Jackson Scott, enfant de Deerhunter ?

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique, STRASBOURG | Laisser un commentaire  

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Bonne nouvelle : alors que la rentrée des concerts tarde à nous enchanter Jackson Scott, américain à la fraîche vingtaine, débarque au Troc’afé. Un rock comme on aime hésitant entre psychédélisme, garage et pop. Parfait pour aborder un hiver anticipé.

Je me souviens de ce jour si particulier où j’ai entendu pour la première fois la guitare étouffée de Bradford Cox. De tête, ce devait être sur Oceans parue sur l’album Turn It Up Faggot, morceau foutraque mais merveille absolue. Un tableau presque surréaliste. Cinq ans plus tard, je découvrais avec le même enchantement Desire Lines sur le dernier album Halcyon Digest, depuis devenue mon hymne ultime. Inutile de dire que j’ai suivi avec attention la carrière de Cox : ses incursions avec Atlas Sound, ses lives partagés avec ses copains les Black Lips ; jusqu’au jour où j’ai eu la chance de voir Deerhunter en live qui s’est chargé de la programmation du festival ATP en juin dernier – meilleur festival du monde entier dont la dernière édition se déroulera fin novembre -. La boucle était bouclée.

Depuis, j’attends désespérément mon prochain coup de cœur. Le hasard a voulu que les Panimix programment Jackson Scott en co-production avec Hiéro Colmar pour le festival Supersounds. M’empressant d’aller écouter cette découverte, j’achète son album Melbourne, appuie sur play et là, magie. Je retrouve ce son de guitare étouffée que j’affectionne tant sur le premier morceau d’introduction : Only Eternal. Serait-ce l’enfant de Bradford Cox ? Non, mais la tête pensante de Deerhunter l’a aimé et même adopté pour assurer certaines de ses premières parties. Pas étonnant : qui se ressemble, s’assemble. Jackson Scott joue sur le même terrain : un rock expérimental, un peu rêveur, teinté de pop et parfois de noise.

Alors j’ai commencé à me renseigner sur le jeune loup qui ne renie ni ses influences garage, ni la pop super populaire : parfait pour la consommatrice de rock indé et de Beyoncé que je suis (et j’assume !). Voilà donc un jeune homme bien dans son temps, qui pose parmi les fleurs rouges, produit des chansons printanières (Sandy, Any Way, In The Sun), se laisse rêver, bercer dans le son d’une guitare tantôt rassurante, tantôt distordue. Il n’y a peut-être rien de foncièrement nouveau dans la musique de Jackson Scott, mais puisque je m’accorde ici un ton personnel : je discutais avec une amie de l’importance des références ou de l’indépendance d’un groupe par rapport à d’éventuelles inspirations ; au final, pour quoi faire ? Inutile de se poser tant de questions lorsqu’une chanson, un groupe réussit à parler aux émotions, qu’elles soient physiques ou psychiques. Et Jackson Scott, jugez-vous même, réussit à nous amener ailleurs.

 

Jackson Scott, en concert au Troc’afé le 31 octobre à 20h, dans le cadre du festival Supersounds. Une co-production Panimix et Hiéro Colmar.
8, rue du Faubourg de Saverne à Strasbourg.
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Grimes : l’interview vidéo

Le by Cécile Becker dans la catégorie CULTURE, Musique, Rencontre, STRASBOURG | 1 commentaire

Il y a plusieurs mois, Ludmilla Cerveny, photographe, et moi-même, avons interviewé et photographié Grimes lors de son passage à la Laiterie à Strasbourg. L’article doit être lu dans ce Novo et la rencontre immortalisée en vidéo peut être vue ici !

Anna Calvi reprend son souffle

Le by Emmanuel Abela dans la catégorie CULTURE, Musique | Laisser un commentaire  
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Décidément, Anna Calvi entrouvre les nouvelles portes de la perception.

Pour Anna Calvi, le challenge était de taille : rééditer l’exploit d’un album à la taille de sa première tentative magnifique en 2011. Le risque était double, soit s’appuyer sur une recette qui avait fait le succès aussi bien public que critique d’Anna Calvi, soit se lancer dans une aventure hasardeuse. Bref, on retrouve toute la problématique du second album syndrome, comme disent nos amis anglais. Notre petite britannique a su éviter tous ces écueils, avec un disque qui s’inscrit dans la continuité du précédent, mais tout lui donnant une tonalité singulière : aux références précédemment invoquées, Jeff Buckley, Nick Cave et Ennio Morricone, il faut rajouter celle de Scott Walker. Quand on lui soumet l’idée, elle pousse un petit rire amusé. Elle raille gentiment l’« évidence », suggérant le fait qu’on ait besoin – ce en quoi elle a entièrement raison – de constamment nous appuyer sur ces références, comme ça avait été le cas précédemment, et de manière beaucoup moins évidente, pour PJ Harvey. Et de nous signaler qu’il lui arrive de ne pas bien connaître certaines des influences qu’on lui attribue désormais, Siouxsie and The Banshees notamment. Quoi qu’il en soit, elle confirme bien volontiers ce niveau de confiance qui lui a permis de pousser plus loin ses propres recherches : un jeu cristallin à la guitare et une voix qui s’envole au détour de compositions plus inconfortables, les sublimes One Breath ou Love Of My Life, pour un disque qui constituerait éventuellement la seconde partie d’un diptyque sublime. Qui poursuit en tout cas l’œuvre aujourd’hui sans faute d’une artiste que l’on situe d’emblée comme l’un des repères incontournables en cette période artistiquement frivole.

