Jean-Claude Brisseau, nu quelque part

Jean-Claude Brisseau, s’il sait filmer l’érotisme, parfois avec violence, revient avec un film vierge de toutes flammes, si ce n’est celles de l’émotion. Avec le très beau La fille de nulle part, on le retrouve, confronté à sa propre image, intimidé par tant d’attentions.

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Jean-Claude Brisseau / Photo : Olivier Roller

C’est avec une certaine fierté que nous pouvons l’affirmer : nous avons assisté à une petite révolution au festival Entrevues de Belfort : celle de Jean-Claude Brisseau. Croisé en 2011, lorsque le festival lui consacrait une rétrospective, il revenait un an plus tard, pour présenter La fille de nulle part projeté en soirée de clôture. « Surpris » du Léopard D’Or du festival de Locarno, quelque chose avait changé.

En un an, son regard passe de la méfiance à la malice ; la froideur, en surface, laisse place à une fragilité assumée. Une renaissance. Un terme approprié puisque Jean-Claude Brisseau réalise La fille de nulle part comme à ses débuts, avec très peu de moyens. Il endosse les rôles de scénariste, producteur, réalisateur et « hélas » celui d’acteur. Il explique : « Virginie, (Legeay, Dora dans le film) qui a été mon élève à la Femis, m’a demandé de faire un film. Je ne devais pas être acteur, mais ma femme et Virginie m’y ont poussé. C’était épuisant car Jean-Claude Brisseau, le scénariste, a écrit des textes souvent trop longs que l’autre Jean-Claude Brisseau, acteur, n’avait pas envie d’apprendre. » Il campe Michel, professeur de mathématiques à la retraite, veuf, écrivant un livre sur les illusions du quotidien. Il recueille une jeune fille, qui vient d’être battue dans sa cage d’escalier, la soigne, l’héberge. À mesure que le film avance, des événements paranormaux ont lieu dans l’appartement, et la relation entre les deux personnages s’affine.

Si l’interprétation est parfois naïve, l’émotion prime sur la technique. Le mystère, traité de manière réaliste, renforce l’humain. Jean-Claude Brisseau se révèle aussi touchant que les liens entre Dora et Michel : « Je me sens tout nu dans ce film. ». Pour la première fois, il écarte l’érotisme, seule cette scène fantastique d’une vingtaine de secondes où Dora est nue sur un autel. Cette image, choisie par la presse pour représenter le film désespère Jean-Claude Brisseau : « On pourrait rejetter ce film, comme on a pu déjà le faire. De toute façon, on a dit tellement bien de ce film que les gens pourraient être déçus. » Après la projection – à laquelle il n’assiste pas : « Je n’ai revu qu’un seul de mes films en 10 ans, il m’arrive d’avoir le trac », nous confie t-il –, pourtant, c’est un franc succès. Public, professionnels, dont Catherine Millet de la revue Artpress, s’empressent de le féliciter. Souvent seul, au milieu de la foule, il balaye les compliments d’une main et détourne le regard. Jean-Claude Brisseau, nous avons compris : heureux d’avoir reconquis le cinéma, vous avez peur à chaque seconde qu’il vous claque sa porte. Plus cette fois.

La fille de nulle part, de Jean-Claude Brisseau, en avant-première et en sa présence le 7 février à 20h15 au Star, 27, rue du Jeu des Enfants à Strasbourg

(Texte extrait du numéro 23 de Novo)

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JEU-CONCOURS !

Les cinémas Star et Zut ! mettent en jeu 10X2 places pour l’avant-première de La fille de nulle part. Pour cela, répondez à la question suivante (facile, si vous avez lu ce petit billet) :

Quel est le prénom du personnage interprété par Jean-Claude Brisseau dans La fille de nulle part  ?

Envoyez votre réponse, vos noms et prénoms, à contact@chicmedias.com (cliquez sur les petits points pour laisser apparaître l’adresse mail), les plus rapides seront servis.

Le by Cécile Becker dans la catégorie Cinéma, CULTURE, STRASBOURG

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