. On a posté quelques questions comme ça comme on jette une bouteille à la mer, et il nous avait répondu, s’excusant : “sorry that has taken a while” (pardon, ça a pris du temps).

À relire ce mail, on redécouvre cette personnalité étonnamment créative. Il nous rappelait alors l’histoire tragique de ce voisin qui lui avait cédé une collection de 200 vinyles, K7 audio et Mp3 (!) à la disparition de sa femme : l’intégrale d’Elvis, les albums de Ray Parker (“Everything I compose can pretty much be traced back to Ray” / “Tout ce que je compose renvoie quasiment à Ray”) [Ray Parker, compositeur de Ghostbusters, ndlr]. Dans cette masse de sons, il avait puisé des samples tous azimuts, lui l’artiste total, plasticien, vidéaste et amateur de collages en tout genre.

Il nous avait confirmé son amour pour The Police – il pourra difficilement nier les emprunts vocaux à Sting –, et notamment à la figure de Stewart Copeland, le batteur du groupe, sans doute l’un des meilleurs batteurs pop de tous les temps (oui, je sais Keith Moon de The Who, oui Ginger Baker de The Cream et Blind Faith, oui John Bonham de Led Zeppelin je sais je sais…) Quoiqu’il en soit, Gotye aimait chez Stewart sa manière tout à fait inventive d’éprouver la structure rock, d’où un son unique entre musique du monde, pop et reggae : le fameux reggata de blanc. Il nous avouait alors son fantasme de publier un album dans laquelle il engagerait une battle “batterie-samples” avec l’ex-Police. Aujourd’hui, le succès peut lui permettre d’envisager la réalisation de ce fantasme, tout comme il lui permet un retour triomphal en Europe, à lui l’Australien né en Belgique qui se réjouit de relire Robbedoes en Kwabbernoot (Spirou et Fantasio).

Gotye portait un t-shirt de son ami Tim Shiel, musicien électronique et styliste de Melbourne sous le nom de Faux-Pas.

Ci-dessous, une playlist en 10 titres : The Police, The Temptations, Marvin Gaye, James Brown, Peter Gabriel, Phil Collins, Manfred Mann’s Earth Band, Ray Parker, etc.

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique, Rencontre

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