Dans l’entre-deux avec Julie Meyer

IMG_1183Capturer le temps qui passe, c’est l’exploit que réalise la photographe alsacienne Julie Meyer dans chacun de ses clichés. Avec ce coup de projecteur sur ce qui nous échappe, elle remet en question notre perception de l’instant.

Après une enfance marquée par de nombreux voyages, Julie Meyer, photographe diplômée de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (actuelle HEAR), continue son exploration du monde et l’illustre par des clichés de bordures de routes, de gares ou encore de stations de métro. « Je n’interviens pas sur le territoire lui-même, c’est vraiment le cadrage et le point de vue qui me sont propres. Je ne déplace pas les objets, j’essaye d’être proche du réel ». Chantiers de construction, panneaux publicitaires, objets du quotidien abandonnés…

IMG_1144Les prises de vues de Julie Meyer témoignent des traces indélébiles laissées par l’homme dans la nature, et apparaissent comme une étude des rapports entre l’être humain et son environnement immédiat. Pourtant, dans ses photos, l’homme n’existe pas physiquement, mais uniquement par ce qu’il laisse derrière lui : ses biens matériels et ses souvenirs. Le souvenir et le temps qui passe forment d’ailleurs le fil rouge de l’œuvre de la photographe : « Je m’intéresse beaucoup aux intervalles dans le temps et dans les territoires. Ce qui est central dans ma pratique c’est la ruine, non pas forcément un bâtiment qui se dégrade, mais aussi le temps qui a échappé à la perception et c’est ce temps-là que j’essaye d’enregistrer avec la caméra ou l’appareil photo ».

Au fil de ses déplacements, Julie Meyer crée des œuvres dans un temps donné et un territoire changeant. Pourtant, si illustrer le cheminement par des images fixes semble paradoxal, là est la particularité de cette jeune femme qui utilise la photographie comme un art de l’entre-deux. Son attrait pour ce qui se situe dans l’intervalle, qu’il soit d’ordre temporel ou spatial, elle le conceptualise à l’occasion d’une exposition au Syndicat Potentiel de Strasbourg : l’artiste y présentera quelques uns de ses clichés dans un bac de révélateur, pour rendre compte de la fragilité du tirage, qui va à terme s’assombrir pour finalement disparaître. L’œuvre de Julie Meyer, accusation du caractère destructeur de l’homme ou narration imagée du temps qui s’écoule, nous interpelle par des clichés ancrés dans le quotidien qui mettent en évidence ce que l’on ne voit pas, ou ce que l’on refuse peut-être de voir.

Par Valentine Schroeter

INTERSTATE, exposition de Julie Meyer du 10 octobre au 2 novembre au Syndicat Potentiel à Strasbourg, dans le cadre des Journées de l’Architecture.

INFRA ORDINAIRE, exposition et vidéo-projection (Exploration et Cartographie des marges, France/Etats-Unis) à partir du 18 octobre à l’Artothèque de Strasbourg.

 

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