L’homme (im)parfait

Que l’on se réjouisse ou que l’on s’insurge, les faits sont là : le film Les Garçons et Guillaume, à table de Guillaume Gallienne a raflé cinq Césars lors de la fameuse cérémonie de ce vendredi 28 février, rendant hommage au jeu d’acteur et à la qualité de ce film adapté d’une pièce de théâtre, et qui plus est, de la vie du comédien. Non, ce film n’est sans doute pas le film du siècle, mais il est un écrin sensible pour ce sociétaire de la Comédie-Française qui interprète son rôle et celui de sa mère sur une trame dramatique remplie d’humour et de subtilités. Retour sur une rencontre avec le réalisateur-acteur lors de l’avant-première de son film à Strasbourg.

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Guillaume Gallienne au Sofitel de Strasbourg, avant l’avant-première de son film. © Christophe Urbain

Filiforme, léger dans les gestes comme dans le phrasé, tendre dans le regard et débordant de sollicitude, Guillaume Gallienne est, dans son film Les Garçons et Guillaume, à table comme dans sa vie : un être fasciné par les femmes. « Je trouve les femmes prodigieuses, nous dit-il avec pétulance. Cette façon qu’elles ont de tenir la baraque, de tenir leur féminité, quel job ! Aller s’épiler, aller choisir l’accessoire qui va avec tel truc, les pompes qui vont aller avec telle tenue, et le coiffeur et les ongles… Et cette façon qu’elles ont d’encaisser, de parfois ne pas dire. Waow ! » Un rapport magnétique avec la gent féminine, entretenu dès sa plus tendre enfance.
Il les observe, lorgne le moindre de leurs gestes, analyse le timbre de leurs voix, tente d’imiter leur délicatesse, jusqu’à cette scène, essentielle, où il assiste à un goûter entre femmes et comprend ce qui fait leur force. Leur souffle. À cet instant précis, on a la sensation d’assister à la métamorphose de Guillaume Gallienne, garçon féminin et discret, en comédien. Au-delà de la relation fusionnelle avec sa mère – il l’interprète avec brio, en plus de son propre rôle –, qui l’enferme sans cesse dans le cliché de l’homosexuel refoulé, Les Garçons et Guillaume, à table raconte une souffrance qui se transforme en force. La métamorphose d’un imitateur hors pair en comédien virtuose. Une évidence qui lui est apparue tardivement, lors des dernières représentations du spectacle qui a inspiré le film : « Lorsqu’on a pensé à adapter la pièce au cinéma, je cherchais un fil conducteur. Avec mon metteur en scène, Claude Mathieu et Nicolas Vassiliev, collaborateur artistique, on tournait autour du pot sans jamais réussir à le formuler. Isabelle Adjani est venue me voir en sortant de mon spectacle. Elle ne m’a dit ni bonjour, ni bravo, ni merde, mais : c’est impressionnant à quel point on assiste à la naissance d’un acteur », raconte t-il en imitant (tiens, tiens !) l’actrice. « Tout d’un coup, elle formulait exactement ce qu’on cherchait. C’est drôle parce qu’en général, on ne veut pas savoir comment on devient acteur, ou bien, on le banalise. »

Un basculement du théâtre vers le cinéma, « du théâtre à la réalité ». Le jeune Guillaume Gallienne a repris le contrôle de sa vie grâce à la comédie. Inévitablement, alors, le film inclut des scènes de théâtre. Une manière de faire des transitions, « dramaturgiquement », mais peut-être aussi de faire le lien entre le théâtre et sa nouvelle lubie. Le sociétaire de la Comédie-Française confie : « Parfois, quand j’étais sur scène, j’entendais des rires et je me disais : si seulement le spectateur savait par quoi je passe en ce moment… Il y a des moments de découragement terribles. Le théâtre m’enfermait dans une habileté, une précision qui me pesait. La performance prenait trop le dessus. Au théâtre, il ne faut jamais dire ce qu’on ressent, ce qu’on peut faire au cinéma. » Il se permet alors de raconter sa vie, sa famille, de se raconter lui-même avec une distance fascinante et un humour subtil. Subtil, comme sa mère « qui n’est pas tendre physiquement, mais qui fait tout passer par le verbe ». Un personnage aristocrate, mais léger. Les Garçons et Guillaume, à table est un film de contrastes. Entre l’homme et la femme, la brusquerie et la douceur, le caché et le révélé, et colle à la personnalité de cet homme, constamment entre retenue et abandon. « Never Explain, Never Complain ». On y entend la ritournelle de la haute bourgeoisie, mais surtout l’honnêteté et la simplicité d’un acteur proche des femmes. L’homme parfait ?

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Par Cécile Becker
Photo Christophe Urbain
Retrouvez cette rencontre dans le Zut ! Strasbourg #20
Le by Cécile Becker dans la catégorie Cinéma, CULTURE, Rencontre, Théâtre

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