La ballade des gens heureux

La compagnie Sokan fait danser les spectateurs au centre socioculturel du Fossé des Treize

A l’initiative des collectifs Oùlà et Envie de quartier, du centre socioculturel du Fossé des Treize, de la Ville et du Conservatoire de Strasbourg, les Strasbourgeois étaient invités pour la première édition de Musique sur Cour, à suivre un parcours musical déambulatoire. Une belle initiative qui nous donnait à découvrir des cours insolites, et à apprécier la musique autrement.

Samedi, 14h. Le soleil est au zénith, ou presque. Devant le Tribunal, un petit attroupement muni de percussions de bric et de broc se concentre, quelques badauds attendent patiemment le début de la balade, dans le cadre de la première édition de Musique sur Cour, au coeur du quartier du Fossé des Treize. Dans la foule, nous retrouvons Emmanuel Séjourné, professeur de percussions au Conservatoire, lunettes vissées sur le nez. Il nous explique le principe de l’après-midi : « Le Conservatoire peut aussi jouer dans des formes moins académiques, sortir la musique de ce lieu et la donner à découvrir aux habitants est quelque chose qui nous tient à cœur. C’est l’occasion de faire quelque chose de différent. On souhaite animer le quartier en organisant sept instants musicaux dans sept cours qui ont chacune leurs individualités, et on propose un patchwork musical. » Nous sommes coupés par Robert Herrmann, premier adjoint au Maire qui souffle à Emmanuel Séjourné de donner le coup d’envoi de l’après-midi.

L'ensemble Stick'in Garbage sonne le départ de la déambulation sur le parvis du Tribunal

Sur les marches du Tribunal sont installés des poubelles renversées. D’on ne sait trop où, l’ensemble Stick’in Garbage sort de sa cachette vêtu de gilets oranges et muni de bâtons. Ils commencent à taper en rythme dans une chorégraphie réglée comme du papier à musique : les boum-boums résonnent dans le quartier du Fossé des Treize. A côté de nous, Robert Herrmann ose un : « C’est génial ! ».
Cinq minutes de percussions plus tard, la Batucada familiale du quartier : parents et enfants tapent sur des casseroles, glissent des baguettes sur des tuyaux et nous invitent à les suivre dans les rues du quartier. Dans la bonne humeur, et tout doucement le cortège s’avance, certains habitants sortent le nez de leurs fenêtres pour taper des mains, d’autres esquissent des petits pas de danses et les enfants, nombreux dans le cortège crient de joie.

La Batucada guide le public de cour en cour

Nous voilà rendus à la Clinique de la Toussaint. Pierre Boutelant, le meneur de la Batucada, siffle trois coups et l’agréable tintamarre s’arrête. Doucement, le public se glisse à l’intérieur de la chapelle : une voix d’abord discrète s’élève au-dessus de nos têtes. Une soliste de l’ensemble vocal du Conservatoire est perchée sur le balcon juste devant l’orgue, petit à petit, sa voix se fait plus puissante. Sans qu’on le remarque vraiment, baignés dans cette ambiance spirituelle, un chœur d’adolescentes, partition en main commencent à lui répondre dans le narthex. Dans le chœur de l’église, d’autres choristes prennent le relais. Quand tout le groupe se réunit, c’est une chorale toute entière et habillée tout de blanc, qui chante en canon. Nous reprenons ensuite la balade, précédés par la Batucada qui nous guidera sur tout le parcours. Au collège Notre-Dame, l’ensemble de cuivres nous attend muni de tuba, le professeur propose même un blind test aux enfants en leur faisant devenir le titre phare du Livre de la Jungle  » Il en faut peu pour être heureux « . 5 minutes par cour, le temps nous est compté. Prochaine destination : une cour particulière à l’ancienne remplie par les sons de saxophones de quatre jeunes gens attifés d’un chapeau de paille.

Le quatuor de saxophones du Conservatoire sous le soleil de la cour du 51, rue du Faubourg-de-Pierre

Une reprise de Charlie Parker, une samba improvisée rejointe par la Batucada et nous voilà face à deux solistes, deux guitaristes qui entonnent des classiques italiens et anglais. Assises à côté de moi, deux petites filles, l’une lance : « Je connais cette chanson », l’autre lui répond : « Moi, je connais tout. », autour, des sourires complices.
Au centre socioculturel, les percussions africaines par la compagnie Sokan nous font voyager le temps de quelques interprétations dans les îles, les enfants dansent, les parent se trémoussent discrètement. Au 21, rue Maréchal Foch, autre ambiance, électronique celle-là. Une habitante, maintient un rideau noir le temps que le public entre dans le hall plongé dans la pénombre, un photographe nous mitraille, puis la cour baignée de bruits étranges, d’explosions contrôlés par le pôle son du Conservatoire.

Une partie du Pôle Son du Conservatoire fait résonner des bruits étranges dans la cour du 21, rue du Maréchal Foch

Dernier arrêt, le collège Foch devant l’ensemble de jeunes saxophonistes qui donnent là, la deuxième représentation de leur carrière, déjà professionnels. C’est la fin, sous le soleil. Robert Herrmann, qui a suivi toute la déambulation s’avance et remercie tous les acteurs de ce moment pas comme les autres : « Nous avons voulu faire rêver. » Pari réussi pour cette première édition de Musique sur Cour.

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique

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