Londres vu par #1 : j’ai vu la flamme !

Après la rubrique Strasbourg vu par, et ses petites sœurs Nancy et Metz vu par, Zut ! vous propose de découvrir Londres vu par une Strasbourgeoise. Membre de la team Zut ! Cécile Becker est partie s’expatrier à Londres durant l’été et nous fait part de moments de vie rythmés par les Jeux Olympiques, la pluie et la musique. Episode #1 : elle a vu la flamme.

« Moment to shine », comprenez : le moment de briller, est le slogan des Jeux Olympiques, et aujourd’hui, enfin, le soleil a compris le message. Alors que la pluie venait s’écraser sur le stade olympique de Stratford dans l’est de Londres depuis deux semaines, enfin, aujourd’hui 21 juillet la star incontestée de l’été daigne enfin se montrer et se fait belle juste pour les athlètes.
Depuis quelques mois, les Londoniens vivent au rythme des Jeux Olympiques. Mais la semaine dernière, les choses se sont accélérées en même temps que les athlètes ont commencé à affluer : déviations, voies réservées aux Jeux Olympiques, polémiques autour de la sécurité, et hélicoptères qui ne cessent de survoler l’est londonien : ça y est, les JO sont là. Mais l’instant marquant le début des festivités était bel et bien l’arrivée de la torche olympique saluée hier par un magistral Boris Johnson, maire de Londres, ironisant sur la pluie londonienne. En ce premier vrai jour d’été, la flamme a traversé l’est londonien pour arriver à 18h à Homerton, à quelques pas du stade olympique.

Il est 17h. Des barricades entourent la route, mais peu de spectateurs sont prostrés derrière elles. Les pubs sont encore remplis, la bière coule à flots, une fin d’après-midi presque normale. Seuls quelques fans, policiers et personnels de sécurité habillés de vestes oranges patientent. Roméo, 24 ans est originaire de Roumanie et pianote sur son iPhone, l’air distrait. Arrivé il y a un et demi à Londres, il est vigile à mi-temps pour payer ses études et a été mobilisé sur les Jeux : « Je suis content d’être ici, c’est une expérience qu’on ne peut vivre qu’une fois. On nous a dit qu’il allait y avoir pas mal de monde, mais pour l’instant c’est désert. Nous, on est là pour assurer la sécurité de la population, les policiers, eux, gardent un œil sur la flamme. » Quelques mètres plus loin, John, policier, répond avec le sourire aux habitants, mais refuse de nous dire si les Jeux Olympiques le ravissent : « Trop polémique, je n’ai pas le droit. Mais je suis très heureux de travailler en ce jour si spécial », nous dit-il, sympathique. A côté, une famille anglaise typique qui habite un peu plus haut sur la rue. Ils ont l’attirail parfait des patriotes : drapeaux, trompette et lunettes aux couleurs du pays.

Les Jeux Olympiques, eux, ils les aiment.

Cerise sur le gâteau, l’aînée participe à la cérémonie d’ouverture : « Je vais accueillir les sportifs, les encourager, être heureuse et dynamique pour le public ». Et son père n’en est pas peu fier, il ajoute : « Les Jeux Olympiques sont une bonne chose. Il y a eu beaucoup d’investissement ici, et Homerton devient plus populaire. Quand tout ça sera terminé, on pourra profiter de la piscine olympique ! » D’autres, comme Edward, 43 ans, en sont moins convaincus : « J’ai bien peur que la population locale ne puissent pas bénéficier de toutes ces structures sportives. Il y a des aspects positifs, bien sûr, l’est de Londres a une meilleure image, les gens déménagent ici alors il y a plus d’argent, et forcément plus de commerces, de commodités. Mais la ville a sorti beaucoup d’argent pour ces Jeux, qui est allé directement dans la poche d’entreprises privées, peu de gens de l’est de Londres ont pu décrocher un travail grâce aux Jeux… » Comme beaucoup de Londoniens, Edward a choisi de quitter Londres durant les Jeux : « Ca va être l’enfer pour aller au travail tous les matins, je préfère éviter ça » Dubitatif, il a tout de même décidé de voir passer la flamme, « comme ça, pour voir ».

Coucou les journalistes.

A 17h35, les voitures circulent toujours mais la foule commence à arriver. Des volontaires passent pour distribuer des « Bam-Bams » aux couleurs du sponsor Samsung, et des vendeurs ambulants fournissent des Union Jacks. Toutes les communautés du quartier sont là et le sourire est de mise. En quelques minutes, la rue entière est bleu rouge, des vuvuzela se font entendre. Bonne ambiance. Au loin, enfin, on distingue des gyrophares. Des policiers arrivent en moto et tapent dans les mains des spectateurs, alors que leurs collègues, en voiture, saluent la foule qui les acclament.

La police salue la foule.

Un moment d’une légèreté assez rare dans cette ville où tout va très vite. Le cortège est ouvert par les camions des sponsors : Samsung d’abord, avec des jeunes sur le toit qui s’égosillent et se trémoussent sur du L.M.F.A.O, Coca-Cola ensuite et ses représentants qui distribuent des bouteilles aux badauds, et enfin la banque Lloyd TSB.

Les filles de Samsung ouvrent le cortège.

Pour ceux qui venaient de s'acheter un coca bien frais, dommage, distribution gratuite par l'un des plus gros sponsors des JO

On s’impatiente : « Mais elle est où la flamme, elle est déjà passée ? » A 18h pétantes, la voilà, portée par Amar Sharif sur une chaise roulante.

Enfin, la torche, portée par Amar Sharif s'approche de nous

Handicapé depuis trois ans, il se bat pour encourager les personnes atteintes de handicaps à se mettre au sport. On crie, on tape dans ses mains, on essaye de l’approcher, on prend des photos. Quelques mètres plus loin, il passera la flamme à une autre personnalité locale sous les applaudissements de la foule. En l’espace de quelques minutes, la ferveur se calme. La circulation reprend simultanément et les habitants d’Homerton rentrent chez eux sous un rayon de soleil de fin d’après-midi qu’on avait rarement vu. Mauvaises langues, je vous entends, on m’a dit qu’à Strasbourg aussi l’été aussi se faisait désirer…

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Sports, Voyage

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