Musée du Bagage : voyages imaginaires

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« Du Grand Tour au Tour Opérateur » est le second chapitre de la formidable histoire du voyage, mis en scène par le Musée du Bagage de Haguenau et les collectionneurs passionnés, Marie et Jean-Philippe Rolland. Avec cette nouvelle exposition, ils remontent une nouvelle fois le temps…

La visite démarre et un dédale s’ouvre face à nous. Les images défilent, les sons emplissent nos oreilles et nous quittons la ville pour d’autres contrées. Nous déambulons ainsi de Rome à Louxor, de Deauville à la Côte d’Azur, avant d’atterrir à Heathrow. Chaque îlot promet la découverte de nouveaux vestiges d’expéditions passées.

Des voyageurs invisibles, il ne reste que les bagages, les accessoires et quelques clichés en noir et blanc mais cela suffit à nous les représenter, peut-être même à les incarner pendant une fraction de seconde. Au fil de notre visite nous sommes ce jeune auteur romantique cherchant l’inspiration sur la colline du Palatin, cet explorateur en herbe scrutant les pyramides depuis les rives du Nil, ce dandy flambant dans les casinos normands, cette cantatrice se délectant des premiers bains de mer en Méditerranée avant de redevenir simple touriste patientant dans un hall d’aéroport.À chaque illustre voyageur son illustre bagagerie. Penderie, commode à chaussures, bibliothèque, table de jeu, au fil des siècles les malletiers ont regorgé d’ingéniosité pour créer des malles à la hauteur des exigences des voyageurs. Aujourd’hui elles flottent face à nous, entourées d’une aura mystérieuse d’histoire et d’aventure. Elles reflètent la splendide démesure d’une époque révolue. Elles témoignent d’un monde où voyager était un art dans lequel excellait cette élite insouciante.

La fin d’une époque ?
Dans cet univers où le temps est suspendu, plane l’ombre du touriste contemporain. Discret, presque dissimulé dans le décor, il court les sites historiques ou paresse au soleil, semblant tout ignorer des Grands Tours. Ils sont autres et pourtant ils nous représentent. Fondus dans la masse, nous faisons aujourd’hui les mêmes voyages, nous transportons les mêmes panoplies. Tandis que nous assistons à la standardisation du tourisme, nous observons avec nostalgie que voyager a perdu de sa superbe. La liseuse électronique remplace la malle-bibliothèque, la tasse isotherme rend obsolète le nécessaire à thé et la valise à roulettes a succédé à la wardrobe. Pourtant, entre aujourd’hui et hier, ce ne sont que les accessoires qui ont changé. Le plaisir de parcourir le monde, lui, reste intact. Si de nos aventures il ne restera peut-être aucune trace, nous aurons eu la chance de nous créer des souvenirs et ceux-là resteront nos biens les plus précieux.

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Le voyage idéal d’une collectionneuse
« Dès que l’on restaure une malle, on voyage. On prend le temps de découvrir chaque malletier, comment il a construit la malle, comment il l’a adaptée à la commande du client. » Restauratrice de malles anciennes depuis près de 20 ans, Marie Rolland poursuit le travail des maîtres-artisans du voyage. Mais qu’en serait-il si elle revêtait l’habit d’une femme du Monde ? Un sourire dans la voix, une étincelle dans les yeux, elle imagine quelle serait sa malle idéale. Elle choisirait une vaste malle Vuitton à monogrammes, protégée par des cornières de cuir et ornée d’une bijouterie en laiton massif. Si nous pourrions croire que ce précieux bagage l’accompagnerait pour voyager d’une époque à l’autre, nous faisons erreur. Elle l’emporterait pour un formidable tour du monde et ne la remplirait que d’une seule chose, le bien le plus précieux qui soit : le temps.

Une collection aux 1 000 secrets
Muettes et pourtant si éloquentes, les malles regorgent d’histoires à raconter. Ce sont celles des artisans qui les ont fabriquées, celles de leurs propriétaires ou bien simplement celles du temps qui passe. Épopée ou anecdote, Marie et Jean-Philippe Rolland se plaisent à partager chacune d’elles. Nous retenons celle du jour où le couple découvrit une inscription dissimulée sous le tissu. Là, figée dans le temps, un malletier adressait, à quiconque la découvrirait, une invitation à lui rendre visite. L’histoire ne nous dit pas si le fabriquant reçut une réponse mais c’est là toute la beauté des mystérieux récits de bagages, finir par des points de suspensions pour laisser convoler l’imagination. À l’abri des regards, le reste de la collection Rolland a encore bien des secrets à livrer. Malles, sacs et nécessaires sommeillent dans les coffres de l’ancienne Banque de France, attendant sagement d’écrire à leur tour un nouveau chapitre de leur fabuleuse histoire…

Musée du Bagage
5, rue Saint-Georges à Haguenau
03 88 63 44 43

 

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie CULTURE, D'ailleurs, Exposition, Voyage

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