Anna Calvi, One Breath, Domino

En concert le 6 décembre à la Laiterie

François Leclerc, photo-graphi(st)e

Le by Zut alors dans la catégorie CULTURE, Exposition, Photographie, STRASBOURG | Laisser un commentaire  
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François Leclerc, Runes, Série « Silences », 60×42 cm

Il apparaît que la peinture, le graphisme est la photographie ne sont parfois séparés que d’une fine pellicule. La preuve en images avec le travail du photographe François Leclerc.

On perçoit des références picturales et graphiques dans votre travail, ces deux domaines font-ils partie de votre parcours ? Si oui, comment en êtes-vous arrivé à la photographie ?
J’ai fait de la peinture dans les années 70, de l’aquarelle, de la gouache, de l’encre de Chine… Je dessinais plutôt des choses surréalistes, avec pour référence Max Ernst. Et je me suis acheté un appareil photo pour faire un book de mes images. Après je m’en suis servi parce que j’avais besoin parfois de détails pour les reproduire dans mes peintures. Et puis finalement, de proche en proche, j’ai fait de moins en moins de peinture et de plus en plus de photographie.

Sur la photo intitulée Runes (ci-dessus), les branches de maïs se transforment en modules graphiques comme « aquarellés ». La peinture s’invite dans photos. Finalement, vous alliez vos deux passions ?
Je dis toujours que je suis un peintre paresseux, parce que c’est pas une manière tout à fait classique de faire de la photo. Quoique dans l’histoire de la photographie, au XIXe, il y a déjà des gens qui ont fait des photos dans le sens peinture, des pictorialistes. On les a appelés comme-ça par la suite. Au départ, je n’avais aucune culture particulière de photographie. Je suis plus « graphie » que « photo ».

Au niveau du traitement de l’image, est-ce que vous effectuez des retouches ?
Très très peu. Parfois il y a des petites défauts, alors je les enlève. J’attache surtout de l’importance à la composition. Quand je photographie une ligne horizontale, il n’est pas sûr qu’en tenant l’appareil je serai parfaitement horizontal. Donc je redresse la ligne pour rectifier la composition. Je travaille également les contrastes.

Vous utilisez également le trompe-l’œil (avec la citerne et le grès pris de près, formant des paysages).
C’est l’imagination qui est présente au moment où je prends la photo. C’est un peu visionnaire. Évidemment que, si on voyait ce qu’il y a autour, on rêverait beaucoup moins ! La photo ce n’est plus la réalité. Elle est extraite de son contexte, donc à ce moment-là, on peut vous faire croire ce que l’on veut.

Comment qualifieriez-vous votre travail ?
J’ai lu une phrase de Marcel Duchamp qui disait : « C’est le regardeur qui fait le tableau ». Vous voyez, c’est un peu ça qu’on pourrait dire par rapport à ce que je fais.

Propos recueillis par Valentine Schroeter, François Leclerc, photographe – www.francoisleclerc.odexpo.com
Exposition permanente chez Pêle-Mêle
9 rue des Veaux à Strasbourg – www.pelemele.eu

François Leclerc, série "Silences", 60x42

François Leclerc, série « Silences », 60×42

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François Leclerc, série « Silences », 60×42

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François Leclerc, Vol d’étourneaux, 60×42

Zep, l’intuition rock

Le by Zut alors dans la catégorie CULTURE, Illustration, Livres, Rencontre, STRASBOURG | Laisser un commentaire  
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Zep par Pascal Bastien

Zep nous a livré les clés de son nouvel opus, Une histoire d’hommes. Le dessinateur nous parle de rock, mais aussi de regrets avec un naturel désarmant.

Dans votre nouvelle bande dessinée Une histoire d’hommes, parue aux éditions Rue de Sèvres, on a le sentiment d’un ouvrage qui relate des amitiés perdues, de la nostalgie qui s’installe… Est-ce que vous exprimez vos propres regrets ?
Le thème des regrets est récurrent dans le livre : qu’est-ce que c’est de grandir, ou de ne pas pouvoir grandir à cause d’un rêve brisé ? Il est clair que des groupes qui se forment et qui se brisent, moi j’en ai fait beaucoup, mais c’est beaucoup plus dur quand au sein du groupe il y en a un qui poursuit le rêve, parce qu’il renvoie forcément aux autres leur échec et leur abandon. J’avoue que je ne l’ai jamais vécu, parce que je n’ai jamais joué dans un groupe avec quelqu’un comme le personnage de Sandro, mais je réfléchissais à ce thème-là, et pour moi c’était le thème de fond. Le rock, l’ambition autour de la musique c’est vraiment le prétexte, mais le vrai thème c’est effectivement comment grandir, comment dépasser ses regrets, comment devenir un homme. Le personnage vivant c’est mon personnage de départ dans l’histoire qui est resté bloqué dans une  de cynisme, il n’avance plus, sa vie s’est arrêtée à la rupture de son groupe, et lui il est étouffé par ses regrets justement.

