Marquis de Sade au Festival Musica

Marquis de Sade

Le groupe emblématique des années 80 Marquis de Sade se produira sur la scène de l’Opéra du Rhin dans le cadre du festival Musica, retour sur la découverte de ce phénomène par Thierry Danet, directeur de La Laiterie, de Radio en Construction, et initiateur du concert.

À chacun sa façon de découvrir Marquis de Sade au début des années 80.Contre toute attente, le groupe rennais passe à la télévision et même à la radio. Thierry Danet, lui, les découvre sur Europe 1. « Au hit-parade ! » À l’époque, à la suite de l’explosion de Téléphone, « des artistes français improbables comme Starshooter, Edith Nylon ou Marquis de Sade débarquaient sur les ondes ». Il est en 5e et s’attache à tout ce qu’il peut entendre de la scène punk. Il se souvient du morceau diffusé ce soir-là, Conrad Veidt, alors que le groupe entame la tournée qui accompagne la sortie de son premier album, Dantzig Twist. Thierry souhaite assister au concert nancéien, négocie avec son père, mais n’a que 12 ans ! « Il me demande : mais au moins sais-tu qui est le Marquis de Sade ? Je lui réponds que je n’en ai aucune idée. » Son père n’a pas besoin de trancher : le concert est annulé. Thierry découvre le live dans la fameuse émission dominicale d’Antoine de Caunes sur Antenne 2, Chorus, ainsi que cet étrange play-back musique dans une émission de Thierry Le Luron, au cours de laquelle le morceau Cancer and Drugs est interrompu par l’animateur parce qu’il n’entend pas « l’orchestre ». Le choc des cultures est total : la rencontre des deux mondes, la télévision giscardienne et l’avant-garde, crée une situation invraisemblable.

À la suite d’une écoute à la Fnac Châtelet, Thierry achète le deuxième album du groupe, Rue de Siam. « Dès le riff de Back to Cruelty, j’ai dit au vendeur : ok, je le prends ! » À Strasbourg, il emprunte Dantzig Twist à la bibliothèque, rue Kuhn, et l’enregistre en K7. « Sur l’autre face figurait Marquee Moon de Television. » Les liens esthétiques semblent une évidence. Mais qu’entend-il chez Marquis de Sade qui les distingue d’autres groupes de la même époque ? « L’univers harmonique du groupe m’a beaucoup impacté, avec ces architectures rythmiques très particulières. Pour moi, ça marquait un franc pas de côté par rapport au rock’n’roll. »

Et puis, il y a les textes de Philippe Pascal, celui de Conrad Veidt notamment. Thierry y repère une phrase devenue fondatrice pour lui : Le sens expire, l’expression prime. Elle le « met en mouvement », lui donne une impulsion pour agir. Ce qui le touche également, et de manière intime, c’est cette approche qui l’éloigne des reconstitutions du rock français de l’époque, et qui sonne profondément « européen ». « Même si Rennes [d’où est originaire le groupe, ndlr] nous semblait au bout du monde, cette musique venait d’un territoire que j’habitais. » Les langues se superposent, Philippe Pascal, le chanteur, théâtralise sa gestuelle, l’univers du groupe lui ouvre un pan entier de la culture continentale : Vienne, Egon Schiele ou l’expressionnisme allemand. « Marquis de Sade, ça m’a toujours paru grand ! Nul dilettantisme, cette histoire est importante. C’est fulgurant, et ça peut tutoyer toutes les formes d’art. Pour moi adolescent, il est très excitant de se retrouver connecté à tout cela et de découvrir que ce que tu as appris à l’école relève du sensible. »

Étrangement, à l’automne dernier, il est passé à côté de l’information concernant la reformation du groupe – un one-shot au départ – ; il découvre le matin même l’organisation d’un concert événement qui réunit à Rennes les leaders Philippe Pascal et Franck Darcel. Le récit de cette folle journée du 16 septembre 2017 tient de l’odyssée : un petit déjeuner, l’information lue dans Libé, un départ en train précipité, une réservation d’hôtel à Rennes et l’achat d’un billet sur leboncoin et puis « un beau concert, avec des moments exceptionnels ! » La rumeur ne tarde pas à circuler autour d’autres concerts du groupe sur la base de « circonstances liées à des lieux ou des situations ». Il voit une évidence dans l’organisation d’un concert strasbourgeois, 37 ans après la tournée du groupe en 1981 et une première halte dans la capitale alsacienne. « Je trouve juste d’organiser un concert de Marquis de Sade à Strasbourg ; également juste de le faire dans le cadre de Musica. C’est de l’ordre de ce que m’a inspiré le festival quand il a été créé, avec ces zones de frottement entre pop et avant-garde. Et c’est tout aussi juste de le faire à l’Opéra national du Rhin. L’opéra, pour moi, ne constitue pas seulement un cadre ni un décor, mais crée une situation d’écoute qui rend hommage à l’esthétique du son chez Marquis de Sade. »

Nul hasard donc, mais la volonté clairement affichée d’« ouvrir autrement une fréquentation à la fois du groupe, du lieu et du festival. Nous ne sommes pas en train de faire quelque chose d’extrêmement spectaculaire, nuance-til, mais cela rend compte du trajet de chacun et de la façon dont les choses se croisent et se recroisent. »

Marquis de Sade, à l’occasion du Festival Musica du 19 septembre au 6 octobre
Billeterie
Le 23 septembre à l’Opéra national du Rhin à Strasbourg

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie CULTURE, Festival, Musique, STRASBOURG

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