Ghost Culture, le sens de l’émulation

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Ghost Culture

Originaire du nord de Londres, James Greenwood aka Ghost Culture a sorti en janvier dernier son premier album, avec Erol Alkan à la production, un Korg mono comme synthé de prédilection et livre une belle invitation à la danse. L’anglais, de tout juste 24 ans nous a accordé un entretien quelques minutes avant son concert aux Rotondes (Luxembourg) à la fin de l’été…

Votre musique et l’image qui y est associée est souvent qualifiée de mystérieuse. Pour moi, elle est surtout une invitation à la danse et au corps, est-ce quelque chose que vous recherchez ?
Je voulais vraiment produire quelque chose d’inspiré par la musique club que j’adore. Je voulais que mes sons provoquent ces sentiments que je ressentais dans ces clubs que je fréquentais quand j’avais 17 ans… Quand j’écrivais l’album, je pensais beaucoup à la retranscription des arrangements. Mais je ne serai pas déçu si les gens ne dansent pas, on peut apprécier autrement. Je souhaite juste que les gens vivent une expérience.

Vous n’êtes pas qu’une machine à faire danser, vous savez aussi faire des morceaux plus émotifs, comme dans le morceau Glacier, pouvez-vous en parler ?
Cette chanson évoque le fait de ne pas voir les événements extérieurs, aussi importants qu’ils peuvent être, et de n’être concentrés que sur soi. Au niveau du texte, mon inspiration vient d’un poème de W.H. Auden qui dit « Pourquoi tout ceci arrive ? ». Quelque part, nous sommes tous connectés à ce qui se passe autour de nous… Rien que de penser aux choses qui arrivent, cela nous y lie. Je voyage beaucoup et je réalise que beaucoup de choses arrivent ; si tu restes dans ton cercle trop longtemps, tu ne peux pas te rendre compte de tout cela… Les glaciers qui se brisent sont alors une image.Pourquoi avez-vous choisi ce pseudo, Ghost Culture ?
Je l’ai choisi au début du projet, parce que je ne souhaitais pas que l’on parle de ma personne avant de parler de ma musique. On fait trop souvent l’amalgame et je trouve ça dommage, ça n’aide pas à l’écoute de la musique.Trouve-t-on un concept particulier derrière ?
C’est une métaphore évoquant la superficialité de la musique et des arts en général. Je pense que c’est vers cette culture du superficiel et du profit que l’on risque de finir si l’on n’encourage pas plus les gens à faire de la musique pour eux-mêmes. On est dans un système où vouloir devenir musicien est mal vu et où il faut faire carrière pour vite gagner de l’argent, alors certains vont tout faire pour atteindre le hit pop, même si ça ne les épanouit pas, juste pour l’argent et je trouve cela très limité. Il y a selon moi d’autres options, notamment celle de faire réellement ce qui te plait. J’ai la chance de vivre de ma musique et je n’ai rien à faire d’autre, c’est super !

Comment qualifieriez-vous votre passage du studio au live ?
Je dirais que c’est un show. Je ne fais pas de blague ou de choses comme ça, mais j’espère parvenir à quelque chose de différent et unique, c’est ma propre création, ma musique avec laquelle j’essaie de passer mes émotions. Ce n’est pas seulement pour les amateurs de musiques électroniques, c’est pour les gens qui aiment la musique mais aussi un peu le théâtre… Je travaille de plus en plus l’aspect théâtral de mon show. Je dirais seulement qu’il faut venir et danser si vous appréciez la musique.

Vous travaillez également pour le label Phantasy Sound, comme ingénieur du son ?
Je ne suis pas officiellement ingé son à Phantasy, je ne dirais pas ça… (rires). Disons que par un ami commun, j’ai commencé à travailler avec Daniel Avery, qui m’a ensuite présenté à Richard Fearless de Death in Vegas. J’ai bossé avec lui et quand je pouvais, je composais la musique de Ghost Culture. Richard avait plutôt besoin de quelqu’un qui puisse se concentrer et soit doté de deux oreilles dans la même pièce pour lui donner un avis. C’est ce que je fais depuis que j’ai 17 ans (rires). Donc non, je ne dirais pas officiellement que je suis ingé son…

Quelle est la connexion entre les différents artistes du label ?
C’est comme une famille, on est tous amis [L.A Priest, Connan Mockasin, Erol Alkan, ndlr]. Il n’y a pas de boss effrayant, c’est une chouette situation où chacun s’encourage. On partage un studio à Londres, on fait de la musique, c’est super. Je visualise une sorte d’énergie créative incroyable, une folie qui vous est commune ; seriez-vous d’accord avec cela ? Je vois très bien oui, je pense malgré tout que c’est une coïncidence que nous ayons chacun ce sens de la folie. Dan et Erol sont DJ, ce n’est absolument pas péjoratif mais c’est très différent de quand tu chantes devant des gens et que tu joues un concert. Nous sommes plutôt tous liés par nos affinités ; Dan n’écoute pas que de la techno et je n’écoute pas que Depeche Mode. Nous avons tous besoin des appréciations des autres, nous nous apportons beaucoup. Je crois juste que nous nous reconnaissons quelque part dans ce que font les autres et c’est cela qui nous lie.

Dans le paysage actuel, un label ou un artiste vous aurait-il marqué récemment ?
Pour la musique club, le label allemand Running back est vraiment génial. J’aime beaucoup ce qu’ils font. Sinon, c’est ridicule mais je n’avais jamais entendu parler de Nick Drake avant cette année ! C’est juste brillant, vraiment parfait… C’est magique. Il parvient à faire quelque chose qui se démarque tellement…

Que pourriez-vous nous confier sur le futur de Ghost Culture ?
Ce n’est pas encore fait mais j’adorerais avoir un batteur sur scène. J’en aurai un pour le prochain concert à Londres. Je vais continuer d’écrire et penser à un nouvel album mais si vous me demandez, je peux simplement dire que ce sera chez Phantasy, évidemment. Mais je ne sais pas quand il sortira, personne ne sait… (rires). Je vais aussi travailler avec Dan Avery, et Kelly Lee Owens, c’est une super chanteuse, une sorte de petite Björk. Elle est super…

Propos recueillis par Anthony Gaborit le 21 août, à l’occasion de son concert dans les Rotondes (Luxembourg)

A retrouver en concert à l’iBoat (Bordeaux) le 19 novembre 2015

Photo : Sébastien Cuvelier

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