Johanna Tagada, le pouvoir des souvenirs

Épistolaire Imaginaire – Merci, galerie Jean-François Kaiser
 © Juliette Riegel

À l’occasion de son exposition itinérante Épistolaire Imaginaire, qui s’achève à la galerie Jean-François Kaiser à Strasbourg, l’artiste interdisciplinaire Johanna Tagada nous ouvre les portes de son univers aussi vaste que puissant.

Peinture, illustration, photographie, sculpture… À 26 ans à peine, Johanna Tagada est une artiste aux talents multiples qui séduit aux quatre coins du monde. Elle installe aujourd’hui le quatrième chapitre d’Épistolaire Imaginaire, véritable ode à la rêverie et au souvenir, à la galerie Jean-François Kaiser de Strasbourg. Directement inspiré par le travail contemporain de Yoshitomo Nara, dont elle a été l’assistante, Johanna Tagada se souvient de ses premiers sentiments face aux œuvres de l’artiste japonais, « ses peintures m’ont rendue heureuse. Je me suis toujours dis que si un jour je devais faire de la peinture, j’aimerai qu’elles transmettent également un sentiment positif ». Une émotion transposée dans sa série Enfance, qu’elle définit comme un processus purement artistique et récréatif. Des illustrations singulières aux nuances très douces qui, sans équivoque, s’inspirent des coloris des maisons alsaciennes qu’elle a côtoyées durant sa jeunesse.

Enfance, Épistolaire Imaginaire – Merci, galerie Jean-François Kaiser
 © Juliette Riegel

Histoire d’une exposition itinérante

C’est à la galerie Utrecht Now de Tokyo qu’a pris vie わけあうことば (mots à partager), le premier chapitre d’Épistolaire Imaginaire, conçu en quelques mois seulement. Une relation épistolaire, qui se traduit par l’écrit d’un souvenir heureux par le visiteur dans l’un de ses carnets réalisés à la main, pourra repartir avec une lettre manuscrite et unique de l’artiste. Une thématique précieuse pour Johanna Tagada : « Un souvenir, qu’il soit récent ou non, bon ou mauvais, est quelque chose de très puissant. Car tant que l’on a la chance de pouvoir se souvenir, on a le pouvoir de se rendre heureux, c’est une véritable force ! ». Trois ans plus tard, les œuvres de Johanna se sont envolées pour Los Angeles, Londres et aujourd’hui Strasbourg avec à chaque étape, un ajout personnel.

En Amérique, elle réalise ainsi un documentaire intitulé Les Fleures du Japon, un titre dont la coquille – un joli “e” en trop ! – évoque un sentiment de bonheur chez l’artiste. « Mon premier souvenir, était de regarder les fleurs qui m’entouraient lorsque j’étais au Japon, puis, volontairement j’y ai caché un deuxième souvenir avec mon mari qui, lorsqu’il m’écrit des lettres, ajoute toujours ce “e” à la fin du mot. C’est un souvenir dans un souvenir ».

Le Refuge, troisième volet d’Épistolaire Imaginaire, met en avant une nouvelle pièce centrale du travail de Johanna : une sculpture textile réalisée à la main, qui invite le visiteur à prendre quelques minutes pour se détendre et admirer les mots brodés par l’artiste à l’intérieur. Derrière ses voiles de coton, le cocon que Johanna a voulu apaisant et protecteur, a aussi une conviction politique affichée.

Le Refuge par Johanna Tagada, Épistolaire Imaginaire – Merci, galerie Jean-François Kaiser
 © Juliette Riegel

Le rêve de Johanna, après avoir exposé en Asie, en Amérique et en Europe, était de terminer ce cycle de commémoration par sa région natale. C’est donc tout naturellement que cette dernière édition Épistolaire Imaginaire – Merci, se fait à la galerie Jean-François Kaiser, pour clôturer ce voyage chez elle. À Strasbourg, on peut y apercevoir toutes les œuvres importantes des éditions précédentes avec en prime, quelques exclusivités comme le court documentaire, où l’on trouve la grand-mère de Johanna qui déplore la perte de certaines espèces d’oiseaux et d’herbes essentielles à l’élaboration des tisanes, élixir cher à Johanna.

Épistolaire Imaginaire nous pousse à nous arrêter et pendant un court instant, à réfléchir à nos propres souvenirs, à partager des moments de bonheur avec ceux qui nous entourent. Une volonté de Johanna, celle d’atteindre la paix grâce au dialogue et au partage.

Par Mégane Dongé

Épistolaire Imaginaire – Merci
Galerie Jean-François Kaiser
6, rue des charpentiers à Strasbourg

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