You think you’re fierce ?

Non, ceci n’est pas une tentative ratée de Macarena. Cécile tente une Hands performance couplée à un catwalk © Henri Vogt

Nouvel épisode de « On a testé pour vous » ! Cette fois, on vous fait découvrir un stage de voguing, organisé par le CIRA. Un reportage en images par nos envoyés spéciaux Alexandre Zebdi et Cécile Becker…

9h30: Croissants, cafés et cigarettes en main on se retrouve devant le CIRA. Fatigués de la soirée de la veille et du réveil plus que matinal pour un samedi matin, mais impatients de commencer.

9h45 : Le froid nous décide à rentrer. C’est clair, lumineux, il fait chaud. Nous sommes accueillis par la chargée d’accueil du CIRA qui nous indique notre salle au troisième étage, les vestiaires et nous précise qu’il y aura un peu de retard. On refume une clope ?

10h 20 : On se retrouve à 13 pour assister au stage. 10 femmes et 3 hommes, tous vêtus de nos plus beaux habits de lumière / de sport et plutôt enthousiastes. Lasseindra fait son entrée. Figure de proue du voguing en France et artiste queer ayant importé le mouvement en France dans les années 2000 après avoir découvert la culture à New York.

10h35 : Après une rapide et complète explication de l’essence du voguing qui n’est que la partie plus visible de la Ball Room, qui remonte aux années 50 et qui à l’origine est un mouvement visant à l’émancipation de la communauté LGBT (et plus particulièrement les trans) noire et latino. On apprendra que nous nous essaierons au voguefem, courant sensuel du voguing.

Pour plus de détails on invite à regarder le reportage Paris is burning suivant pendant plusieurs années le mouvement à New York.

Lasseindra Ninja, fascinante. © Henri Vogt

10h45 : Début de l’échauffement, on s’étire pour éviter tout faux mouvements, l’occasion de faire quelques mouvements de voguing vus sur les internets. On se trouve encore à ce moment précis particulièrement doués.

11h : On commence par apprendre la posture de base. La demie pointe. Jusque là pas de problème. Les choses se compliquent quand on comprend qu’une fois en demie pointe, il va falloir tenir, longtemps (trèèèèèèès longtemps), fléchir les genoux et rester dans cette position (bonjour les cuisses, comment allez-vous ?). Aïe.

11h 30 : Après une demi-heure d’articulations qui craquent et de mollets tremblants. On passe au catwalk : demies pointes, jambes fléchies, on marche, on danse, et on tient la position. Spoiler : c’est douloureux. « Dans le voguing on va toujours de l’avant ! ».

11h 40 : Se voir danser dans un miroir n’est pas forcément évident. Lasseindra nous fait prendre conscience que dans notre société nous avons tous intériorisé une certaine forme de gêne par rapport à notre attitude, notre corps, nos formes et que le voguing a pour but de se libérer de ces contraintes, de ces regards.

Toujours, Lasseindra. Coeur. © Henri Vogt

12h : On introduit le mouvement de base des bras et des mains. Le tout paradant sur un Run way improvisé. C’est assez joli. Il consiste en une succession de mouvement rapides et très géométriques. « Des hiéroglyphes », nous dit Lasseindra. Ouf ! On le maîtrise tous plus ou moins.

12h 15 : Les choses se gâtent sérieusement. On commence la Flour Performance. Une chorégraphie de mouvements au sol rapides et sensuels. Roulades, jambes en ciseaux, grands écarts, mouvements saccadés, le tout calé sur le rythme de la musique. Le but est d’attirer le regard, de jouer avec son propre corps. On redoute tous un peu notre tour, encore une fois le problème de l’appropriation de son corps se pose. « C’est ton corps, pas celui de ton voisin. Joue avec lui, attire les regards. Ce sont tes hanches, ta poitrine. C’est à toi. » Facile à dire, en vrac : malaise, rouges aux joues, et roulés-boulés maladroits qui se finiront par des bleus aux genoux.

Non, Alexandre ne fait pas la sardine mais tente une Flour Performance. © Henri Vogt

12h 40 : 5,6,7 et 8. 5,6, 7 et 8. On apprend à faire un catwalk déstructuré en ligne de 4. Plutôt pas mal. Il devient de plus en plus difficile de ne pas exploser de rire quand nos regards se croisent dans le miroir. Vivement la pause.

