Mis(e) à nu

© Nicolas Comment

Après Rose Planète, album fascinant – en vinyle sur Médiapop Records –, Nicolas Comment sort Milo Songbook, une commande des éditions chicmedias. Le photographe et musicien révèle ici sa muse et amante Milo, et au passage, livre son regard subtil sur la matière, le corps et la Femme.

Après Est-ce l’Est ? (Berliner romanze) CD-livre composé d’une de tes balades photographiques à Berlin, te revoilà associant chansons et photographies dans Milo Songbook. Tu précises cependant dans la préface du livre avoir toujours « pris soin de séparer [tes] photographies de [tes] chansons », pourquoi ?
Est-ce l’Est ? (Berliner romanze) n’est pas un « livre » de photographie, c’est mon premier geste musical et les images étaient au départ simplement destinées à enrichir le livret d’un mini-album concept réalisé avec le producteur Jean-Louis Piérot. Ensuite, si j’ai pris le parti de ne pas mélanger photographies et chansons, c’est bien sûr parce que je voulais que mes chansons existent indépendamment de mon travail photographique mais aussi et surtout à cause du respect que j’ai pour la photographie. Pour moi, la photo ce n’est pas de l’illustration, elle peut et doit être autonome. C’est ce que j’essaie de faire en l’utilisant comme un véritable moyen d’expression qui n’est pas au service d’autre chose, comme c’est souvent le cas.

En lisant la préface, on comprend qu’il t’est difficile de proposer d’autres textes que tes chansons ? Tu parles de « l’humilité de la chanson »
J’avais commencé à prendre quelques notes pour accompagner les images, mais je n’étais pas satisfait. Je ne sais pas s’il est plus humble d’écrire des chansons que des romans ou de la poésie mais je place assez haut la littérature… Mon travail photo en est d’ailleurs nourri. Et pour moi, photographier c’est déjà une manière d’écrire. La photographie dans sa rapidité, sa simplicité, remplace l’écrit. Quant à la chanson, c’est un moyen détourné d’aborder l’écriture sans prétention tout en attachant un vrai intérêt au texte. Je suis en fait très attaché à la forme « poétique » ou expérimentale en littérature – le roman m’intéresse peu – et la chanson permet d’utiliser ces formes devenues marginales dans la littérature actuelle.

Ce rapport à la poésie, tu cherches aussi à l’instaurer dans tes images. La photographie n’est pas documentaire, en tout cas pas dans ce livre. Pourquoi ce choix ?
Tout de même, la base est documentaire et j’ai besoin que la photographie adhère au réel. J’utilise très peu de mise en scène. Je suis un peu le reporter de ma propre intimité… Chose importante : Milo n’est pas un « modèle », elle est ma compagne. Il s’agit donc d’une histoire vraie ! Par contre, je crois que la fiction est imbriquée au réel. La photographie fictionnalise la réalité. Elle va « du fait vers l’idéal » comme dirait Mallarmé. C’est pour cela qu’elle n’est pas seulement un document mais permet aussi à des artistes de s’exprimer.

Le fait de rapprocher ces chansons de ces photographies induit que le lecteur les associera, comment le vis-tu ?
En fait, si j’avais choisi des images réalisées au moment de l’écriture des chansons, elles auraient été illustratives. Donc j’ai préféré prendre le parti-pris de l’aléatoire : il y a là deux corpus distincts ; d’une part une série de photographies récentes sur Milo et d’autre part un recueil de chansons pour certaines assez anciennes. Les photos ne sont donc pas l’illustration des chansons et les textes ne sont pas les commentaires des photos.

© Nicolas Comment

On sait qu’écrire sur des êtres que l’on chérit est difficile, l’est-ce aussi de photographier l’être aimé ?
Il me semble que c’est tout naturel en photographie… Mais ici, l’être aimé n’est pas seulement l’être aimé. Ce ne sont pas simplement des photos de ma copine. Elle incarne ici quelque chose de l’ordre du fictionnel, du féminin. Milo possède une sorte de beauté archétypale qui fait que je n’exhibe rien d’elle en particulier. Même dans les photographies déshabillées que je fais d’elle, il me semble qu’elle est encore vêtue. Le grain, la couleur, la matité du papier sont aussi des vêtements. Pour ainsi dire c’est comme si le nu (photographique) recouvrait son corps. Ce livre me semble très pudique en définitive !

Ces photographies ont été réalisées dans le cadre de déplacements, ce qui te permet aussi de dépasser l’intimité du quotidien, en as-tu conscience ?
En fait, il y a toute une lignée de photographes prestigieux qui ont photographié leurs femmes au quotidien : Emmet Gowin, Masahisa Fukase, Lee Friedlander, Bernard Plossu, Araki, etc. Mais il existe aussi un autre courant avec une manière moins « intimiste » et plus réflexive, comme les recherches formelles autour du nu que Harry Callahan a réalisé avec sa femme Eleanor, ou bien encore celle d’Edward Weston ou de Denis Roche qui photographiait sa femme essentiellement en voyage. Je crois que je me situe un peu entre les deux. Parfois, ces images ont été faites en parallèle d’autres projets : dans le cadre d’une résidence au Maroc, en marge de commandes pour des revues comme Edwarda ou Possession Immédiate, ou bien encore en partenariat avec une chaîne d’hôtels – d’où le côté luxueux de certains décors pour le coup très fictionnels ! Mais ces images sont aussi les notes d’une réflexion sur le nu que je mène depuis assez longtemps. J’ai puisé dans environ cinq ans d’images, mais ça ne s’arrête pas là, et je continue à faire des photos de Milo régulièrement. J’aimerais qu’il y ait un tome 2 !

MILO Songbook, Nicolas Comment, aux éditions chicmedias
ROSE PLANETE, vinyle chez Médiapop Records

Nicolas Comment, en concert le 12 février à 19h au Magic Mirror (Place Kléber), dans le cadre de Strasbourg Mon Amour.
-> consulter l’événement Facebook

Le by Cécile Becker dans la catégorie Clips, Concert, CULTURE, Photographie, STRASBOURG

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