Fauve et sensible

© Chill O'kubo

© Chill O’kubo

Il arrive que l’on perde espoir attendant impatiemment le rayon de soleil, la nouveauté, la bonne nouvelle, la bonne parole. Oserons-nous dire le messie ? Ce serait alors pour faire l’analogie avec cette fascination de Léonie Pernet pour la foi d’où elle puise une aura certaine. Nantis depuis quelques mois dans un élan de cold wave française, recroquevillés dans nos doudounes sous le froid hivernal, nous nous sommes laissés surprendre par la sensibilité et la fraîcheur de cette jeune artiste de génie.

On clique frénétiquement sur les liens des sites spécialisés, on laisse traîner une oreille distraite, on s’arrête, on like, on partage et puis on oublie. Cette fois, hors de question de passer à autre chose, trop d’interrogations, trop de références qui nous parlent derrière ce Mix Pour Tous reposté par Brain Magazine. Un mix mêlant le discours sublime de Christiane Taubira, ministre de la Justice devant l’Assemblée nationale, un pan de l’actualité enfin positif avec la ritournelle P.L.A de Robert Wyatt, le lunaire et simple Hey Moon de John Maus (dont on a prouvé notre amour indéfectible à plusieurs reprises sur ce même site), le Game & Performance de Deux repéré sur la compilation éditée par le label Born Bad Records Bippp French Synth Wave 1979-85 et une découverte riche en frissons du côté de Martial Canterel. Trop d’émotions.

Mais qui est-elle ? Elle qui en l’espace de quelques heures s’affiche sur les murs Facebook de tous, pour tous. On cherche des informations, on écoute le reste et un nom, non deux : Léonie Pernet, Yuksek. La jeune artiste a officié en tant que batteuse lumineuse et effrénée sur la tournée du pur sang de chez Savoir Faire, écurie qui a fini par la prendre sous son aile. La jeunesse fougueuse, elle s’est un peu perdue dans cette torture que peut être la musique devenue un sacerdoce. Une existence jalonnée d’erreurs mais aussi d’extases transformés en une sensibilité exacerbée dans ses compositions. Léonie Pernet est fauve, viscérale, mais profondément à l’écoute de ses doutes qui forment la base de ses sons mélodiques au piano ou bricolés sur ordinateur. Elle a la passion d’une musicologue (issue du Conservatoire), la verve d’une autodidacte et surtout, l’amour de la pop. Depuis sa tournée avec Yuksek, elle a cherché un peu de discipline du côté de Brooklyn, pour mieux revenir et trouver l’espace de liberté nécessaire à ses créations. Romanesque ? C’est le mot. Un aspect qui se retrouve dans une musique constamment au creux d’un virage : pop, hip-hop, classique, électronique. Elle ne se pose pas, gravite d’un Aphex Twin à un Philip Glass en passant par un NTM. Parce que la belle musique est aussi une musique qui va partout, qui ose, qui improvise, pas forcément fournie en intentions mais plutôt en sentiments.

La suite s’annonce belle. On n’en connaît pas encore la forme, mais une sortie, quelle qu’elle soit paraît nécessaire. On l’attend, avec impatience.

Léonie Pernet jouera en première partie de Gesaffelstein le 2 mai, à la Cigale.

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique

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