Nicolas Rey fait les 400 coups sur Inter

Nicolas Rey après l'enregistrement de Comme on nous parle à l'Aubette ©Christophe Urbain

Le regard désabusé, la plume parfois déprimée, l’humour souvent corrosif, la voix inspirée, Nicolas Rey écrivain et chroniqueur pour France Inter est spécialisé dans la crise de la trentaine. Au micro, il fait les 400 coups, raconte L’amour est déclaré avec des personnages qui poussent à l’attendrissement. Nicolas Rey, dandy mélancolique, a aujourd’hui la mèche fournie de cheveux blancs mais revendique une certaine immaturité. Ado pour toujours, il écrit moderne dans ses livres et parle vrai mais fictif au micro de Pascale Clark, une amitié indéfectible. De passage à Strasbourg avec toute l’équipe de France Inter le 16 février dernier à l’Aubette, il nous invite à nous asseoir sur le plateau éphémère un instant vide (à la place de Pascale Clark s’il vous plaît !) et empoigne le dictaphone comme un micro en nous disant : « J’aime bien parler comme ça, c’est génial ». Une rencontre improvisée, une interview informelle, détendue.

L’amour est déclaré, cette série entre deux amoureux, Stanislas et Géraldine, est-elle inspirée par le film La guerre est déclarée de Valérie Donzelli ?
J’ai vu ce film, il est vachement bien. Mais il ne m’a pas vraiment inspiré, on a juste gardé la musique et la consonance du titre, mais c’est tout ce qui peut ressembler au film. L’idée c’est une chronique d’amoureux : une meuf à gauche, un type à droite, où j’imagine comment une histoire d’amour pourrait se passer entre deux personnes qui votent à l’opposé. Je ne savais pas du tout en commençant que Stanislas allait finir par se ranger du côté de Dupont-Aignan, qu’il allait devenir dépressif, ni que Géraldine allait devenir lubrique et complètement fan de Hollande… Ça ne fait qu’alimenter l’histoire. Je n’arrivais pas à me faire au fait que Stanislas soit Sarkozyste, c’est une faute de goût énorme, du coup j’ai du trouver une échappatoire. J’ai tout de même besoin d’aimer mes personnages, et puis Dupont-Aignan est touchant à sa manière. Ça me fait marrer : quand on lui dit qu’il est un petit candidat, il répond : « Oui, mais c’est une petite boule de neige qui a déclenché une avalanche ! » Dupont-Aignan est quand même moins nocif que l’autre…

Ça vous amuse de faire les 400 coups ?
Oui. Alors cette chronique-là, j’ai du trouver l’idée deux jours avant qu’on reprenne. Comme c’était le mercredi, le jour des enfants, j’ai trouvé ce truc : « Enfant, écoute-moi un jour tu vas… ». Ce sont des souvenirs de ma propre enfance mélangés avec d’autres histoires. Ça va de : comment va se passer ta première boom, à comment survivre à ton premier enterrement. Je m’amuse.

Pascale Clark est une sorte de partenaire particulière ?
C’est ma vie, mon amour, ma passion depuis le début… On a tout vécu : de bons moments, de plus rudes, c’est indéfectible. Ça n’a rien à voir avec le boulot…

Comment ça ?
Non mais je vais être honnête avec toi : je ne pourrais pas faire de radio ailleurs que sur Inter et surtout c’est avec Clark que je fais de la radio ou alors je n’en fais pas. Je ne me l’explique pas car on ne se ressemble pas du tout, mais c’est la seule personne au monde qui est capable de me faire me lever à cette heure-là. C’est venu très progressivement, sans que je m’en aperçoive, la question ne se pose pas, je ne peux pas faire autrement…

Vous considérez-vous comme la star de France Inter ?
(Rires). Ah non pas du tout, Pommier est un vrai génie. Je réécoute ses chroniques trois ou quatre fois et je découvre à chaque fois un sens caché. C’est rare de rencontrer quelqu’un qui soit aussi aimable et aussi talentueux avec un micro. Je le vois faire en direct et il joue toujours à la limite, avec les silences… Tant pis pour mon ego, mais je suis dans sa roue, je suis une éponge : j’apprends beaucoup en le regardant. Il peut se planter, il revient toujours, il en joue même. C’est un génie.

Ce ton, cette diction, d’où ça vous vient ?
Aujourd’hui, ça me vient de la crève… Non mais je ne pourrai jamais faire une chronique normale, il faut que je crée un monde. C’est pour ça que ça marche avec Clark, elle aime ce monde-là. Je ne pourrai jamais chroniquer l’art ou un film, ça me saoule, j’aime bien créer des personnages.

Une blague ?
Bon elle est mauvaise et je te préviens, elle va être difficile à retranscrire…

Essayons toujours…
Qu’est-ce que c’est ? (Il tapote ses doigts sur la table)

Je sais pas, une araignée…
Le bruit qui court, voilà.

Ah voilà. Merci.

Retrouvez les portraits de Pascale Clark et Patrick dans le Zut ! 13 / pages 70-71
Et puis, comme il fait une petite apparition dans Bye Bye Blondie, le dernier film de Virginie Despentes, allez jeter un oeil à la chronique, juste ici

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Radio, Rencontre

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