Nicolas de Leyde : le mouvement sublimé

L’artiste Nicolas de Leyde fait l’objet d’une belle exposition au Musée de l’Œuvre Notre-Dame, à Strasbourg, avec des œuvres en provenance de collections publiques et privées (Paris, Berlin, Amsterdam, New York et Chicago). L’occasion de se familiariser avec un artiste majeur et influent pour l’art de son époque.

À Strasbourg, le Musée de l’Œuvre Notre-Dame conserve deux œuvres jalons du Moyen-Âge : la première, la figure de la Synagogue du bras sud du transept de la Cathédrale, la seconde, le Buste d’homme accoudé de Nicolas de Leyde. Par leurs qualités plastiques et leur niveau d’expressivité, toutes deux ont en commun de se situer à part dans la production sculptée de leur temps, respectivement le début du XIIIe siècle et la deuxième moitié du XVe. On peut l’affirmer : pour chacun d’entre elles, il y a un avant et un après, elles sont sans équivalents et, à ce titre, constituent des chefs d’œuvre absolues, isolés et remarquables – des modèles indépassables – à l’échelle de l’Occident médiéval.

Si le sculpteur de la Synagogue reste inconnu et suscite bien des fantasmes, l’auteur du Buste nous est bien connu : Nicolas de Leyde fait l’objet d’une exposition magnifique – sa première exposition monographique –, qui fait le point sur ses sources plastiques, sur son parcours artistique et sa postérité. À Strasbourg où il a séjourné entre 1462 et 1467, il a réalisé de grands ensembles, et en particulier l’épitaphe du chanoine de Bussnang dans la cathédrale, et le portail de la Chancellerie de la ville, bâtiment aujourd’hui disparu dont il subsiste quelques fragments, dont deux têtes, un prophète et une Sybille, réunies pour la première fois depuis un siècle.

L’ensemble des 70 pièces regroupées s’articule autour du Buste, une sculpture d’une qualité exceptionnelle, sans doute la plus créative de l’artiste : l’homme a les yeux mi clos, le menton appuyé sur la paume de sa main droite ; il semble perdu dans ses pensées. Si on peut y voir là l’une des nombreuses déclinaisons de la figure mélancolique, sa posture renvoie plus à la réflexion qu’à une forme d’affliction. Toute la modernité de l’œuvre réside dans le mouvement, la tension du corps courbée qui souligne la tension intérieure de la personne, ici sans doute l’artiste lui-même dans ce qui est suggéré comme un autoportrait sensible. L’insistance sur les doigts qui s’enfoncent dans la joue est un détail réaliste ; il rappelle également que l’artiste est fait de chair et qu’il prend conscience, en parfait humaniste, de l’unité du corps et de l’esprit.

Jusqu’au 8 juillet au Musée de l’Œuvre Notre-Dame
3, place du Château – +33 (0)3 88 52 50 00
www.musees.strasbourg.eu

Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé, Strasbourg, 1463. Grès rose.
Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Photo : M. Bertola

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Exposition

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