Londres 2012 : on prolonge en musique avec Roxy Music !

Londres 2012 s’achève ; on se console en musique avec les Rolling Stones, les Small Faces, les Kinks, mais aussi et surtout Roxy Music, groupe pionnier d’une esthétique décadente qui annonçait les sublimes outrances de la fin des années 70.

Certains d’entre nous n’ont pas la chance d’être à Londres ni d’avoir l’occasion de découvrir Blur sur scène. Ils appréhendent même le grand vide : que vont-ils faire de leur matinée sans Louise Ekland et ses émissions sur France 2 en direct de son double-decker bus, et sans les rendez-vous de natation et d’athlétisme du soir. Et s’ils retournaient à ce qui leur fait le plus plaisir, à savoir écouter de la musique ? Justement, ces J.O. londoniens ont été l’occasion de quelques belles bandes sons à la télévision, un peu comme si les journalistes français redécouvraient leurs amours premières pour la pop. Tout cela, on le sait, se termine en “apothéose” avec les Spice Girls* ce soir ; il paraît que les Anglais vont se réveiller face à une dure réalité post-olympique, ils en auront déjà un avant-goût avec la cérémonie de clôture.

J’en reviens à mon propos initial : qu’est-ce qu’on fait demain ? Comment gère-t-on notre post-coïtum olympique – britannique, qui plus est – à nous ? Eh bien, justement, en écoutant de la musique pop anglaise. L’actualité nous en donne merveilleusement l’occasion : les 50 ans des Rolling Stones – magnifiques publications d’un ouvrage rétrospectif de photos, mais aussi nouvelle traduction de Dance with the Devil, le chef d’œuvre de Stanley Booth chez Flammarion –, les rééditions remastérisés des Small Faces, l’un des meilleurs groupes de rhythm and blues anglais dans les années 60, ou le coffret so british des Kinks at the BBC, un hommage détourné à l’un des fleurons de la pop sixties dans son antre, la séduisante institution qui a accompagné les plus grandes révolutions musicales de ces 60 dernières années. Bref, des heures et des heures de musique et d’images made in England.

L’autre manière, plus surprenante, plus subversive, plus dérangeante, c’est une plongée au cœur de l’intégrale de Roxy Music qui vient d’être rééditée, remastérisée et augmentée, sous la forme d’un coffret de 10 CD qui sort pour les 40 ans du groupe.

Là, certains d’entre vous s’étonnent : Roxy Music ? Dans le meilleur des cas : un vague groupe glam mené par le décadent Brian Ferry. Dans le pire des cas : un vague groupe dandy toujours mené par l’esthète Brian Ferry. Si les deux cas de figure sont proches de la réalité – Roxy Music = glam et décadence + dandysme et perversité + une pincée de libido –, Roxy est plus que cela, c’est depuis les Beatles la plus belle manifestation d’une conscience de l’art édifiée sous la forme d’un concept pop magistral.

Jetez une oreille aux deux premiers albums, et vous serez surpris de découvrir un groupe pas si éloigné des développements du rock progressif de l’époque, mais qui pose en pionnier les bases de l’esthétique des deux décennies qui suivent – Ian Curtis, le leader de Joy Division n’était-il pas un grand fan ? À la différence de David Bowie et Marc Bolan de T.Rex, Bryan Ferry et ses acolytes, dont le futur producteur Brian Eno à ses débuts, n’ont pas cherché à codifier sur les ruines de la pop sixties, mais bien à anticiper les codes nouveaux, s’appuyant sur leur grande culture plastique, Marcel Duchamp, les artistes Dada, le pop art et les avant-gardes européennes.

Il reste de cette aventure une poignée de disques sur une période assez courte – moins de 10 ans –, des tubes planétaires et surtout cette attitude de charmeur détaché. Il reste aussi toutes ces pochettes de disques, restituées ici sous la forme de belles répliques digipack : des pochettes dessinées par Bryan Ferry lui-même – et réalisées avec les meilleurs stylistes, photographes et graphistes de l’époque –, inspirées par le travail de son professeur Richard Hamilton, et dans lesquelles il magnifie les top-modèles de sa génération, Amanda Lear avec une panthère noire ou Jerry Hall en sirène.

* au final, le pire a côtoyé le meilleur : vous avez pu faire aisément le tri entre les Spice Girls, Brian May de Queen et Jessie J, les Pet Shop Boys, Oasis, Fat Boy Slim, Muse, Kaiser Chiefs, The Who, Ray Davies des Kinks – magnifique d’émotion ! –, une reprise de Pink Floyd avec le sublime Wish You Were Here en présence du batteur du groupe Nick Mason, etc.

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique

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