ZUT19_WEB_Zep_Histoire_d'hommes_rock_2Dans la BD, le chanteur qui porte le groupe au départ se retrouve sur le carreau. N’y a-t-il pas aussi une critique latente qui dit qu’il ne suffit pas forcément d’être créatif pour réussir ?
Non, pour moi personne n’a réussi quoi que ce soit, il y en a un qui a poursuivi le rêve mais on sent dès le départ qu’il est beaucoup plus porteur, c’est lui que les gens applaudissent, les autres sont un peu plus interchangeables. Mais sa vie a aussi des fêlures, il porte ses secrets qu’il n’arrive pas à dépasser, sa vie familiale est brisée, il y a un secret donc c’est en train de briser son couple aussi… Il y a énormément de choses qui sont pesantes dans sa vie. Son rêve de star qu’il avait quand il avait 20 ans n’est plus du tout le même à 45 ans et il n’a pas les armes pour y faire face. Il a besoin de retrouver son copain Yvan pour faire face à cette situation. Pour moi il n’y a pas un gagnant et un loser, mais à un moment ils échangent effectivement leurs vies, et c’est là qu’on se rend compte que cela tient à peu de choses. Le succès c’est un plus mais la vie vraiment incarnée du personnage ne se joue pas là.

Les personnages semblent regretter le passé et ne pas apprécier l’instant présent. L’insatisfaction n’est-elle pas en fait l’essence même du rock ?
Au départ, ce rêve rock, il est là, et il pousse les gens à se dépasser, à aller dans quelque chose de rapide et d’une certaine sauvagerie même. Mais en fait, le rock c’est infantile, c’est le fait de dire qu’on n’est pas contents, « I can’t get no satisfaction », so what ? Mais vous voulez quoi ? Et là on se rend compte qu’il n’y a plus personne. Les rockeurs il y en a peu qui vieillissent. Le Bob Dylan de 65 il n’existe plus, on peut le déplorer mais c’est comme-ça. Mais il y a aussi des gens qui jouent le cirque du vieux, les Stones continuent à jouer les morceaux qui ont fait leur succès il y a 50 ans, et c’est aussi génial, mais à l’époque où il le faisaient c’était la révolution. Aujourd’hui c’est le cirque.

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Vous sortez de l’univers de Titeuf pour construire une forme de récit, est-ce que c’est une voie que vous souhaitez poursuivre concrètement ?
J’ai déjà écrit des scénarios, pas avec ces personnages-là mais dans cette veine-là. J’ai envie de poursuivre, mais après il faut que le livre soit prêt. J’ai plein d’ébauches de livres dans mes carnets. Je dois les relire, et de temps en temps, je sens que quelque chose qui a été noté il y a deux ans arrive à maturation.

Quelles serait la figure rock que vous dessineriez spontanément dans vos prochains ouvrages ?
Je ne ferais pas une biopic d’une star que j’aime parce que ça me paralyserait, parce que j’ai un côté fan. Je suis plus attiré par des gens qu’on a perdus, ceux qui ont disparus. Dans le rock, il y a des histoire mystérieuses absolument géniales. Vous savez qu’il y a des gens qui continuent à chercher Elvis depuis 40 ans ? Moi je trouve ça absolument fascinant. Il est vrai que les personnages rock ont eu une influence qui les a dépassés de loin : quand vous écoutez une interview de ces rock-stars de l’époque, elle étaient très jeunes, elles n’avaient pas forcément grand-chose à dire et le peu qu’elles ont dit est devenu une pierre philosophale pour une grande partie des jeunes de leur époque.

Sans révéler l’issue de votre BD, l’une des cases révèle la dimension visionnaire de l’artiste. Il ne cherche pas à savoir, mais il sait malgré lui.
Sans être un artiste, je pense que le corps a l’empreinte de plein de choses que notre cerveau ne sait pas. On développe des maladies parce que notre corps nous dit un truc qu’on n’arrive pas à comprendre. C’est quelque chose qui est un peu surnaturel mais je pense que par moment on peut avoir une intuition, l’empreinte de quelque chose que le corps va nous dire de manière insistante, mais nous on n’a pas du tout les clés pour le comprendre.

Propos recueillis par Emmanuel Abela et Valentine Schroeter le 18 septembre à l’Aubette,
dans le cadre des Bibliothèques Idéales
Photo : Pascal Bastien

Une histoire d’hommes, Rue de Sèvres

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