Si loin, si proche

La Ghouta orientale assiégée, Damas, Syrie © Mohammad Badra

L’humanité, dans ce qu’elle a de plus violent et de plus émouvant. C’est ce qui habite Loin de Damas, spectacle multimédia, poétique et documentaire, qui sera présenté fin janvier aux Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller. Rencontre lors des tout débuts de leur processus de création.

Souvent Les Dominicains emmènent leur public en des lieux inattendus : découvertes artistiques, propositions transdisciplinaires, expériences atypiques… Leurs spectacles embarquent l’âme, saisissent l’esprit et touchent au cœur. Cette fois encore, pour Loin de Damas, la rencontre sera vibrante. Philippe Dolfus, directeur des lieux et instigateur de ce croisement entre les arts numériques, la poésie, les récits de vie et la viole d’amour nous redit le contexte, l’an dernier, quand en Syrie l’horreur succédait à l’horreur, qu’en Europe les réfugiés affluaient et que l’actualité quotidiennement citait Calais et « sa jungle ». « Moi qui suis Berlinois, j’étais encore plus concerné… », confie-t-il. Loin de Damas, mais si proche…

Le travail des artistes en résidence à Guebwiller, Aline Pénitot, compositrice électroacousticienne, et Jasser Haj Youssef, commence à peine. Le processus de création qui débute aboutira en janvier. Mais déjà sont abordées les questions de la distance, de la rencontre, et de la dureté. Loin de Damas nous parlera de l’homme, de sa cruauté démesurée et innommable, de sa détresse inqualifiable. La poésie et la musique accompagneront les témoignages recueillis par Aline Pénitot. Des paroles de réfugiés, d’exilés qui ont fui la guerre en Syrie. Ce collectage, ces enregistrements ont été réalisés à Guebwiller, Mulhouse et Istanbul. « C’est absolument bouleversant : la guerre… ce n’est pas dans nos systèmes de représentation, dans nos systèmes de vie à nous… Il nous faudra prendre une distance pour comprendre ce qui s’est passé sans être au ras du réel » poursuit Aline Pénitot, autrice-productrice et directrice artistique. Ces paroles d’hommes et de femmes résonnent et tonnent dans les pages du recueil de poésie éponyme d’Omar Youssef Souleimane. Le poète et journaliste syrien, témoin de son époque, y offre une poésie allégorique et authentique. « Chaque fois que je relis ses poèmes, nous dit Aline Pénitot, une nouvelle dimension résonne au regard des gens que j’ai interviewés maintenant. »

Les artistes en résidence travaillent ensemble, se complètent, forts de leurs univers, de leurs parcours, de leurs convictions et de leurs sensibilités, ils se questionnent et questionnent le recueil de poèmes d’Omar Youssef Souleimane. « Une vraie rencontre. » La construction du spectacle débute autour de cette « vraie rencontre. » L’humanité, la pluridisciplinarité et la proximité seront soulignés techniquement avec les créations numériques à 360° d’Anne Sadovska et l’installation des spectateurs dans des transats, équipés de casques. Ainsi, Jasser Haj Youssef et sa viole d’amour murmureront à l’oreille du public. « J’aime que les choses soient le plus naturelles possibles » précise le musicien et compositeur, inégalé dans son art. Sa musique spontanée, inspirée, laisse respirer l’instrument. Et quel instrument que la viole d’amour ! Il sera le souffle de cette aventure artistique, la respiration de cette soirée décalée, sans repères géographiques ou temporels. Loin de Damas, mais proche de ceux pour qui chaque coup de tonnerre d’une nuit orageuse rappelle d’autres foudres déchirant les cieux.

LOIN DE DAMAS, spectacle
les 24 et 25 janvier 2018 aux Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller (festival Les Vagamondes) ;
le 1er février aux Tanzmatten à Sélestat ;
du 3 au 8 avril au TAPS à Strasbourg.

Par Julie Friedrichs – Photo : © Mohammad Badra

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie Art numérique, CULTURE, Exposition, Festival, HAUT-RHIN, Musique, Rencontre, spectacle, Théâtre

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