Max Ernst, l’Œdipe fait roi !

ZUT_WEB_MaxErnst

En féru de psychanalyse, Max Ernst n’a jamais cherché à tuer le père. Pourtant aujourd’hui, on le sait, avec toute sa candeur, il a été roi ! À Beyeler, rétrospective de l’un des plus grands artistes du XXe.

Parmi les surréalistes, Max Ernst a toujours tenu une place à part. Sans doute était-il l’artiste le plus doué de cette génération, en tout cas l’un des plus prolifiques. Peintures, collages, sculptures, rien n’échappait à son envie sans cesse renouvelée de pousser plus loin les limites de sa propre création. De ses débuts dadaïstes à Cologne à ses développements new-yorkais, en passant par sa période parisienne, il a toujours fait figure de pionnier, multipliant ses sources d’inspiration que celles-ci soient plastiques ou même textuelles. Ses tentatives innovantes, frottage, grattage, décalcomanie et oscillation, manifestaient une soif de découverte que ne peut lui envier que le grand Picasso lui-même. Bien sûr, l’histoire très officielle le place dans l’ombre de figures comme Salvador Dalí ou de Marcel Duchamp, et le grand public doit encore se familiariser avec un corpus infini, mais Max Ernst rivalise d’ingéniosité et de vivacité avec ces deux piliers de l’art du XXe. Peut-être même ajoute-t-il cette touche de générosité et d’espièglerie – en éternel gamin – qui le rend aujourd’hui encore si attachant, si souriant.

À la Fondation Beyeler, la grande rétrospective qui lui est consacrée, avec plus de 170 peintures, collages, dessins, sculptures et livres illustrés, permet d’épouser l’immensité de son œuvre. On y découvre un artiste qui tente de situer l’image au-delà de l’image, dépassant les problématiques de perspective et de plan – ce choix qui s’opère entre les 2 ou les 3 dimensions de la représentation – et nous conduit dans un espace mental parfois sidérant – en lien avec son amour de la psychanalyse, mais aussi de la philosophie, de l’ethnologie et de l’astronomie –, un espace dans lequel l’esprit peut se plonger, voire s’y attarder. On reste parfois fasciné par sa capacité à nous entraîner dans un ailleurs plastique, mêlant sur une même toile tant de techniques, toujours avec virtuosité. Max Ernst, dans le domaine du jazz, serait un band à lui tout seul, pratiquant les soli de saxo, de piano ou de batterie avec le même génie et la même énergie. Et pourtant, rien de démonstratif dans sa manière de faire : juste l’impulsion de l’instant qui le conduit à confronter et éprouver sa propre pratique avec la même opiniâtreté, loin de toute convention esthétique, au profit de la créativité pure. Cette exposition permet de mesurer l’immense héritage de Max Ernst, et la saisissante actualité de son œuvre.

Jusqu’au 8 septembre à la Fondation Beyeler, à Riehen (Bâle)
www.fondationbeyeler.ch

Retrouvez notre dossier exposition La forme & au-delà dans toutes nos éditions papier de Zut !, Zut Strasbourg, Zut Lorraine et Zut Haut-Rhin.

Photo : Dorothea Tanning et Max Ernst
avec la sculpture en ciment “Capricorne”,
Sedona, Arizona, 1948
© 2013, ProLitteris, Zurich
Documentation Max Ernst, Deutsches Forum für Kunstgeschichte, Paris / John Kasnetzis

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Peinture

Ajouter un commentaire