Matthew E. White, loin dans l’émotion

ZUT_WEB_Matthew E. White_N&BUne rencontre, ça reste un miracle, quoi qu’on en dise ! Surtout quand il s’agit de Matthew E. White, auteur au début de l’année du sublime Big Inner.

Dans le tumulte de la presqu’île du Malsaucy, un homme, dont le calme n’a d’égal que la longueur des cheveux et de la barbe, marche près de l’étang de la Véronne. Matthew E. White nous a habitué à prendre son temps, lui qui a attendu des années avant de publier au début de l’année ce qu’on considère déjà comme l’un des plus grands albums de musique moderne made in US, le glorieux et fragile Big Inner. Une radio vient d’annuler une rencontre prévue. J’y vois l’occasion que je n’espérais plus d’un échange qui avait été programmé 3h plus tôt. Les choses rentrent dans l’ordre : l’entretien m’est finalement accordé. Avec un calme dont il est probablement le seul capable dix minutes avant d’entrer en scène, Matthew me propose de faire quelques pas le long de l’eau.

ZUT_WEB_Matthew E. White _couleurLe propos modéré, le débit lent, le sourire posé, il revient sur “l’affaire Harrison”, notre regretté Beatles qui avait vécu son procès pour plagiat à propos de la chanson My Sweet Lord comme une tragédie. Bien sûr, l’artiste a cette histoire en tête quand il crédite Washington Phillips ou encore Jorge Ben sur son disque, mais il insiste : « C’est avant tout une façon de leur rendre hommage. Si une mélodie, un son me parle, j’ai envie de l’intégrer à ma musique, de le transposer dans mon univers. Tu peux magnifier ce que les autres ont fait avant toi et le partager avec des gens qui n’ont peut-être pas connu cet univers ni entendu ces musiques-là. Mais c’est aussi une forme d’honnêteté intellectuelle. Je ne veux pas entendre “Hey, t’as pas piqué ça à Jimmy Cliff, mec !”. Non, je ne veux pas vivre la même chose qu’Harrison, j’ai fait le choix d’une transparence sans conditions dès le début ». Tous ceux qui auront écouté Big Inner n’auront peut-être pas saisi le rapport à Jimmy Cliff, moi la première. Il rit : « Je sais. En fait, c’est plus subtil que ça. Les musiques populaires, tu n’y échappes pas, elles font partie de ton univers sonore, de ta culture musicale, parfois malgré toi. Je ne cherche pas une source d’inspiration chez Cliff ni chez Jorge Ben non, c’est juste qu’à un moment j’ai été touché par la musique, ce sont des choses qui arrivent comme ça sans que je le cherche particulièrement. On est pris dans des courants, il ne faut pas le nier et rester transparent ».Ça change tout. Big Inner sonnerait plus comme… au hasard Van Dyke Parks [musicien californien, arrangeur et producteur du fameux Smile des Beach Boys, du premier album de Randy Newman ou de Rufus Wainwright, ndlr] ? « Musicalement, pas tant que ça finalement. Je me reconnais plus dans les valeurs qu’il véhicule et dans la communauté d’artistes à laquelle il appartient. J’adore ce qu’il fait, c’est un grand compositeur et un songwriter né. Je suis davantage touché par ce qu’il incarne. Mais c’est vrai qu’à L.A. aucun arrangeur n’échappe à son influence. Peut-être que mon album aussi, en fait ».On est arrivé au bout de la presqu’île.

Un coup d’œil rapide sur ma montre, il monte sur scène dans 3 minutes et reste imperturbable. J’ose une dernière question : peut-on retranscrire la complexité des arrangements de Big Inner sur scène ?« Jouer en live et enregistrer en studio sont deux choses totalement différentes. On doit l’aborder autrement. » À l’occasion d’une session acoustique pour le Mouv’ on constate que la fragilité rythmique de ses chansons est restituée sur scène, même si ces musiciens cherchent, notamment du côté du blues touareg, à structurer le tout.« Sur scène, je suis accompagné de 13 personnes. Les possibilités sont riches mais je ne sais pas dans quelle mesure ce sera un échec ou un succès. Je ne peux même pas miser à l’avance sur l’énergie ou la dynamique du set ». Comme pour certains gospels, Matthew E. White cherche la grâce de l’instant, mais il le fait avec un naturel qui peut le conduire loin dans l’émotion. « Ma foi, on eu la chance de beaucoup se produire mais ça ne se passe jamais deux fois de la même façon. On peut se faire une idée mais on ne peut pas savoir à l’avance. Tu ne sais pas ce qui marchera ou ce qui ne marchera pas sur scène. On est un groupe et on essaie, ensemble, de faire vivre le show ».

Par Vanessa Schmitz-Grucker,
Photos : Vincent Arbelet

le 5 juillet au Eurockéennes de Belfort

 
Matthew E White – Big Love (en Mouv’Session) par LeMouv

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