Londres vu par #2 : j’ai vu Blur

Après la rubrique Strasbourg vu par, et ses petites sœurs Nancy et Metz vu par, Zut ! vous propose de découvrir Londres vu par une Strasbourgeoise. Membre de la team Zut ! Cécile Becker est partie s’expatrier à Londres durant l’été et nous fait part de moments de vie rythmés par les Jeux Olympiques, la pluie et la musique. Episode #2 : elle a vu Blur, à Wolverhampton, au fin fond de l’Angleterre.

British Image No. 2 en réponse aux critiques formulées à l'image British Image No. 1 où les membres du groupe singeaient Mods et Hooligans.

Il y a quelque chose de triste et d’heureux à la fois, lorsqu’un groupe à succès des années enfouies sous un tas de musiques nouvelles se reforme. Des reformations qui n’en finissent plus de faire la une des magazines, pour le meilleur, et pour le pire. Et surtout parce que c’est bankable : anthologies, série de concerts sold out, DVD, inédits, et parfois même nouveaux albums.

D’heureux, car rien n’est plus beau que de retrouver les notes qui ont rythmé notre jeunesse, notre adolescence, voire nos premiers baisers et nos premières déceptions. Réécouter ces groupes c’est se replonger dans les souvenirs et revivre ses états d’excitation naïfs lorsqu’un nouvel album sortait.
De triste aussi : nos idoles ont vieilli, comme nous. Elles sont grisonnantes, avec quelques kilos en plus, aigries parfois, sans parler des relations entre les membres du groupe qui, fatalement, se sont assombries.

Pour moi, ce sera Blur. Pour le virage qu’ils m’ont montré entre le grunge américain et la pop anglaise. Pour le charme british de Damon Albarn et le côté rock’n’roll de Graham Coxon. Pour Sing, Coffee & TV, She’s so High, Girls & Boys, pour Tender -qu’un internaute commente justement sur YouTube « Qui a besoin de Wonderwall lorsqu’un a Tender »-, et donc aussi pour leur guerre menée à l’éternel ennemi Oasis.


Ils ont fait leur le mainstream et en ont déformé les contours en se baladant entre le Madchester, le shoegaze, l’électronique, le punk, le rock et bien sûr la Brit Pop, dont ils sont les dignes porte-drapeaux. Cool Britannia !

Est-ce possible pour un ex-groupe à succès de renaître de ses cendres encore rougies, dans le cas présent, par le leadership à tendance prétentieux de Damon Albarn, les colères de Graham Coxon, l’alcoolisme tendancieux d’Alex James et la discrétion de Dave Rowntree ? Leurs fans sont-ils indulgents alors que seul un de ses membres, Graham Coxon continue de traverser l’indie ?


Damon Albarn, lui, mène de front une foultitude de projets, après Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen, d’autres encore, il est compositeur de musiques de films, performer, compositeur d’opéra (Dr. Dee) et doit encore assumer sa position de leader de Blur en sortant des singles, en promouvant l’anthologie 21 et en donnant une série de concerts dont le point d’orgue sera le concert à Hyde Park pour la fermeture des Jeux Olympiques ce dimanche. Dave Rowntree mène aujourd’hui une carrière politique et Alex James est lui journaliste et fabrique du fromage. Parfois, mieux vaut garder le souvenir rebelle du groupe que l’on chérissait dans les années 90…
Mais 2009 a sonné le glas d’une reformation qui fonctionne pour Blur, à grands renforts de concerts, de DVD et d’inédits.


Tout a commencé lorsque Blur a annoncé un concert puis deux à Hyde Park à Londres en 2009, les billets s’étaient envolés trop vite. Trop tard. Tout comme les autres concerts qui ont suivi cette année-là. J’ai oublié ma rancœur jusqu’à aujourd’hui, en 2012, où il a à nouveau été trop tard ou beaucoup trop cher d’acheter un ticket pour leur concert à Hyde Park pour la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques. Et puis trop tard encore pour leur concert à Londres organisé par Converse, et je n’ai pas été l’heureuse élue, parmi d’autres, pour assister à leurs concerts à la BBC. Quant à ceux dans les autres villes d’Angleterre, sold out, bien entendu. Jusqu’à ce qu’un ami, miraculeusement, fasse apparaître dans ma boîte aux lettres : deux tickets pour le concert du 6 août à Wolverhampton. Wolverwhaaat ? Après vérification, à quelques kilomètres de Birmingham. A « shithole » me dit-on, traduire « trou du cul du monde ».

A trois heures et demi dans un bus sentant l’urine fermentée, serrés, fatigués, à regarder les paysages anglais, verts et gris en même temps, nous voici à Wolverhampton. Seules attractions de la ville, une église, un musée qui ne nous dit rien qui vaille et un pub qui sert des hamburgers au steak à moitié cramés. Une parfaite aventure au cœur de l’Angleterre.
A quelques mètres du Civic Hall, les pubs alentours passent tous du Blur, c’est plutôt cocasse.

Doucement les spectateurs traversent les portes, il y a là les fans de la première heure, la quarantaine, t-shirts à l’effigie du groupe et les autres, plus jeunes, séduits par Song 2 ou Country House, tous à quelques exceptions près (dont des copains venus pour l’occasion de Taïwan) très Anglais et fiers de leur culture.


Après une première partie un peu calamiteuse du duo californien The Bots, très garage, très criant, Blur arrive sur scène vers 21h visiblement enchanté. Les quatre garçons s’installent avec leurs musiciens : quatre chanteurs de gospel, trois cuivres avec quelques apparitions d’un claviériste caché derrière deux énormes baffles… Ils démarrent en trombe avec Girls & Boys réveillant subitement le public endolori par l’attente. Alex James, sourire en coin fait son show, t-shirt col en V, il fait vibrer sa basse et les femmes devant la scène. Les pogos démarrent sans tarder, même les balcons s’échauffent. Damon Albarn, en forme, saute, lève le poing et traverse la scène de sa démarche flegmatique évidemment emballée dans un polo Fred Perry. En live, son âme british est décuplée par cent, il chante les louanges de son pays. L’ambiance est très patriotique, trop ? Pintes de bières, bras levés, presque main sur le cœur, voix graves arrosées à l’alcool qui viennent répondre systématiquement à celle de Damon Albarn.


Les quatre premières chansons sont issues de l’album Parklife, comme pour rendre hommage à l’album qui les a nommé rois de la Brit Pop. Ils joueront des tubes de tous leurs albums, de Coffee & TV interprété par un Graham Coxon timide mais souriant, à Song 2 moment électrique du concert, en passant par Popscene et même leur dernier single The Puritan, très électronique. Belle surprise en entendant résonner les notes de Young & Lovely face B du single Chemical World. Les quatre compères s’amusent : un plaisir de voir les deux grands amis Albarn et Coxon jouer du regard.

Avant le rappel, le sublime Tender incitera le public à en chanter le refrain pour attirer Blur parti se rafraîchir pendant de longues minutes. De retour, l’ambiance est plus feutrée. Damon Albarn s’installe au piano et joue les premières notes de Sing, sublimé par un jeu de lumières assez magique. Un moment de grâce suivi par le très beau single Under The Westway.


Six chansons en rappel terminé par The Universal, marquent la fin d’un show de 2h30 sans une seconde d’ennui où l’Angleterre a été reine. « We bloody love you » adresse un Damon Albarn ému à la foule. Album il y aura ou il n’y aura pas, qui sait ? Blur a réussi sa reformation entamée en 2009 et n’a rien perdu de sa superbe.

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Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique, Voyage

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