Janácek, fin de cycle

Le cycle Janácek s’achève à Strasbourg avec une cinquième mise en scène de Robert Carsen : l’œuvre lyrique ultime du compositeur tchèque, De la maison des morts.

20130918 STRASBOURGPour son dernier opéra, Leoš Janáček a choisi d’adapter l’ouvrage de Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts. Composé entre 1927 et 1928 et créé deux ans plus tard à titre posthume, l’opéra De la maison des morts raconte l’éprouvante expérience du bagne. Avec le souci de respecter le texte original et la volonté de s’inscrire dans une démarche primitive sur la base de motifs répétés, avec une vocation primaire et brut, le compositeur lui-même librettiste pour l’occasion, a cherché à révéler l’essence même d’une humanité portée à nue. Laquelle retrouve là sa part d’innocence. La sécheresse du livret est à mettre en rapport avec la dureté des conditions de vie dans le camp : nulle présence féminine, nulle tentative narrative, nul échappatoire possible ; exposé cruellement aux affres de l’enfermement, l’homme est livré à lui-même. Et pourtant, loin de toute complaisance, le sentiment de compassion vient éclairer cette œuvre visionnaire qui anticipe la création des premiers camps en Allemagne, moins de 3 ans après, et au-delà de cela, les tentatives d’une humanité qui tentera désespérément de s’affranchir de la barbarie.

Ce cinquième volet vient clore le cycle consacré à Janáček, après Jenůfa, puis L’Affaire Makropoulos, Kat’a Kabanova, La Petite Renarde rusée – quatre figures féminines, quatre destinées –, que Marc Clémeur a confié à son arrivée au metteur en scène Robert Carsen. Ici point de figure féminine, mais toujours cet amour éperdu pour la voix chez Janáček, qui inscrit son récit une nouvelle fois dans le quotidien – la dramaturgie annonçant la création d’un système qui va plonger l’humanité dans l’abîme – dans ce qu’il présente soit d’insignifiant soit d’exceptionnel. Le metteur en scène nous le disait, il y a de cela quelques mois : « D’un opéra à l’autre, la cohérence de Janáček vient de Janáček lui-même. On ne trouve pas de trace d’aucune sentimentalité chez lui ». Cette sécheresse apparente dans le propos et cette « absence totale de glamour et d’artifice » sont compensées par la puissance d’une musique élégiaque qui s’ancre dans la tradition d’un peuple. En quatre ans, le public alsacien s’est familiarisé avec ce compositeur unique et incomparable et avec une œuvre fortement émotive, « difficile » par certains aspects selon l’aveu de Carsen lui-même, mais à laquelle il restera à jamais attaché. (E.A.)

DE LA MAISON DES MORTS, un opéra de Leoš Janáček mis en scène par Robert Carsen à l’Opéra national du Rhin, les 27 et 29 septembre, les 1er, 3 et 5 octobre, à Strasbourg ; les 18 et 20 octobre à La Filature, à Mulhouse

Photo :  Frédéric Godard
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JEU-CONCOURS !

L’Opéra national du Rhin et Zut ! mettent en jeu 2 x 2 places pour la première de la Saison des morts, le vendredi 27 septembre, à 20 h. Pour cela, répondez vite à la question suivante : de quelle nationalité est Leoš Janáček ?

Envoyez votre réponse, vos noms et prénoms, à contact@chicmedias.com, les 5 premières bonnes réponses remporteront les places.

 

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie Non classé

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