13h : Pause à base de sandwich triangle et Monster Munch (de Balsen). « Non mais je vais crever », «J’en peux plus. », «Ils ont l’air dégueux les beignets », « Tu me passes une clope », « Non mais tout est une question d’attitude »« C’est là que tu vois qui fait du sport ou pas. Moi par exemple j’en fait pas. », « La prochaine fois on fait un reportage sur un resto c’est moins physique. »

14h : Retour de la pause déjeuner, on reprend cette fois-ci avec le « Duckwalk » : avancer en rythme en étant accroupis, toujours en demie pointe mais surtout, en levant, baissant les bras en rythme et synchronisés à la musique. Ça a l’air facile dit comme ça. On vous arrête tout de suite, ça ne l’est pas. On tombe, une fois, deux fois et on recommence.

14h15 : Lasseindra nous explique que si on n’y arrive pas, c’est parce qu’on n’a pas d’abdominaux. On le confirme. On part sur une séance d’abdos. C’est une torture. Les jambes tremblotent et les visages deviennent rouges. Mais tout va toujours mieux avec de la disco en fond sonore.

14h40 : Lasseindra entame une « Hand performance » C’est beau, gracieux sensuel et très fluide. On regarde impressionnés, en se disant que dans 3h nous aussi on saura le faire. Enfin on l’espère, de toutes nos forces.

Là, on ne sait pas trop ce que Cécile fait, mais remarquez les muscles saillants. © Henri Vogt

15h : Après la démonstration, on commence à reproduire les mouvements de la « hand performance » à nos run ways. Coordonner les mouvements du haut du corps et du bas s’avère compliqué. Le tout en n’ayant pas l’air de faire une Macarena douteuse. Mais une fois qu’on prend le temps de repérer le tempo house, très répétitif, ça s’améliore tout doucement.

15h20 : Henri arrive pour prendre quelques photos. Et capture quelques clichés de nos run ways, en se moquant un peu face à nos performances plus ou moins gracieuses.

15h50 : Une fois tout la série photo terminée, dont resort une jolie série d’un participant plutôt doué, Henri se moque une dernière fois de nous et on l’accompagne pour lui dire au revoir = fumer une cigarette.

Il y a des élèves manifestement plus forts que d’autres. © Henri Vogt

16h : Le moment fatidique arrive. Le Dip & Drop (celui de Lasseindra est très réputé et plus qu’impressionnant). Il consiste à tourner sur soi-même, bloquer sa position et finir au sol une jambe en l’air, l’autre étant censée supporter le poids durant la descente en quatre temps. Une sorte de final en apothéose. Autant dire que nos dips & drops étaient bien loin de ceux escomptés. Chutes, fous rires, et craquements partout.

16h40 : La fin du stage approche, le moment d’étirer nos muscles pour éviter les courbatures promises, sur fond de Diana Ross. Au fond de la salle, on ne tient plus en place, enchaînant roulades, postures de yoga et chorégraphies caliente, la fatigue reprend ses droits et notre niveau de concentration est au point mort.

17h : Un dernier bravo collectif aux vogueurs d’un jour et le stage touche à sa fin. Le moment pour nous de poser quelques questions à Lasseindra qui nous explique avec découvert le voguing en 98 à New York dans un club house. Rapidement la curiosité se transforme en passion et il commence à fréquenter le milieu des Ball Rooms avant de faire son Run way et d’intégrer l’une des houses les plus légendaires : la House Ninja. Rentré en France, Lasseindra a emporté la communauté dans ses valises et importe le mouvement à Paris d’abord puis dans toute l’Europe, la scène ball room française venait d’être créée. Lasseindra nous explique qu’avant tout, le mouvement ball room est un état d’esprit, une communauté où l’on est en sécurité et où chacun trouve sa place loin des stéréotypes véhiculés par une société trop souvent hétéro-centrée et majoritairement blanche. Mais comme beaucoup d’autres mouvements issus de la culture afro-américaine, la ball room fait face à une large réappropriation culturelle. Le voguing s’éloigne alors peu à peu de son essence même et son aspect militant, ce qu’il faut absolument protéger nous confie Lasseindra.

Trois jours après la fin du stage on est plutôt contents d’avoir tenté l’expérience malgré nos bleus et nos courbatures. C’est un fait : nous ne voguerons jamais correctement, mais les mouvements intégrés pourront être dégainés ici ou là, au Mudd, au hasard… 

Le CIRA organise des stages de danse variés et accessibles à tous, amateurs comme professionnels tout au long de l’année et on vous invite chaudement à y participer !

Par Cécile Becker & Alexandre Zebdi – Photos : Henri Vogt

Le by Alexandre Zebdi dans la catégorie CULTURE, Danse, LIFESTYLE, Sports, STRASBOURG

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